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L'après Libre Journal
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
XXXVIII - Boom Laden ou la Tour invisible
par Nicolas Bonnal

Nous étions en pleine méditation transcendantale, nous interrogeant sur les incroyables révélations de notre jeune compagnon, quand nous fûmes interrompus par la police. Je n’ai pas dit arrêtés - car qui s’y risquerait ? - mais interrogés tout de même.

C’était un policier philosophe de belle facture, ou même de belle allure, un peu de cette famille des colonels des grenadiers de Napoléon, lecteur. Il nous demanda gentiment quelles étaient nos intentions.

Nous eûmes alors le bonheur de voir revenir avec son orchestre de chambre à air notre immense Rameau. Il composa en notre honneur un rondeau sur les seigneurs de la terre creuse et une ritournelle intitulée les maîtres effrayés.

- Pourrais-je savoir les buts de votre opération ?

- Nous sommes des entrepreneurs en démolition.

- Cela je le sais. J’ai lu votre brochure sur le tiers étage.

- Vous avez lu ma...

- Je suis aussi de la police philosophique. Nous aurions dû intervenir avant. Mais vous avez de sacrés appuis... C’est aussi pour cela que nous avions pris des mesures avant : pour prévenir tous vos outrages... Que voulez-vous donc faire ?

- Ramener ça à l’âge de pierre.

- Pourquoi à mon âge ?

- Ce n’est pas de toi que l’on parle, petit Pierre !

- Que comptez-vous faire de toutes ces pierres, alors ?

- Retrouver l’âge d’or. Comme vous le savez, colonel...

- Vogel.

- Vous êtes un mage ?

- Disons que j’ai de l’estomac...

- Vous êtes allemand ?

- D’Alsace.

- Colonel, puisque tel est votre nom, je le vois, je le sais, et le pressens, l’âge d’or est l’âge rousseauiste où l’on n’avait pas de conflit, rien n’étant basé sur le foncier et la propriété, qui n’est que l’expropriation des honnêtes gens puisque la terre comme l’eau, voire l’or, sont à tous les honnêtes gens. On se contenait de chasse, on se bousculait un peu, mais nous n’allions pas plus loin.

- Continuez, monsieur Maubert ; avec de pareils arguments vous allez vaincre l’ennemi à plate culture.

Nous faisons semblant de ne pas voir la nasse - Nasa ? - policière et militaire se serrer autour de nous. Faisaient-ils semblant de croire que nous ne saurions nous défendre ? Je demandais à Fräulein de bien veiller sur les Gavnuks ; non que j’eusse peur pour eux, bien au contraire je craignais pour la maréchaussée.

- C’est donc la délimitation du territoire qui crée les conflits ; et l’agriculture, aigrie culture, devrais-je dire.

- Continuez, vous nous passionnez.

- D’où les meurtres fondateurs et rituels de Caïn ou Romulus, qui tuent leurs frères nomades si j’ose dire. D’où aussi notre rage à libérer la pauvre humanité de l’affreuse dictature de ces maîtres horribles et carrés. D’autant que la moitié de notre fortune et de notre vie y passe maintenant, alors que nous délaissons l’éducation de nos enfants, la conquête de l’espace ou la recherche technoscientifique ou pour mieux dire techno-chamanique...

- Comme c’est intéressant... vous n’avez pas pensé que nous avions évolué depuis, et que les gens sont aujourd’hui mieux logés que sous Louis VI ou Victoria... Avec des idées comme celle-ci, nous allons vous déposer gentiment dans un asile psychiatrique.

- L’asile psychiatrique ? Mais je l’ai demandé déjà à l’union soviétique en son temps. Maintenant, laissez-moi dire une chose : nous avons vu vos troupes s’approcher de nous comme des araignées filant, et nous allons les tempérer.

Devant le policier interloqué, nous vîmes tomber du vénérable dirigeable à croix gommée, des filets à Geist, dernière invention de la belle Fräulein et du raseur Von Braun. Ces filets étaient une merveille, mais il fallait en expliquer l’usage au policier, qui avait été très courtois, et toujours très beau, au goût du moins de Fräulein. Ce fut Orden qui s’en chargea ; curieusement, il y mit les formes.

- Ces filets à Geist paralysent la volonté, et pour de nombreuses journées. Ils vous rendent aussi impotents que la majorité des gens qui vivent ici, par exemple ceux qui attendent de voir le bus, la caisse du supermarché, ou rêvent de rentrer chez eux lors d’un embouteillage. Il serait bon pour vous que vous renonciez à votre offensive, qui en outre pourrait vous faire goûter à mon bâton de dynamique.

