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L'après Libre Journal
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
XL - Le Richistan chic, Zarkoz et le grand acquisiteur
par Nicolas Bonnal

Nous retrouvons Mange-tout dans l’immense corridor de dix mille kilomètres de long, grande mouraille de cochonnailles et de bibeloteries qui fait le tour de la planète. Il semble surpris de tous nous revoir, surtout ton serviteur, lecteur. Horbiger lui lance un regard mauvais :

- Peut-être qu’une rafale de cyclone B...

- Horbiger !

- Ah, monsieur fait l’insolent ! Monsieur rêve d’un petit bombardement antiallemand ! Monsieur veut se faire Oppenheim mesmeriser ! J’en ai assez aussi de ces germano faunes, moi...

- ???

- Du calme, tout le monde ! pourquoi m’as-tu envoyé dans ce traquenard, Mange-tout ?

- Mais, grand acquisiteur, enfin...

- Je ne suis pas le grand acquisiteur. Je suis...

- Le roi de la fusion-acquisition ! Il faut d’ailleurs que vous assistiez à une conférence.

- Encore ?

- On en a marre, Gerold !

- Ok, ok. J’irai seul.

- C’est ça pour que tu tombes encore dans un piège...

- J’irai avec Orden. Vous avez une permission de trois jours. Après nous aviserons.

Et nous nous séparons. Je préfère éloigner Horbiger. Tous ont envie de revoir la capitale, ont rêvé de leurs salles d’âmes ou d’armes au monastère, ou bien veulent voler dans le dirigeable à croix gommée, ou bien reprendre du bon temps en volant quelques hectares de mètres carrés à l’ombre ou dans d’autres villes fantômes.

***

Le bon mange-tout m’amène dans de beaux salons luxueux pour écouter le gourou, qui parle en continu ou presque. Il me présente à son accompagnateur, qui est d’ailleurs son narrateur. Son narrateur ?

Mais qui est le gourou ?

Le gourou multiplie les conférences dans le monde. On le paie une fortune pour cela. On l’invite dans les plus grands hôtels, les plus grands restaurants, les centres des congrès, les Business Center. Je me tiens toujours près de lui. Et il parle, et il rend l’espoir aux jeunes, il nous ouvre à tous un futur merveilleux.

Pourquoi es-tu venu nous déranger ? Car tu nous déranges, tu le sais bien. Mais sais-tu ce qui arrivera demain ? J’ignore qui tu es et ne veux pas le savoir. Mais demain je te condamnerai et tu seras brûlé comme le pire des hérétiques.

Aujourd’hui nous sommes dans l’Empire du Milieu, comme dit le gourou, et c’est près de la grande mouraille. Le sujet de sa conférence à deux millions de dollars (mais le gourou compte gagner beaucoup plus après avec ses livres et ses statuettes) : la religion empêche-t-elle l’enrichissement ? Et le gourou est magnifique. Pendant qu’il me parle, il se fixe vers moi et m’envoie mentalement ces messages que je traduis verbalement pour toi, ô mon lecteur.

Tu vois ces pierres dans le désert aride ? Change-les en mètres carrés, et l’humanité accourra sur tes pas, tel qu’un troupeau docile et reconnaissant, tremblant pourtant que ta main se retire...

Il prend le contre-pied de la théorie traditionnelle qui affirme que la religion nuit au développement économique. Pour lui c’est tout le contraire : jamais les Américains n’ont été si pratiquants, si religieux, et jamais ils n’ont été si riches. Et il est faux de dire que seuls les protestants étaient capables de développer le capitalisme ou de chercher des montagnes de profits. Le gourou prend l’exemple des cités et des principautés italiennes, et même de l’Espagne et du Portugal. Les pays catholiques également ont fini par se développer rapidement, et il cite l’exemple du Brésil ou du Chili.

Mais sache que jamais les hommes ne se sont crus aussi libres qu’à présent, et pourtant, leur liberté, ils l’ont humblement déposée à nos pieds. Cela est notre oeuvre, à vrai dire : est-ce la liberté dont tu rêvais ?

Réduisez-nous plutôt en servitude, mais nourrissez-nous.

En Chine même, pour le Gourou il n’y a pas de problème : Confucius et Lao Tse se tendent la main pour réaliser le décollage économique de ce formidable pays qui va engloutir le tiers, comme les Etats-Unis, des réserves de la planète, et qui possède un quart des avoirs en dollars. La Chine a toujours eu le potentiel de développer son économie en même temps que son esprit, s’écrie-t-il sous les applaudissements de l’assistance, une fois que cette dernière a compris sa pensée (car il s’exprime directement en mandarin, mon gourou). Il parle la langue du feu, la langue qui fait fondre les métaux précieux.

Un mètre devant qui s’incliner, un gardien de leur conscience et le moyen de finalement s’unir dans la concorde de la commune fourmilière, car le besoin de l’union universelle est le troisième et dernier tourment de la race humaine.

