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L'après Libre Journal
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
XLII - Le tribunal de Camembert et le procès de Horbiger
par Nicolas Bonnal

Chapitre où Horbiger se juge mal mais parle bien de lui
(A censurer aussi mais à lire quand même)
Autrement dit
Chat, pitre azimuté écrit en état de (sobre) ébriété

Cette Grossraumkonzeption tout de même ; elle en laisse de glace quelques-uns, mais elle va prendre pourtant de la place dans la fin de cet ouvrage, comme elle en a pris tout au long du récit de cet ange à la nage aventureux que malgré moi j’incarne sous la plume du Nabookov... Tu savais de toute manière, lecteur, à quoi tu t’exposais avec tes tubes cérébraux en consultant cette bizarrerie qui a nom... qui a nom quoi d’ailleurs ? Hip ! Dès qu’Orbi prend le pouvoir dans ce texte vaseux, tout le chemin se fait pierreux, pardon bienheureux, pardon biéreux, pardon, hips, pour le nez au machisme, pardon, pour le néologisme.

Il a fallu tous les dédales, bon lecteur, pour s’échapper de la grande galerie de la métropole, ou nécropole, et regagner la capitale et notre boulevard des Germains et notre vénérable monastère. Nous l’avons fait en mini-Zeppelin à propulsion sidérale. C’est incroyable ce qu’on invente sur le cerveau, pardon sur le vaisseau à croix gommée. Et c’est aussi très fou ce que s’invente le cerveau humain pour se simplifier la vie, des fois.

Auparavant il faut que je te conte la bataille des champs patagoniques où nous perdîmes Horbiger au combat. Champs agoniques, argonautiques d’ailleurs, je ne sais plus très bien, à moins qu’il s’agisse de champs parodiques.

***

D’ailleurs je ne raconterai rien, lecteur, il est trop tôt, et donc tu ne sauras rien et tu n’auras pas à payer les peaux cassées.

Le problème est que le vol s’arrose beaucoup. Le grand Zeppelin nous recueille quelques centaines de milles plus au Nord, et nous faisons tous ronds le tour de la terre.

Sache que nous allons à Strasbourg, la ville des rues, et qu’Horbiger rêve d’une belle conférence. Mais il a bu une bière de trop, celle-là sur laquelle il ne fondera pas son empire, justement.

- Je feux aller au parlement européen. Je feux leur faire payer les heures les plus claires de notre histoire et leur imposer les heures les plus drôles...

- Oh non, Horbiger, au parlement européen, ils se méritent un marquage rouge au front. Histoire de payer pour les heures les plus maussades de notre histoire...

- Je crois que je vais me couvrir de belles couleurs.

- Comme un chef de troupeau ?

Ya - comme on dit ici - et che lui dirai par moins vingt degrés... Sois sage, ô ma couleur et tiens toi plus tranquille...

- Allez Horbiger, arrête de faire ton ADG.

- Ben quoi, c’est beau de l’air a cinq mille mètres...

- Tu feux fraiment afoir le ternier enjeu de mot ?

Ya, ich bin le petit malin des magiciens...

- Eh oui, Horbiger. Quand on est privé de troisième Reich et de cinquième colonne, on se rattrape...

- Avec le second degré et la quatrième dimension ! Ici La Paz, les bons aryens parlent aux demeurés !

C’est sur ce dialogue peu amène que le procès peut commencer. Il se tiendra dans une grande salle de jeu, et comprendra les acteurs sociaux suivants. La liste des invités, celle des évités surtout, te semblera bizarre, lecteur, mais il faut comprendre que c’est Horbiger qui a décidé, manipulant comme personne la glace et le feu, le grand ciel bleu et la terre creuse, de son procès, et donc la liste.

Auparavant il faut que je confirme que nous détenons Zarkoz, que nous avons constitué une liste d’abonnés à la prise d’otages, que nous sommes revenus dans notre grand monastère, que nous l’avons embelli, agrandi, déménagé comme prévu à Montmartre (atterrissage via l’échelle de Jacob prévu à 14h92, heure de grandes découvertes), que Fräulein a invité ou inventé (avec elle, on ne sait plus, elle est toujours plus belle, un vrai régal lecteur, quel dommage que je ne puisse ou sache te la décrire ou mieux, t’envoyer sa photo) une machine à réduire les particules, qu’ainsi nous réduisons des m² que nous entassons, réduisant à néant ceux que nous ne voulons pas ou que nous châtions, que nous sommes les maîtres carrés les plus grands du monde, et que rien donc ne s’oppose à notre Ubris et Némésis, que la Némésis concerne bien sûr ce pauvre Horbiger qui a décidé de s’infliger le mythe d’haire et celui de la discipline aussi. Bien entendu il a décidé de sa peine (il s’est donné la peine de la choisir) ainsi que l’adresse de son lieu de résidence qui ne l’Hess pas à désirer...