Et les filets à Geist descendaient et ils commençaient à attraper les araignées-policiers. Pendant ce temps, et devant l’officier étonné, Orden poursuivait :

- Nous sommes les forces du désordre. Tout désordre est momentané, mais il suppose un rappel à l’ordre. Ici nous n’avons fait que notre devoir, et nous avons forcé la dose du fait de la résistance avaricieuse de vos maîtres carrés.

- De nos mètres carrés ? Vous oubliez que vous volez, vous êtes des hors-la-loi, des enfants de Midas.

- Enfants de Midas ?

- Vous savez, ce roman de Jack Lombric ? Des terroristes et des bandits comme vous, simplement très bien armés et imprenables. On a vu des précédents dans notre histoire.

Le colonel Vogel nous en bouchait un coin, je le reconnais. Nous restions bouche bée devant son argumentation laconique et cinglante comme un fouet. C’était la première fois que l’on nous répondait de la sorte. Je conclus que les mètres carrés, dans ce paradis gris, ainsi nommé pour l’habileté que l’on met à y protéger les mètres carrés, nous avaient donné tout ce fil à retordre pour de bonnes raisons. Ce fut Orden qui, s’adressant presque à un collègue, prit la parole et lui posa la question fatidique, prélude peut-être à je ne sais quel type de transaction ou de conversion.

- Colonel, pourquoi mettez-vous autant d’empressement à défendre un système aussi putréfié ? Par intérêt personnel ? Par conviction profane, par idéologie ? Tenez, nous ne voulons que nous amuser, nous.

- Et puis silence, quoi, Vogel...

- Bon, arrêtez de vous prendre à mes hommes. Vous verrez avec les casques bleus quand ils viendront...

- Les casques bleus ? Si on nous les envoie, cela leur knoutera cher. Ce sera nos super-pouvoirs contre un fort maigre sens du devoir...

Le colonel nous observa de son fier regard de renard gris de Sibérie. Il croisa le fer avec Fräulein, qui n’était pas partie, lecteur, pas plus que les autres, et je me demande qui fera notre déménagement à Paris. Il faut dire - et je me le rappelais soudain - que son nom signifiât "estomac" en tudesque...

Puis :

- Je fais rappeler mes hommes. Arrêtez vos filets. Ce sont des pères de famille. Y en a-t-il parmi vous ?

- ...

- ...

- ...

Je n’avais pas remarqué jusqu’à ce point de notre histoire, lecteur, et toi peut-être aussi, que nous étions tous dépourvus d’enfants, moi pour de bonnes raisons, mais les autres ? Même Fräulein, la pauvre, brève maman d’Ubik et Kubelik avait cruellement tenté de... Mais il y avait petit Pierre, qui grâce à Dieu... Mais il fallait être bon prince, surtout dans un endroit comme celui-là.

- Vous marquez un point, colonel.

- Je voudrais aussi que vous cessiez de piller ce petit Etat. C’est une cible trop facile pour des cow-boys comme vous, et ce n’est pas le plus dangereux de la terre.

- Mais le plus cher en petits mètres carrés.

- Puisque vous y tenez, je vous ferai remarquer... Nous pourrions nous entendre. Je pourrais même...

- Oui, colonel.

- Avoir besoin de vous.

La police, avoir besoin de nous ? La maréchaussée ? La gendarmerie ? Tudieu ! Pour une surprise...

- Vous pourriez préciser votre pensée, mon colonel ?

- La tour invisible.

Le policier philosophique avait marqué un autre point. Il nous avait communiqué l’existence d’un tour infidèle, tout comme notre jeune Siméon. Et il était prêt à nous aider et nous conseiller. Décidément, nous avions de belles fréquentations. Sous le ciel gris de ce ciel sans Dieu (tu te demandes, lecteur, pourquoi je n’ai pas plus parlé de Dieu ? Tu le sauras...), je regardai Orden qui opina. Le colonel reprit.

- C’est une tour d’infidèles, en quelque sorte. On ne peut pas la voir, elle est emplie de démons curieux, intéressants pour vous, de personnes louches ou mauvaises. Vous pouvez ne pas aimer le Richistan, il a toujours existé et fait peser sur l’humanité un poids bien pire encore dans le passé.

- Colonel...

- Vous le savez. Le monde croît, s’enrichit, va mieux, se développe. Les prix de l’immobilier montent dans les villes un peu partout, et c’est normal. Il n’y a jamais eu aussi peu de misères... Et c’est pourquoi vous avez autant de mal à recruter des militants à art, ces garnements que vous avez retirés à l’autorité de leurs irresponsables parents.