Et le gourou fait aussi l’éloge de l’islam et de Sindbad, du pétrole cher et des marchands de tapis, puis de l’hindouisme, du jaïnisme, prouvant que toutes les religions aryennes et végétariennes sont excellentes pour la santé et pour l’éducation et pour les affaires, que ce sont les végétariens qui ont développé l’Inde et l’Autre Monde. Le gourou félicite aussi les juifs traditionalistes de respecter la Torah et de tailler les diamants, fonder l’informatique moderne et surfer sur les cours de la bourse. Enfin il voit dans le Nouvel Age un champ d’enrichissement infini pour l’humanité. Quant à l’espace, il est pour lui le fondement de la soif de l’Etre, qui est celle d’argent.

Voilà leur idéal, la soif de régner, la vulgaire convoitise des vils biens terrestres... une sorte de servage futur où ils deviendraient propriétaires fonciers, rien de plus.

Le XXIe siècle sera spirituel ou il sera pauvre, s’exclame-t-il. Les pays ou les continents qui ne sont plus religieux perdent leur capacité d’enrichissement. Voyez le message du Christ, la parabole des talents. Celui qui ne multiplie pas ses richesses, ses talents, ses avoirs, ses possessions, celui qui n’a pas des enfants à nourrir et gâter ira en enfer, je veux dire le véritable enfer, l’enfer de la pauvreté. Le Christ a toujours défendu les gains, on a déformé son message.

- On s’en va ?

- Mais la conférence que je dois donner, celle du grand acquisiteur ?

- Tu l’as déjà donnée.

Orden est déjà sorti. Pourtant l’histoire n’est pas finie. Le gourou va rentrer dans sa suite, attends la suite lecteur. C’est son narrateur qui me l’a dite.

Le soir il recompte ses dollars sur son immense lit à six places. Je regarde cette belle somme étalée sur les tables et le sol, et je le vois s’amuser comme un enfant. Lui-même est devenu un enfant conformément aux commandements de l’un de nos grands maîtres. Et pour une fois je prends la parole. Je lui annonce ma retraite. Nous avons accompli notre mission, le monde a compris. Il se relève, baisse la tête.

- Si vos n’êtes plus mon serviteur, vous redevenez mon maître. Adieu, et merci de m’avoir donné cette puissance.

Il s’incline et baise ma bague à deux serpents. Je me retire et prends l’ascenseur de la suite qui va me mener directement chez moi. J’hésite un instant, comme par jeu, à mettre le feu à sa petite personne, à sa suite ou à l’hôtel, et j’y renonce. Ces imbéciles incendieront la terre bien assez tôt pour moi et je pourrai mener à bien des projets plus complexes. L’écran de l’ascenseur marque moins 666. J’arrive chez moi. Il y fait chaud.

Le narrateur, encore lui, je l’ai laissé descendre, il faut le dire, encore plus bas que l’euro. Mais il m’a prévenu qu’en haut aussi, cela « allait chauffer ». J’ai rêvé pour une fois de l’abominable homme des glaces.

Mange-tout n’est pas content. Il rêvait tchèques et cheikhs avecques nous, il est échec, et toujours mat.

- Passe-moi le chèque, Salomon, que je m’en rassasie un peu !

- Non, tu vas me l’abîmer ! Le voilà regarde-le si tu veux, mais ne le touche pas !

- Oui, cet Horbiger...

- Est paix. Horbiger est paix.

- Il est peu épais, aussi. Vous devez faire votre conférence, Gerald...

- Gerold.

- Je préfère Gerald, c’est plus british, n’est-ce pas ? Vous devez faire votre conférence de grand acquisiteur.

- Je ne la ferai pas.

- Mais vous perdez l’occasion de prendre le pouvoir. Gerald ! Gerold ! Ne me déshonorez pas ! Vous pouvez prendre le pouvoir !

Mais je m’y refuse, car je l’ai faite, la conférence, en intertitres. Le pauvre Mange-tout désespéré veut alors m’emmener voir... mais il se reprend. Il se contente de me proposer une exposition sur les maîtres carrés. Sur les maîtres carrés ? L’idée me plaît, j’accepte, lecteur, et mon Mange-tout est tout heureux.

Il nous amène dans la très grande salle.

Et là je retrouve toutes nos vieilles ordures, tous nos vieux compagnons las. Il y a Canaris, Dieter, Suce-Kopeck, qui pose devant Times square, même la Kitzer, pas la Sibylle, qui doit tout de même encore se cacher.

***

En quoi consiste l’exposition ? C’est une exposition de maîtres carrés. Oh, pas de maîtres carrés comme on parlerait d’un maître de l’école de Padoue, de Moulins ou des Flandres. Non, il s’agit de tes bons vieux mètres carrés, lecteur.

- Une exposition de mètres carrés ?

- Oui, Gerald, de bons mètres carrés...

- Mais un mètre sur un, un mètre sur deux, deux mètres sur deux ?...

- 1 x 1 !

- Ah !

Nous voyons affichés ou collés le long des murs murant le monde de bons mètres carrés à prix variés. On peut vendre fort cher un peintre, mon bon lecteur, fort cher un mètre. Mais on ne peut les vendre tous à pareil prix, et il est plein de génies qui ne valent pas un clou, pas un liard, pas un horion, pas un sequin au pays des requins. L’exposition des génies de la pâture, pardon de la peinture, ne vaudra jamais bien un bon mètre carré. Au sol.

Le sol c’est du solide. Le sol c’est du mètre carré.

Et l’on nous montre, et mon cher Mange-tout, visite-tout et suprême grand agent immobilier nous montre les vrais maîtres du monde, nos valeureux mètres carrés.

Il y a le mètre carré de Bombay, ville mal rebaptisée, comme ce monde en somme (comme ce monde en somme ? Quelles sommes et quels sommes, hein, lectrice ?), et qui vaut dix mille horions. Cela dépend du quartier.

Il y a le mètre carré de Shanghai, qui vaut vingt mille horions.

Ou celui de Beijing, de Kuala l’impure, et de Bang à coques. Celle qui attend que ça remonte, les cours et les coups de ta bourse, lecteur.

Ou celui de Sydney, en pays vide, qui vaut autant... ou celui des empires centraux, dont on ne parle pas. Ou le mètre à Angkor, ou le mètre à Lima, ou à Uhlan Butor, jadis des cavaliers nomades qui détruisaient les villes, il y a encore, encore, et rien ne cessera. Ou celui de l’Europe, ou celui de l’Afrique : quelques gouttes de sang, ou gouttes de pétrole, et le compteur s’enflamme !

Un speaker gueule un nouveau prix. Dans l’espace tout le monde t’entend crier.

Il y a le mètre carré du man à tannes, qui vaut trente mille horions. O ma vieille Amsterdam, ma vieille dame, ô ma dame minable, qui ne sais où tu vas, et ta langue d’arêtes de poisson - ou de poison ? Ou de boisson ?

Et celui de cette ombre, ou de la capitale, de la barque d’Isis, de mon vénéré Phaure, à trente-neuf mille horions, où il se croyait roi, certes crade, mais quand même roi - avecques les Chinois.

Ou celui de la principauté, ou de ce cap ferré, à soixante-dix-neuf mille horions. Jadis à rien, toute une amirauté, et quelques troupeaux las, tout dévorant du pissenlit, mais l’histoire m’apprend, ô vénéré lecteur, qu’il nous en faut, de ton mouton, pour mettre un terme, à ton erreur de monde, ô Seigneur !

Il y a des mètres carrés sans valeur encore, mais les maîtres s’approchent, Suce-Kopek, Dieter ou Canaris, Sibylle ou bien Spitter, elles font monter les cours de ces cm², dm², m² et tout le reste. Le Népal c’est fini, Bolivie c’est fini, le Pagan c’est fini, Birmanie, pas de démocratie, pas de business along, so go away !

Il faut tout faire monter, c’est un symbole solaire, cosmique, vétérinaire : l’animus humain s’en sort bien mieux, sur cet humus qui monte. Humus bien humble, ô tout ce sol, c’est d’un solaire, ô tout ce sol ! Sol c’est aussi le soleil, ô ce sol péruvien, ce sol d’Atahualpa, ou d’Huascaran, ou d’un lascar ! C’est la monnaie, cet éclairage ? Comment ce qui peut être le sol mais peut aussi être soleil ? Ce peut-il qu’un grand miroir soit au final, ou même commencement ce qui soi-même le regarde ?

Il nous faut du Babel à l’appel, de la rumeur qui monte, de la mort qui répond, et de l’horreur qui tend, plus nous allons vers le haut, plus nos racines, tarées ou carrées, comme nos maîtres ou nos mètres, se doivent de s’enfoncer dans le bas, comme par un harpon.

Mais mon ami Mange-tout nous montre tout et, s’il mange tout des yeux, il ne mange pas tout. Et il me montre à moi, l’esprit qui veillait les génies, et ne suis plus venus que pour aspirer tes mètres, mon lecteur, puisque tu n’as plus ni maîtres ni génies.

Mais j’ai connu pourtant, moi qui écris, un bel et noble écrivain, mon Jean-Edern, mon chevalier, prétendu clown, particulier, qui ne savait où demeurer, place des Vosges, ou bien royale, et la plus chère de ce monde, ou millionnaire atrocité, mais qui luttait, contre entropie, de notre monde demeuré.

Chinois, asiate ou bien ricain, ou moldvien, ou si français, donc supplicié, Philippe Bel, ou templier, nous ne savons par où payer.

L’argent zombie n’enrichit rien.

Se révolter te coûtera cher. Ne laisse pas tomber l’affaire, mon père, ne laisse pas tomber mon prix. On y est.

Jusqu’où ne montera-ce ? Jusqu’où ne montera ce ? Te souviens-tu, mon bon, de cet Alcofribas, Nasier ? Lui, il trouvait beau, ce ! Quand il l’avait tout rongé, ou bien détruit, ô mon râblé !

Car, foi de rat, nul ne le sait ! Tu sais quelle bête, plus que notre homme, exprimera l’argent lecteur ? Ou le célèbrera, symbolisera ?

Lui, le bon écrit vain, il les avait abandonnés, ses maîtres carrés... Mais aujourd’hui, n’importe quel bourgeois... Mais c’est ainsi, lecteur ! Vingt mètres carrés vaudront toujours bien plus que vingt millions de livres ! Ezra Pound !

O ma rue de Turenne, tu règnes.
Ou plutôt tu régnas.
Entre mon bon Jean Phaure
Et son Barbanegra.