- Fous afez raison, colonel...

- Oui, miss Fraulein.

Nous nous taisions. Il flottait dans l’air glauque et humide si propre à ces contrées d’usure une aura d’incertitude, de folie douce. Pour un peu, nous aurions tous abandonné là notre geste révolutionnaire et serions rentrés à la maison cultiver notre jardin comme des paysans ou des petit-bourgeois libéraux.

Journée triste, pluvieuse, terne comme une vieillesse future. D’étranges pensées se pressent dans ma tête ; ce sont des problèmes, des mystères où je ne distingue rien, des questions que je n’ai ni la force ni la volonté de résoudre. Non, ce n’est pas à moi de résoudre toutes ces questions.

Mais alors, mon lecteur, tu n’aurais plus rien à te mettre sous la dent. Nous regardions avec peine les enfants qui eux-mêmes semblaient des chiots en peine. Une partie d’eux s’en allèrent, les Gavnuks bien sûr nous restèrent.

D’Artagnan tenta une ultime parade.

- Pourriez-vous alors, mon colonel Vogel, nous expliquer pourquoi vous nous tenez ces propos, alors que vos troupes tentaient de nous attraper ? Je vous conseille d’ailleurs de ne rien tenter sur notre dirigeable !

- Ce n’est pas moi qui vous poursuis. Ce sont les autres. J’essaie seulement de vous conseiller de changer de cible.

- Silence, Vogel ! Nous ferons ce que notre bon vouloir...

- Laisse, Maubert. Vous êtes sûr que vous ne nous jouez pas de tour ?

- Certain. Je sais trop ce que cela me knouterait, comme vous dites...

- Il ne nous joue pas de tour ??? Eh bien allons la voir, tudieu !!!!!!!!!!!!

La requête de Mandeville surprit tout le monde. Mandeville, tu ne cesses de progresser, décidément. La tour, prends garde ! Nabookov commenta ainsi, enfin revenu parmi nous, tandis que Tatiana tressait ses douces tresses.

- Incroyable, ce gars-là ! Il vient de l’Okhrana !

- De l’Oklahoma ?

- De l’Okhrana, Mandeville !!! de l’Okhrana !!!

- Vous trouvez qu’il crâna ?

- J’y renonce !

- Mais que vient faire cette histoire de nonce ?

- J’y renonce.

- C’est vrai, tudieu ! On n’est pas à Rome, tout de même !

- Ah, Mandeville vous êtes toujours prêt à écrire une autre histoire !

- Vous vous moquez, j’espère, diantre ! Moi j’écris notre histoire !

En quoi il avait raison, Mande, puisqu’il traduit tous nos propos dans son dialecte propre, les rectifie, les nourrit, te console lectrice, de leur acrimonie. On rangea gentiment les carabiniers dans leurs casernes. Nous décidâmes de descendre l’atelier du dirigeable à terre pour commencer à planifier nos nouvelles activités subversives, cette fois en accord avec l’étrange colonel.

Skorzeny nous envoya nos armes et munitions ; il restait à bord avec Ivan Mudri pour surveiller notre grand vaisseau. Ivan ne cessait de rebaptiser son joujou géant d’ailleurs : Moloch, Eva Braun, Horbiger, Tristan et Iseut, Montségur, Sadok, Kitezh, Cyberia, Buzz l’éclair, Space cow-boy, Mowgli le clown, Walhalla, Chemise prune, Baïkonour, tout y passa.

Nous dépliâmes les tentes sur la place du palais, ayant décidé de ne pas enlever celui-ci dans nos filets. Mais je crois que les Gavnuks chipèrent même quelques mètres à notre nuit tombée.

***

Il était alors temps de nous rendre à la tour invisible. Nous étions tous armés, accompagnés de notre étrange policier philosophique.

Enfin nous arrivâmes devant une grande esplanade vide. Vide, elle ne l’était pas, lecteur, mais il fallait le voir ; or comment voir ce que l’on ne peut voir ?

Vogel nous indiqua les limites de la tour invisible. Nous nous approchâmes ; Maubert discutait avec Nabookov, quoique ce ne fût pas prudent. Ils traînaient un peu pendant que nous cherchions l’entrée et les codes d’accès secrets.

- On dit que les deux tours sont toujours là.

- C’est évident. Ils ont hypnotisé les gens en leur faisant croire par le câble que l’on avait fait s’écrouler les tours. En réalité, personne ne les a vues s’écrouler. Il n’y a eu que des images.

- Cela me rappelle un film... Un mongol revient et hypnotise une ville qui ne voit pas la tour devant laquelle elle défile tous les jours.