Elle est belle, l’exposition. Dans cette grande nécropole, où l’on encense l’or, on ne sait s’arrêter. Il faut tomber dans le panneau de cette grande exposition. Le rien, le vide, l’art, du Malevitch, ou du Kaganovitch, du Ciranovic, de l’Invisible aux vices cachés. Tu voulais du songe de pureté, ou du conceptuel, ou du néant d’Ertal, ou du minimaliste, et tu les as enfin, critique. Rien que de l’adoration de ce cher petit rien, qui frétille sous pied. C’est cela qu’il vaut cher, et c’est pourquoi, ami, que ton cher sol ne se dérobe pas... sous tes pas.

***

Notre cher Mange-tout nous précède dans cette galerie de galériens de l’art. Orden se moque de lui.

- Mais qu’allions-nous faire dans cette galère ?

- Pourquoi vous moquez-vous, Seigneur ?

- C’était cela ou toi qui te plaignais !

- Et de quoi donc, Seigneur ?

- Qu’alliez-vous faire dans ce bunker ?

- Très drôle, très drôle... Je vais vous montrer les mètres carrés suisses !

- Ce ne sont pas les plus chers ?

- Dans le passé : souvenez-vous !

- Un soir, t’en souvient-il ? Nous voguions en silence...

- On entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux...

On se rapproche de ces toiles de mètres carrés helvétiques qui valent tout de même quelque chose, lecteur. Mais Mange-tout pense à son chèque.

- Il est interdit de toucher de l’argent le jour du sabbat.

- Même des francs suisses ?

Je demande alors à mon cher, à mon très cher, à mon si cher Come Todo, pourquoi il aime tant les chèques, a contrario de l’histoire.

- C’est que, très donc, très vénérable...

- Oui...

- Vous ne saviez combien vous m’honoriez par vos titres de gloire, ou de transport. mais les tchèques...

- Elles sont si belles...

- Surtout à Prague !

- Sprague de Camp !

- Ou bien les cheikhs...

- Ils sont si riches...

- Surtout en cheveux !

- En chevaux ?

- Ou en Cheuvreux !

- Mais vous souvenez-vous de tous ces vieux châteaux ?

- Lesquels, mon Pieu ? Mon Vieux, pardon mon Dieu ?

- Les vieux châteaux, ombre et lumière ! Toute richesse, toute monnaie ! Luminescence et connaissance, reconnaissance ou bien tonnerre ! Le moyen âge ! C’est là, Seigneur, que t’en avais, d’immobilier !

- Et racheter...

- Tous vos péchés !

- On n’en sortira pas, Mange-tout, il nous faut séparer le monde de l’argent...

- De...

- Séparer le monde de l’argent de celui...

- De celui...

- Séparer le monde de l’argent, aussi bien de Paris que Kiev, que des cités interdites toutes...

- De celui...

- Du monde.

Cette voix froide nous fait nous détourner. C’est celle pourtant limpide et métallique de notre cher Valentin, juge des enfers, ou des affaires, un César Bigorneau qui m’a déjà accompagné ici très bas, lecteur. Je reprends aussitôt le fil directeur, fils directeurs de la conversation.

- Séparer l’argent de ce monde ici-bas, cher directeur, mais n’est-ce pas trop dur ?

- Mais que veux-tu donc dire ?

- Ce qu’on disait plus haut. Le jour du sabbat...

- Il a raison ! Le jour du sabbat, on ne peut pas refuser un tchèque en francs suisses...

- Sinon l’on se risquerait...

- Tout bêtement...

- Tout bêtement... Immondément...

- D’où a surgi la bête immonde, voulions-nous dire...

- Mais n’est-ce pas trop dur quoi ?

- De séparer ce monde...

- De l’argent.

- Ô pauvre humanité ! Mais qu’est-ce donc que cet argent ?

- Des maîtres...

- Bien carrés !

Il faut lui en montrer, de ces mètres, à notre bon Valentin, pour qu’il comprenne.

Il faut comprendre que ces mètres sont de l’esprit, sont, si j’ose dire, du bon valentinisme. Parler de mètres, ou de couloirs, ou bien d’espaces, ou bien de pistes d’atterrissages, parler de n’importe quoi, de quelques chose en sorte, mais en visualisant, c’est parler de coût.

Du reste mon lecteur je te délivre une pensée du livre, de la livre d’argent ou bien de chair que séance tenante je ne cesse de te demander, et de délivrer : Dieu réclame toujours une rédemption, un rachat.

Eh bien ce n’est plus assez chair ou assez cher pour lui. Il lui faut de l’espace. Un bon regret d’achat, comme à notre Perceval, un bon château du Graal lui passe sous le nez. A cette époque, on meurt si jeune on n’a pas le temps de compter ou de conter le Graal.

Mais là tu l’as. Et Dieu ne te pardonne pas, et te demandera comme à tous mes clochards morts, comme à tous mes jamais morts, en tente quechua, et Dieu te demandera de lui payer en mètres carrés ce que tu n’as pas pu lui payer comme le roi David en instant de recensements ou bien plutôt comme mon bon salaud, mon roi salaud, mon Salomon, en années de travail ou de fonds de pension, en années de survies.

- Tu vivras plus... avant de me payer ce que tu dois.

- Donc.

- Donc tu paieras plus pour être où tu dois êtres.

Estar or not to ser.