- Normal : le spectacle est le capital tellement accumulé qu’il en devient image.

- Mais ici c’est l’absence des images qui nous frappe. A ciel ouvert.

- Ce n’est pas un peu fini, Vadius et Trissotin ?

- On vient, Darty, on vient... c’est Mandeville qui va être content : pour une fois que ce n’est pas lui le bouc émissaire...

- Bouquet misère ?

Nous arrivâmes par l’entrée luxueuse ; les lunettes d’éveil de notre magicienne Circé Fräulein faisaient merveille ; et même notre officier en fut étonné. Il devait prendre garde maintenant aux sauvages sentiments de Fräulein, qui pouvait à volonté le transformer en porc s’il ne se prêtait pas à ses amours tragiques.

Je crus voir de l’ivoire, ce qui me surprit ; Mandeville, toujours certain de l’avenir radio de notre humanité, me précisa que l’on ne cessait d’en parler, de l’ivoire, via la côte. La porte de corne, celle d’ivoire. C’est pour cela sans doute que l’on n’y voit rien, ajouta-t-il tranquillement.

Altera candenti perfecta nitens elephanto,
sed falsa ad caelum mittunt insomnia Manes.

Ces falsa insomnia, ces songes trompeurs, m’ont toujours tourmenté, lecteur, ainsi que mes inspirés, Dosto, Byron, Château brillant et puis tant d’autres.

Mais je n’étais pas au bout de nos peines. Il y avait au milieu de la grand-salle, de cette salle immense, cet autre infernal court, un concierge fort rond, avec une frange noire et un bel uniforme de concierge. Entouré de ses deux assistants apparemment fort sots, il tenait les propos suivants.

- Quoique puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal à l’immobilier : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans immobilier n’est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l’on apprend avec lui à devenir honnête homme.

- ???

- Ne voyez-vous pas bien, dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d’en donner à droite et à gauche (comme Laurence Huey), partout où l’on se trouve ? On n’attend pas même qu’on en demande, et l’on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que l’immobilier inspire des sentiments et de vertu à tous ceux qui en prennent.

- Mais c’est Sgana, c’est Sgana, c’est Sgana.

- Mais oui, Mandeville. Sgana plus réel que nature.

- Tu as une dent contre Molaire ?

Ce homunculus se sent parfois si inférieur à son contraire qu’il se considère lui-même, en dépit de toute son intensité de conscience, comme un rat plutôt qu’un homme, - un rat doué d’une intense conscience, mais tout de même un rat.

***

Cette rencontre inopportune, lecteur, me permet de te remettre un résumé trouvé à mi-parcours du chapitre alors que les incroyables aventures du baron Horbiger menacent de défrayer toute chronique historienne, voire de la rendre impossible.

Tentative de résumé impartial en milieu de chapitre de ce qui précède :

Un ange indéterminé, rebelle ou bien carrément satanique - à moins qu’il ne s’agisse d’un imposteur pur, voire d’un pur imposteur - arrive des cieux et menace de semer le désordre sur notre bonne vieille terre muée en paradis terrestre absolu par la démocratie sociale de marché, la mondialisation et la spéculation immobilière. Entouré d’une troupe de garnements mal élevés, de résidus sociaux et parasites de la bonne société, de Gavnuks mal éduqués et de transfuges des Enfers politiquement incorrects s’il en fut, il commence à voler des mètres carrés et à imaginer des monastères bizarres et des univers parallèles dignes des heures les plus sombres de notre histoire. Il effectue nonobstant deux descentes ou plus au centre de la terre, tenant à prouver la véracité de la théorie horbigerinne de la terre creuse, fadaise historique des plus démodées.

Avec son mini-gang il sème la désolation, en dépit de tout bon sens. Il semble même remettre en cause les théories officielles concernant les attentats des 38 octobres 10025. Dans le cadre d’un récit débridé, comme on dit au Tibet, récit qui du reste n’honore guère son auteur, qui s’avère être l’ange ou l’imposteur lui-même, et ne rien respecter de la sage narration néo-classique qui caractérise nos temps petit-bourgeois, il multiplie les altercations et les provocations contre la gentille autorité planétaire qui ne pense qu’aux horaires de décollage et au tri sélectif des ordures ménagères.

Une certaine absence de réaction des autorités - caractéristique de nos démocraties toujours trop bonnes, toujours trop généreuses, toujours trop délicates avec les totalitarismes de tout poil, alors qu’elles n’ont de cesse de menacer les forces de libre marché qui font progresser l’humanité - se fait alors sentir ; et notre cancre las se dirige alors vers un petit pays qu’il rêve de passer à tabac, petit pays sensible et délicat, où le mètre carré ne coûte que 38 000 euros du mètre, alors qu’il permet d’effectuer un investissement salutaire et d’échapper aux fourches caudines du fis totalitaire.