- J’ai toujours dit que l’espagnol...

Essere o no ? Stare.

- Si tu veux...

- Pour éviter de payer moi je serais bien mort.

- Il vaut mieux être mort ou bien payer, mon cher Mange-tout ?

- O race ! O désespoir !

- O vieillesse ennemie ! Qui veut payer doit durer !

- Qui veut durer doit payer ! Mon Dieu !

- Ce qui ne nous tue pas nous rend plus vieux !

- Mon Dieu ! Gerold !

- Ce qui ne nous tue pas coûte plus cher !

... Qu’il mourût ! Honte à toi, homme sans entrailles ! Te rends-tu compte quelles gens, ces Romains ? Jamais un père en Israël ne dirait pareille abomination ! Au contraire, il dirait Bravo ! Mon chéri a bien fait de filer ! L’important c’est qu’il vive cent ans et bons !

Nous cheminons dans les couloirs, toujours. Parfois, Mange-tout verse des commissions, règle des additions, plus conséquentes que de nature. Je constate qu’il paie toujours des prix supplémentaires, lui en fais part.

- Pourquoi tu paies tout plus cher, Mange-tout ?

- Ah ! Vous avez remarqué aussi, Horbiger ? Louée soit Sa Face sur toi ! L’oncle Victor avait bien raison de dire que la vie du Juif est un luxe qui coûte cher ! Pas seulement en Allemagne...

Il nous a pris pour Horbiger ! Mais je l’ai renvoyé lecteur ! Je suis de bonne foi moi ! N’importe, il s’emporte ! Et c’est Orden, bien plus placide, bien plus soldat aussi, qui s’exécute, et prend la place de notre absent.

- Lui est austro-patagon, et moi je suis d’extraction italo-argentine...

- Mais même dans les pays aimables l’Israélite doit se faire bien voir, faire davantage de cadeaux, payer davantage la domestique et l’avocat, tout cela pour se faire pardonner en quelque sorte...

Ja, ja, meine liebe Freund.

- Sans conter qu’il faut toujours une Réserve d’Argent Liquide pour vite partir en cas de Pogrom Soudain !

Aber warum ?

- Mai comment partir en cas de mètres carrés ? Tu ne peux pas les emporter ! Ce ne sont pas des bijoux, des billets tout de même !

- Si ! Vous seuls le pouvez ! J’irai avec vous alors ! Mais maintenant je Vous parlerai aussi des Progrès de l’Humanité grâce aux Dix Commandements !

- Mais vous étiez les seuls à les appliquer, mange-tout, et encore, très théoriquement...

- Il y a cent mille ans, lorsque Votre ancêtre rencontrait mon ancêtre, savez-vous ce qui se passait ? Eh bien, les poils hérissés de fureur, Votre ancêtre saisissait une énorme pierre et, les dents menaçantes à la manière allemande, il s’avançait vers mon pauvre petit ancêtre, déjà israélite... oh, voici Zarkoz !

- Avec plaisir.

- Ne me reprochez pas de vous laisser seul avec lui, maintenant.

- Vous pouvez rentrer vous aussi, Orden.

La grande galerie du nécropole - ou bien de la métropole -, celle des dix mille milles donc, ne se termine pas, mais elle sort parfois, à la surface de la terre, elle s’exhibe.

***

Zarkoz nous attend donc dans une chambre de son palais, où l’on surgit imprévisiblement. Il est dans le luxe cardinal qui plaît temps aux présidents, bardé de garde du corps et de cordons de bourse, mais il a l’air de s’en foutre.

La grande lumière qui tombe d’un plafond noir est orange. Beaucoup arborent d’ailleurs de grandes lunettes noires à verre fumé, mais sans doute est-ce pour imiter leur Président. Il ne peut pas cesser d’imiter les plus Grands, même quand ils se font tout petits.

Il fait son noeud de cravate, il est en caleçon, entouré de photos de lui, de son épouse, de ses amis en jet. Le nez et les cheveux frisés semblent glacés : une frisée aux glaçons, comme dirait Mandeville. Il faut s’asseoir pour le sermon qui va écorcher la syntaxe comme nos oreilles avec sa syntaxe stridente et son petit ton sûr de soi et dominateur. C’est une manière de s’exprimer qui semble fonctionner. C’est par cela que l’on va commencer d’ailleurs.

- Pas mal ici ont rêvé de proposer de grands rêves. Moi, rien. J’ai décidé de les réduire, les rêves, et ceux qui m’avaient élus, je les ai regardé avec arrogance quand je suis arrivé au pouvoir. Et puis je me suis dit qu’il ne fallait pas troubler le désordre nouveau, qui consistait à rétablir un bon vieil esclavage virtuel.

- Missi li président, on voudrait ti voir..., interrompt un huissier imprudent. (en fait c’est Orden qui a contrefait une voix africaine ; Zarkoz qui n’y voit rien a poursuivi.)

- Qu’on me foute la paix ! On ne voit pas que je suis en rendez-vous, avec des gens plus importants que tous les connards de l’ONU ? Je disais donc...

- Le servage...