Force est toutefois de constater, à la décharge des autorités incriminées à l’instant, que ces surprenants délinquants disposent d’armes secrètes et dangereuses fabriquées par la diablesse Fräulein - par ailleurs très belle femme frustrée dans ses variées amours - et par l’abominable homme des glaces Horbiger, yéti de cette bande infâme. Les dialecticiens dont s’est entouré cet ange apostat - qui n’est qu’un imposteur - sont au nombre de trois, du moins les plus périlleux. Leur plus brutal sicaire est un dénommé Orden, aux origines elles aussi douteuses. Cet homme inconscient est un vrai terroriste.

Il apparaît aussi, Votre Excellence, que nous soyons sur le point de les empêcher de nuire à cette société valeureuse qui ne fait que des satisfaits ou des envieux. Nous en arrivons au point où nos défaiseurs de démiurges, héritiers des pires hérésies de l’Antiquité, entrant par effraction, comme à l’accoutumée, dans un immeuble gigantesque qu’ils font semblant de ne pas voir - pour troubler leur semblant de lecteurs.

***

Après avoir lu cette brochure, nous éclatâmes de rire. La prose des médias, lecteur, la prose des médias... Toujours le vrai, mais en désordre.

Nous étions dans la tour. Nous interrogeâmes Sgana bavard comme à l’accoutumée, qui s’exprima dans le style baroque qui est le sien. Mais déjà les nôtres mettaient hors de nuire les gardes de la Tour, alors que Mandeville et d’Artagnan prélevaient leur moisson de mètres carrés, qui promettait d’être merveilleuse. Cette tour nous plaisait déjà ; nous allions jouer de bons tours à nos maîtres carrés. Seul Orden veillait, observait, ronchonnait, se méfiant de tout, de quelque piège dans une tour dite intelligente.

Sgana nous parla d’abord d’un appartement maudit, comme dans toutes les tours. Celui-là était un appartement gourmand, comme on dit, un vrai maître carré, qui dévorait les humains, en tout cas ses locataires, comme si la consciencieuse caution qu’ils avaient versée, ne suffisait jamais. Vogel, incapable de se taire en dépit de son nom, aurait préféré que l’on l’évitât. Mais la curiosité universelle l’emporta.

Il faut dire que cet appartement - le n°50 - jouissait, depuis longtemps déjà, d’une réputation, sinon déplorable, pour le moins étrange.

On y rentrait, on n’en ressortait pas. L’appartement les digérait, ces locataires, un Minotaure. Et il s’en trouvait toujours, comme si le risque eût incité tous ces sots, ainsi que le prix exorbitant de la location. Tu t’imagines ainsi un appartement non pas hanté, mais vidé, lecteur ? Un appartement qui comme tes maîtres carrés fabrique de l’absence à volonté et dans la paix ?

Une fois - c’était un jour férié - un milicien se présenta à l’appartement, fit appeler dans le vestibule le deuxième locataire (celui dont le nom s’est perdu), et lui dit qu’on le priait de passer au commissariat, juste pour une minute, afin de signer quelque papier... En fait, il ne revint jamais. Et le plus curieux, c’est que le milicien avait manifestement disparu avec lui.

Maubert ne crut pas cette histoire ; Silvain, convaincu que dans cette principauté les gens sont beaucoup moins riches qu’on ne le croit - qu’ils ne le croient... - estima que les colocataires disparaissaient parce qu’ils devaient cacher leur insolvabilité. La cherté crée le vide ; et partout sur la côte d’usure, les logements sont vides. Leur cherté leur donne un prix énorme. Ce prix fait leur vide. Nous savons le reste, lecteur. Faudra-t-il en chasser les esprits démoniaques ? Pouvions-nous le visiter ?

L’appartement répondait de temps à autre aux coups de téléphone, tantôt par un bavardage criard, tantôt d’une voix nasillarde, parfois une fenêtre s’ouvrait, et, de plus on entendait derrière la porte les sons d’un phonographe.

Nous entrâmes. D’Artagnan qui se préparait à enrouler tous les - nombreux - mètres carrés de ce grandissime projet immobilier observa que la taille variait, de seconde en seconde même. C’était un beau piège que cet appartement de loi des maîtres carrés : on en louait pour une certaine quantité (de mètres), on en récoltait une autre à l’issue de sa quête. Et bien entendu, il était impossible de prouver qu’à l’intérieur de cette tour bizarre on ait été trompé sur la marchandise ; puisque l’astucieux logement reprenait à volonté - mais quelle volonté ? - sa taille appropriée.