- Non, la servitude volontaire, mais merci quand même. Un esclave c’est quelqu’un qui est accoutumé à vivre sur la paillasse de son maître, n’est-ce pas ? Eh bien voilà, avec tous les gages de sa vie, il aura droit à ses 2 ou 10 m², et sans se plaindre. Un esclave, c’est un ignorant. Ce n’est pas un révolté. Il se laisse conduire, il est juste content de servir un bon maître plutôt que de descendre à la mine ou dans la mer. Il ne lui faut pas trop de culture non plus, cela l’inciterait à la révolte, ou au mécontentement, et il se doit de rester tranquille, avec juste ce qu’il faut de stressé, et nerveux, de variolé... J’envoie la Clèves aux catacombes, avec âme et bagages.

- Gare aux révoltes des esclaves ?

- A Spartacus ? Mais on les a, nos révoltes de sportifs, de footeux ou de grands surpayés de la geste du sport... Et l’on n’a pas à s’en plaindre non plus. Au bout de dix minutes, ils ne savent pas plus que ton gladiateur que faire de leur liberté. Mais j’insiste : j’aime donner à mes esclaves, à nos esclaves, des distractions coûteuses ; ils se remettent alors au travail. J’aime allonger leur durée de travail, éloigner leur retraite ; j’aime augmenter leurs taxes et leurs impôts, pour qu’ils sachent à quel point ils étaient heureux et bien traités - jusque là. Et puis je change les règles : les hommes pousseront les landaus de leurs gosses, ils se feront moutonniers, doux comme des agneaux. Les éloigner de la chevalerie, le principal, soldats compris, planqués comme des couards dans des crottes de montagnes, à envoyer des drones. De moins en moins feront de sport, s’exciteront. Mets un voyage en train une fois à vingt heures, ils se plaindront ; mais dix fois, mais vingt fois ? Ils se résigneront. Nous les acclimatons aussi dans le parc à exécuter des ordres abjects : ramasse l’étron de ton clébard, pratique surtout le tri sélectif. Vous savez ce que c’est, vous les esprits, le tri sélectif ?

Il est fin prêt, entouré de parfumeurs. C’est du parfum à mille horions. Il nous regarde toujours avec son petit air arrogant. Huissiers et serviteurs se retirent calmement, il regagne son bureau en fourrant les doigts dans l’année.

- Le tri sélectif, c’est l’art, la volonté de contempler ta merde. Tu la sélectionnes, tu l’affectionnes, tu la prends en main. Elle te coûte plus cher, six fois plus qu’il y a dix ans, m’a dit un de mes conseillers si bien payés. Tu appliques ton attention sur l’abjection, un bon rôle d’esclave.

- Sire, il faut apprendre à s’laver...

- A s’épiler, à se raser le crâne, une bonne tête d’esclave ; à se muscler aussi, à se tatouer les torses et le bras. Après, tu les soumets bien avec leur chiens ou leurs voitures. Ils apprennent les gestes de la soumission, ceux de la servilité, ils ne respectent rien, comme des esclaves, mais ils redoutent la sanction. Ils ne vont pas saluer la vieille dame d’ailleurs - il y en a trop, on fera quelques chose -, ils ne vont pas aimer leurs pères, mais ils vont se résigner. Nous avons répandu tous ces métiers de services, vous savez ? Et, comme dit Sénèque, Omnis Vita Servitio est. Toute vie est service, amis très chers. Je les fais livreurs, coiffeurs, esthéticiennes, retapeurs, emprunteurs, prêteurs, précepteurs, emmerdeurs, chiffonniers, ajusteurs, petits tailleurs, ramasseurs, ils me foutent la paix.

- Homo domesticus...

- Ils se rêvaient festifs... Je les réveille domestiques, domestiqués, et bien calmés. Et maintenant venons-en à vos maîtres carrés.

- Génial.

- Tu l’as dit, mutant. Je suis le président qui a vu la plus belle, inexplicable et donc géniale explosion immobilière. J’en suis fort aise : ils rêvent de dix puis cinq puis trois m², ils me foutent la paix. Vous connaissez les benêts ? Eux ne rêvent pas de sottises et châteaux du Graal, avec des taxes, des impôts et des travaux insupportables. Eux rêvent d’un F2 dans le quinzième, mes amis ? Et ils l’auront, et se battront, ou s’en iront, et ne pourront pas manifester. trop de transport, trop dans les ténèbres extérieures de votre monde de lieux bannis. Au lieu que ceux qui sont au centre dans l’or et les lambris présidentiels...

All Space in a nutshell.

- Exactement. C’est du Goethe ou du Joyce ?

- C’est du Shakespeare.

- Cela veut dire quoi ? On s’en fout après tout. La culture c’est comme la confiture... la culture c’est qui reste quand on n’a rien appris, la culture c’est ce qui reste quand on ne sait rien faire, la culture... Ou en étais-je, où en suis-je ? La seule production de richesse dis-je en mon pays c’est le maître carré. C’est comme ce vieillard qui fait du feu sur son bout de mur pour se chauffer. L’autre regarde son mètre carré, il le voit chauffer, bouiller, se cabrer, exploser, il s’en tord de bonheur. Et vous voulez empêcher ça ? Mais vous êtes contre l’histoire, un duopole rousseauiste, un...

- Cela sent le roussi !

- Et maintenant venons-en à vous.

- Cela tombe bien, on pensait s’en aller...

Brutalement, il fallait bien que cela arrive, lecteur, le mur bien noir dévoile un grand écran ; on y voit le dirigeable de nos troupes étiques et non éthiques, pour reprendre les mots de la Sibylle. Des sicaires et des condottieri portent des gadgets très divers qui prétendent n’avoir rien à envier aux armes secrètes de notre chère Fräulein. Mais c’est selon... Zarkoz nous fixe triomphal, et il reprend de son petit ton arrogant.

- Je les connais les fous comme vous. Ils mettent le monde sens-dessus dessous, ils se révoltent, ils font les yeux révulsés, ils reviennent à la niche comme tout le monde. Et puis, ils disent que nous comme les barbares, que nous avons imposé de fausses valeurs, alors que nous n’avons fait, nous politiques, que suivre la masse inerte de l’espèce. Nous ne sommes pas des barbares. Nous sommes l’empire, nous sommes la civilisation.

- La civilisation qui empire...

- Toujours vos jeux de mots stupides ! Vous êtes les barbares. Vous voulez tout détruire, renoncer aux acquis de nos bonnes sociétés, vous voulez introduire le chaos là où il n’y a que conspiration enjouée et accordée. Jamais l’humanité n’a été si heureuse, cela fait dix fois qu’on vous le dit, non ? Par ailleurs, nous y remédions, à votre surconsommation, humains : développement durable, principe de précaution, ministères de l’écologie et de la bonne conduite. Vois comme ils se conduisent bien au volant, maintenant. On les a mis au pas de loi ! Vous parlez d’esclavage, mais n’êtes-vous pas bien fous ? C’est la règle de la vie dans les sociétés modernes que nous leur imposons, et ils sont consentants. Mais c’est assez.

- Comment ?

- Nous allons vous reprendre vos jouets. Nous allons vous mettre au pas. Evidemment, nous savons que nous ne pouvons pas aller trop loin avec vous trois, Orden, le Gerold là, et le fou d’en bas, là, Orbi...

- Guerre.

- Guère. C’est cela. Mais lui, nous allons l’arrêter à l’atterrissage de votre vaisseau spatial. Les enfants que vous avez volés, nous allons les récupérer, puis...

- Tu ne veux vraiment pas négocier ?

- Il ne veut vraiment pas négocier !

- Ce n’est pas pour le business ! C’est personnel !

Je te laisse imaginer la suite de la scène, lecteur. Je pensais que Zarkoz ne commettrait pas l’erreur de nous sous-estimer, nous ou nos armes, mais rien n’y fit. Il se croyait face à des terroristes, et pas des envoyés du ciel. Car nous sommes des envoyés du ciel et des gentils enfers, lecteur.

***

Orden a dispersé en quelques gestes et mouvements saccadés de bâton de dynamique les trop rares agents qui nous entouraient. Nous avons prévenu Fräulein et les savants du Zeppelin des menaces très impotentes qui pesaient sur eux ; puis nous sommes partis. On a bien essayé, avec Orden, d’arracher des bouts de peau au visage de Zarkoz pour savoir ce qui se cachait sous cette face de lune : de la Kitzer, un bout d’Ulysse, une vieille harpie, un diablotin des limbes. Mais on n’a rien trouvé. Telle est l’époque, en vérité : il n’y a plus de secrets.

Nous l’avons pendu par les pieds ; pendu, comme la lame 12 des Tarots et tous les chefs d’Etat des temps présents et misérables. Mais un beau cri d’amour de Tatiana et Nabookov retentit bien en cet instant.

- Chérie ! Chérie !

- Oui ! Mon amour Nabookov !

- J’ai atteint mon million de signes !

- Mon millionnaire ! Mon humour !

- Enfin millionnaire !

Puis nous nous sommes inquiétés de notre dirigeable à croix gommée : qu’allait-il lui arriver en effet ? Alors nous nous sommes mis à regarder la télé, ainsi que tous les bons terriens. Allait-il être massacré ou pris d’assaut par des troupes d’élite ? Que feraient les Gavnuks ? Et Skorzeny ? Quelles armes allait pouvoir encore inventer Fräulein ? Les F-18 ou F-35 ou F(x) yankees allaient-ils rayer de la carte notre fantastique cerveau, pardon, vaisseau ? N’y aurait-il pas trop de dommages collatéraux ? Qui donc interroger ?

Et l’on voyait notre bon Croix gommée naviguer dans les cieux, lorsque l’on nous apprit que des millions de mètres carrés hors de prix avaient été dérobés dans maintes grande villes de ce monde très bas ; que bien des systèmes informatiques fonctionnaient mal ; que des drones de drames se produisaient partout, enfin que d’Artagnan et Siméon établissaient record sur record.

Nos grognards avaient bien agi, et sans notre angélique présence, ni notre spirituel soutien.

La colère à l’instant succédant à la crainte,
Ils rallument le feu de leur bougie éteinte :
Ils rentrent ; l’oiseau sort ; l’escadron raffermi
Rit du honteux départ d’un si faible ennemi.

La victoire des nôtres, conseillés sans doute aucun par Valentin, Parvu Lascaux, et aussi par la Houri, ne faisait plus de doute. Mais on parla soudain d’un nôtre prisonnier.