J’observais aussi qu’il y avait un certain nombre de faits intrigants : les portes gémissaient, ou plutôt elles parlaient. L’air passait, même avec les fenêtres closes. Les bruits d’eau abondaient au mépris de toute règle. Il y avait même un certain parfum, peut-être soporifique, qui régnait dans cette moite atmosphère.

Puis il ajouta quelques détails complémentaires, racontant qu’il avait vécu près de deux jours dans l’appartement 50 en qualité de vampire et d’indicateur, et qu’il avait failli être cause de la mort du directeur financier Rimski...

Comme dans un mauvais récit d’anticipation, certains éléments du mobilier ou de l’électro-ménager, certaines portes aussi, réclamaient de l’argent, ou plus de soins, ou se refusaient aux soins. Sgana, devant qui j’agitais ma carte dorée, était prêt à me saturer d’anecdotes croustillantes ; il semblait qu’il fût à même de m’inventer un volume de ces contes fantastiques d’Haussmann...

Mais personne ne savait si les mètres que nous emportions de la tour étaient de bons mètres ; ou bien des pièges, comme on parlait jadis d’enveloppes piégées. Nous voyions autour de nous cette ribambelle d’objets devenus fous réclamer des horions, toujours plus d’horions, et même des gros liards puisqu’en ce bon moment, ta monnaie disparaît, comme ta vie, ou comme l’eau du lavabo, lecteur.

« Un de ces jours, fit Joe avec colère, les gens comme moi se dresseront pour vous renverser, et la fin de la tyrannie des machines homéostatiques sera arrivée. Le temps de la chaleur humaine et de la compassion reviendra, et quand ça se produira quelqu’un comme moi qui sort d’une rude épreuve et qui a grand besoin d’un café chaud pour se remettre pourra se le faire servir même s’il n’a pas de poscred à donner. » Il voulut verser le tube de crème et le reposa. « Et en plus votre crème est tournée, ou votre lait ou je ne sais quoi. »

Il me fallait déconnecter la folie domotique. Ainsi fut fait par Fräulein qui usa d’un de ses appareils si minces, et Sgana nous emmena pour visiter d’autres « appartements de folie », comme il disait. Il semblait qu’il en portait un sur lui-même, homme colimaçon. Fräulein se demanda s’il n’était pas un automate, tant notre drôle lui rappelait ses propres créations, Ubik et Kubelik, le charme et puis l’intelligence en moins. Mais il semblait que Sgana nous préparait comme le Gollum d’une autre pièce, qu’il salua au demeurant, une autre espèce humaine. Mes amis en furent gênés, Orden et moi beaucoup moins, mais tout de même... On a beau être des anges et s’amuser, on n’aime pas ce que l’humain devient, sur cette basse terre ou sur ces hautes tours.

C’est avec leur chair et leur esprit qu’ils avaient acquis leur maison, tel l’escargot. Mais lui fait ça sans s’en douter.

Vogel ne nous avait pas trompés, la tour se laissait déménager et vider de ses mètres carrés sans encombre. Pourtant nous redoutions quelque piège...

Nous entendions quelques bruits d’explosion, qui ne seraient pas les derniers. Comme ce n’était pas les nôtres, nous étions inquiets. Mais Sgana nous confirma que les travaux abondaient et qu’ils ne se terminaient jamais. Quelques acquéreurs acquéraient, commençaient des travaux qu’ils ne terminaient jamais, et revendaient. Il était temps que nous fissions, nucléaires, place nette.

***

Nous vîmes une belle femme d’âge mûr à l’entrée de son penthouse. Elle posait un explosif près d’une paroi. Quand elle nous vit, elle nous adressa un vaste sourire, que tous mes compagnons prirent pour eux-mêmes.

- C’est Danièle Boom.

- Qui ?

- Une fameuse propriétaire, agente immobilière. Elle a perdu son mari, ou plutôt... Il est parti avec une autre. Alors elle fait sauter un mur de temps à autre.

- Que faisait son mari ?

- Il était prestidigitateur. Très célèbre.

- C’est le mur de Merlin, alors...

- Il vaudrait mieux l’emmener avec nous, la pauvre femme.

- Une pour tous, tous pour une !

Orden attrapa un garçonnet assez épais à l’étage. L’enfant tenta de le mordiller. Il était gras, assez tranquille, luxueusement vêtu, mais il rêvait de mordiller. Maubert, à qui Orden le remit - j’avais peur qu’il n’en fît, c’est le cas de le dire, qu’une bouchée... -, se fit mordre à son tour. Et sa complexion humaine fit qu’il saignât ; et que nous pûmes observer la dentition refaite de notre drôle de prise. Finalement le vampiricule détendit l’atmosphère sans le savoir.

- C’est un vampire.

- Un empire ?

- Mais non ! Un vampire !

- Les choses vont décidément en vampirant...

- Après la tour invisible...

- L’empire invisible... (pas vrai, orbi, on l’attend toujours ton embyyrhe)...

- Le vampire invisible !

- Voilà sa soeur aînée.

- Merci, Sgana.

Il y avait en effet une diablesse habillée en Prada de la tête aux pieds, en dépit de ses treize ans, qui nous jeta un regard mauvais et récupéra son étrange colifichet. Elle semblait possédée par sa tunique de Nessus. Se méfier de ces vêtements, lecteur, comme d’une peau de chagrin. Ils te portent la poisse, et la peau de chagrin. De son regard éteint, elle me murmura quelques mots dans un dialecte oublié du Mordor et partit vers l’ascenseur.

- Où vivent-ils, Sgana ?

- Dans la nécropole.

- La métropole ?

- Non, monsieur Mandeville, la nécropole. C’est une galerie commerciale où de riches gens vivent. Ils ne peuvent plus s’arrêter de consommer ou d’acheter des bijoux ou des vêtements, donc ils y vivent sur place.

- Ils font du surplace, si l’on veut dire ? Et ce petit vampire ?

- Il y en a de plus en plus. Ce sont les privilégiés.

- Et les zombies ?

- C’est dans les supermarchés.

- Merde Carrefour ! Ce cher Siméon a bien raison.

- Oh, nous arrivons chez le muslim carré.

- Le muslim carré ?

J’aimais bien ce vieux Sgana. Il nous faisait vraiment descendre aux Enfers de ton siècle qui sont dans les aires, lecteur. Il le faisait avec bonhomie, avec respect, une bonne éducation domestique. Je lui promis un bon pourboire, décision qui me valut un nouveau reproche d’Orden, qui craignait que cet élan de générosité nous valût de trop longues excursions immobilières... Mais j’aime tellement le tourisme immobilier, lecteur !

Horbiger aussi ronchonnait.

- En tout cas, il n’est pas question de mettre ces cochonneries de luxe dans mon Ordensburg !

- Je sens aussi le colis piégé, Orbi... on les mettra dans les communs, dans nos habitations à loyer immodéré !

- Vous voulez envoyer tout cela dans la capitale ?

- Ta gueule Vogel !

- Siméon, laisse monsieur Vogel parler quand il l’entend ! Oui, pourquoi ?

- Pourquoi la capitale ? Choisissez des hauts lieux chargés d’esprit. Il y en a tant...

- Et nous pourrions chasser les fantômes et les qlipoths !

- Jouer à Don Juan et dragons !

Nous arrivâmes chez le muslim taré, pardon carré. C’était un jeune indo-européen, comme disait Orbi, qui portait son bonnet et se promenait avec son tapis de prières.

Quand il nous vit il nous jeta un regard inquiet et torturé, fit sauter un petit explosif, déroula son tapis de prières, pria dans une certaine direction, se releva, s’ablutionna, nous jeta un petit regard méprisant, se remit à prier, égorgea un poulet, s’aspergea d’eau, regarda vers le lointain, calcula son loyer, nous menaça des pires représailles, déplia de nouveau son tapis, se remit à prier, exhiba son encens, nous noya dans l’odeur, chercha à vendre son local, partit pour l’orient, se remit à prier et nous rejeta dans les ténèbres extérieures. Orden le mit dehors d’une pichenette. On entendit une petite explosion dans l’ascenseur.

- Il n’était pas mal, Sgana.

- C’était Boom Laden.

- Ah !

- Bon, on va faire place nette. Nettoyez l’immeuble...

- Mais je voulais vous montrer le meilleur pour la fin...

- Je meurs de faim.

- Nous aussi, Mandeville, nous aussi. Comme cette tour vénérable, nous avons grand besoin de restauration.

- Mais laissez-moi vous montrer l’avare du condominium. C’est le plus grand propriétaire. Non, vous seul, Gerold.

- Moi seul ?

Sgana nous avait stupéfaits. Son ton avait changé. Il se faisait plus grand, plus sombre, plus signifiant. Même Orden ne bougea pas. Il me mena à une porte, celle de l’avare. Et j’entre seul.

Tu le connais, lecteur.