Un nôtre prisonnier ? Je pensais à Mandeville, un accès de sottise... Ou à Maubert, un accès de fureur... Mais Horbiger !

On nous annonçait qu’Horbiger était fait prisonnier, qu’on allait le juger ! Mais comment l’avait-on attrapé ?

Zarkoz que l’on avait peu malaxé (mais il semblait content d’avoir été lifté) et oublié, se ranima. Il reprit contenance, lumière, fureur dans le visage.

- Je savais que les ricains seraient plus forts. Ils sont fous à lier, ils l’ont attrapé, ils vont se l’exterminer et le juger, et vous aussi d’ailleurs. Je ne vous raterai pas, je suis Cruchot, moi, l’imperturbable adjudant pète-sec, vous allez voir... Et tous en garde à vue, obéissez !

- Tais-toi.

- Mais... Vous m’étrangler le lobe. Je suis le président...

- Tu es le casse-pieds.

- Un casse-pieds un petit peu dur d’orteil ! Regarde, Orden, c’est Horbiger.

Nous sommes toujours devant l’écran comme des sots, lecteur, comme toi-même et ta famille, religieusement tendus et connectés par le medium is message, dont Mandeville, qu’il nous manque, eût fait un medium is message... Ou un medium pas sage !

Mais il est là, Horbiger, flanqué du triomphant Siméon, dont je doute, pour le coup, qu’armée de son Magic Toilet sixième génération il soit prisonnier lui aussi. Superbe Horbiger qui lance une rose noire à l’empereur, vêtu de probité candide et de lin blanc, et dit en riant :

- Nous afons fait une krosse farce ! Prima gut, très... Spass ! Très drôle pas vrai ? Je ne suis prisonnier de personne, sinon d’Ulysse en personne, Ja, Ja. Nous afons gagné la guerre sans nos confrères, si j’ose dire, sans son mon Orden et notre grand Gerold ! Et maintenant je veux m’amuser comme si je l’avais perdue, cette guerre ! Je veux me juger moi-même ; comme si je l’avais perdue, cette guerre. Mais cette fois pas question, nous foulions la gagner mit les armes secrètes. Je me ferai juger à Nuremberg, la ville des jouets, et ce sera le tribunal de Horbiger ! Pendant que certains s’amusent, d’autres rejugeront le monde ! Après j’irai en Patagonie revoir ma mère partie verte de gris que jamais je n’aurais dû quitter...

J’irai revoir Patagonie,
Amère patrie,
Verte de gris...
Un verre de gris ?

Tout le monde semble enchanté, on va bien rigoler. D’autant qu’aux côtés de Horbiger nous avons comme procureur ce bon docteur Mendele et notre cher Mange-tout, qui accepte toutes sortes de paiement, sauf les tchèques sans provision ! Un tribunal des flagrants délires en préparation, quand je te disais que ce chapitre était très fou.

Là, lecteur, il se passa quelque chose, dans le palais présidentiel même de la galerie aux mille milles, qui fait le tour des terres, et célèbre le commerce. Des huissiers, des soldats, des soubrettes, des commis, des hôtesses, des serveuses, des jardiniers, des gens en somme entrèrent et nous félicitèrent.

- Vous êtes les plus forts, nous devons vous aider.

- Et vous avez raison : changeons de société !

- L’armée ratatinée : vous avez tout gagné !

- Imaginons ensemble une autre humanité,

- De liberté, d’égalité, fraternité !

- Secouons nous la puce, oublions le marché !

- Nous en avons assez, finis les possédés !

Cela nous fit du bien, lecteur. Il est bon quelque fois, malgré qu’on en ait, de se sentir soutenu, célébré, encouragé au feu des veillées par le bon peuple et la bonne opinion publique ; jusque là, il est vrai, nous avons surtout joué égoïstement notre part, sans barguigner certes, mais aussi sans souci de popularité, de bienfaisance ou bien d’esprit international. Et bien c’est fait.

Un grand bruit dans la salle. Par le système d’air entre un Mandeville surarmé.

- Mandeville !

- Mes mésanges ! Mes chers anges ! mes amis prisonniers !

- Mais nous ne sommes pas prisonniers !

- Encore un mensonge de la télé !

- Le songe de l’attelé, c’est quelque chose !

- Vous n’êtes pas pris aux niais ? Tudieu, alors ! mais on m’aura trompé !

- Mais nous aussi ! Nous croyions Horbiger retenu !

- De la retenue, il en aura toujours. Ce n’est pas comme Zarkoz.

- On fait un brin de causette, ô misérable ?

- J’espère qu’un lecteur aura compris au moins cette réplique !

Maintenant il nous faut décrire le procès, non de Kafka, mais d’Horbiger, seule concession, momentanée d’ailleurs, que nous laisserons à l’ennemi pour lui faire croire qu’il l’emporte contre nos forces supérieures moralement et physiquement.

Maintenant, voici les cinq éléments de l’art de la guerre :

I. La mesure de l’espace.
II. L’estimation des quantités.
III. Les règles de calcul.
IV. Les comparaisons.
V. Les chances de victoire.

Ce ne sont que des maths, lecteur. Heureusement que nos Allemands sont bons en maths ; seulement, il faut leur serrer la vis...

(à suivre)

10 janvier 2012 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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