Il est là, dans la chambre du grand département, au fond du corridor. Il est assis avec sa barbe en flèche et son odeur si rare, son air de mécontent, factieux conservateur. Il ne me jette pas même pas un regard de défi, tout à l’écoute de son vieux, toujours le même, depuis le temps qui ne passe pas... C’est le vieux, qui a un air de parent pauvre de mon Jacob, qui lui répond, ou qui lui raconte sa vie, comme on aime à dire chez toi maintenant. Il en a l’air embêté, mon bougre de compagnon. L’autre ne désire plus rien, il compte les minutes et les années qui bientôt seront des siècles aussi pour lui. Il compte ses m², ses monnaies fades, ses cellules souches qui vont le régénérer, il fait la liste de ses bonnes actions, des femmes dont il ne veut plus, des voitures de collection qu’il ne sort plus jamais, et des rares pays où il n’est pas encore allé ou que l’occident n’a pas bombardés. Il ne croit plus en rien, sinon en la fin de l’Histoire et de sa propre histoire. Il est revenu de tout même s’il n’est allé nulle part, et il a fait le tour, mais il veut le refaire, et sans faire de révolution.

Mais comme tous les vieux, il aime l’argent et son spectacle. Il veut en avoir pour son argent. Et il demande à une jeune fille de lui jouer le tour des maîtres carrés. Il meurt, mais il veut vivre. Il est si vieux, mais il est si riche. Ce qui ne le tue pas ne le rend pas plus fort, ce qui ne le tue pas, lecteur, le rend plus vieux. Dans son luxe effréné et glacé, il lui demande ainsi, mon vieux père Grandet, qui vivra tant qu’il sait que l’argent n’est pas de ce monde non plus, mon vieux maître carré.

« Veille aux mètres carrés... mets des mètres carrés devant moi. »

Guillerette étala des m² sur la table, et il demeura des heures entières attachés sur le m² comme un enfant qui, au moment où il commence à voir, contemple stupidement le même objet ; et, comme à un enfant, il lui échappait un sourire pénible.

« Mon père, bénissez-moi, demanda-t-elle.

- Aie bien soin de tout ! Tu me rendras compte de ça là-bas », dit-il en prouvant que le christianisme doit être la religion des avares.

Le bonhomme en veut plus. Il me voit entrer avec mes tas de mètres carrés, et je m’entoure de mes voleurs préférés. Il rugit, alors, sa face noire devient gigantesque, l’immeuble tremble, il entre en éruption, il ne veut plus. Il tend sa main crochue vers moi.

- Rends-moi cela mon fils prodigue... Es-tu donc fou de me déposséder ?

- Tel père, tel vice...

- Je te tuerai...

Il essaya de se lever, et en dépit de la pauvre automate qui jouait si mal le rôle de Guillerette, il chuta et se fit mal. Il cessa d’être pour un temps.

Mais ce dernier effort lui coûta la vie. Mais ce dernier effort lui coûta la vie. Mais ce dernier effort lui coûta...

- Il te croit son enfant ?

- Laisse tomber.

- Lui est mal tombé.

Orden fit un lâcher d’avare par la fenêtre. On le retrouverait bien assez tôt.

Je pense que si le diable n’existe pas, s’il a été créé par l’homme, celui-ci l’a fait à son image.

Nous commencions notre descente. La tour est si haute, lecteur, elle est presque infinie, elle n’en cesse pas. Redescendre sur terre de ces hauteurs babéliennes est un exploit sévère. Mais nous l’avions vidée, la tour, du moins croyais-je.

Ils dirent encore : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face dans toute la terre. Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.

- Je ne crois plus que leurs langues seront confuses.

- Sans doute. Je repense à ce que dit Vogel. Chercher un endroit sur la terre, ou bien sous terre ?...

- ... ou d’être homme d’honneur on ait la liberté ?

- Mais restons encore un peu histoire de les embêter. Tu as vu le résumé...

Sgana nous observait, et semblait triste de nous perdre.

- Vous n’allez pas me laisser... tomber ?

- Viens avec nous, si tu veux.

- Vous ne voulez pas avec moi voir le Richistan ?

- Pourquoi faire ?

- Pour voler.

- Horbiger, il va falloir nous acheter une soucoupe volante...

- Pourquoi faire ?

- Pour voler !

Et c’est ainsi, lecteur, que nous entrâmes au Richistan. Et comme tout d’un coup nous fûmes entourés de guides, agents, escorts, de toutes sortes de prestataires de services. Car nous étions les rois du monde pour presque tout, et même sans l’avoir voulu, s’il en fut.

(à suivre)

3 janvier 2012 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

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