Il est pourtant bien entouré dans la salle du procès fleuve aussi nommé le procès fleur ou procès soeur, car la vie a été comme une soeur pour Orbi, depuis qu’il est remonté d’en bas, la vie lui a fait des fleurs et pas défaut.

Il a la plus belle place, le procureur docteur Mendele se fait tout petit, Mange-tout est supérieur aussi, et le jury est composé de ses propres animaux de basse-cour. Il n’y a pas de président du tribunal. On peut estimer que l’accusé est le président du tribunal, ce qui n’en fait pas un tribunal de la Haye, mais un tribunal plus gai. Charles-Mouloud Canigou-Malotru, juriste patenté, est assistant de la partie civile. On verra que, sans lui faire de fleur, il a des soucis à se faire.

Il y a l’ara Petacci, venu spécialement d’Amazonie en cage dorée privée. L’ara a fait des manières, il a crié après la gazza ladra, la pie voleuse, a menacé de se plaindre aux Hergé, mais a finalement récupéré sa Play bague au doigt.

Le pingouin magellanique Steven Spitzberg est monté spécialement de la péninsule de Valdez pour voir son maître cousin de l’empereur manchot autrefois surnommé Kaiser sosie. Le pingouin est venu en sous-marin pour rien et aérien ainsi qu’en U-boot perfectionné par Fräulein qui a même inventé pour Orbi un modèle idéal de femme aux tomates (mais non, Mande, une femme automate !) ; et il a traversé l’Atlantide ou plutôt buté sur elle, puisque depuis que nous avons gagné nous l’avons reconstituée en étalant et déversant et entassant bien des mètres carrés et cubiques, mais je te le raconterai plus loin.

Autre membre du génie, pardon, du jury, le renard râleur, roi dans l’art de râler, j’ai nommé le renard du dessert, du désert pardon, maréchal Grommelle, cousin par feinte alliance du regretté goupil médiéval à catarrhes. Il se pomponne, il trotte, il s’éloigne, il revient, il s’énerve et il grogne. Mais enfin, il a le plus haut Saint-Siège sur le banc des jurés qui ont juré leur mauvaise foi éternelle à Orbi, donc il est content.

Le beau chinchilla Ravi Jacob, telle est vive notre vision, nous arrive de Gerimadeth, programme immobilier hugolien, rimant avec les dettes. Il se propose de soutenir Orbi et Gourbi notre vedette contre vents et de se marrer. Il fait des bonds d’épargne et des bons placements en attendant dans la salle d’audience.

Le rat d’égout et rat d’Ugude Alfa Romeo di Carpaccio est la grande surprise du jour. On sait que la souris symbolise l’esprit, d’après le docteur Freux et son secrétaire Gustave Beau Flair, mais on ne se doutait pas qu’un animal aussi virulent, remonté des Enfers bis via la traversée des dégoûts de Lutèce vînt à paraître en ces hauts lieux.

Et maintenant, comme des escargots après l’averse, sortis de la pluie de fer, des juges binoclards, des professeurs de droit humanitaire, de vertu horizontale, des docteurs en médiocrité, barytons de l’armée du salut, brancardiers de la Croix-Rouge, naïfs braillards des lendemains qui chantent, venaient à Nuremberg faire des leçons de morale primaire aux Seigneurs, aux moines combattants qui avaient signé le pacte avec les Puissances, aux Sacrificateurs qui lisaient dans le miroir noir, aux alliés de Schamballah, aux héritiers du Graal !

***

Le procès commence, sous les huées de la grande salle pas très propre au demeurant. Un comble pour le pays des Staubsauger ! Fräulein fait venir un commando de clones d’Ubik et Kubelik et entame un programme d’épuration du sang, du sol, des eaux usées. Le maréchal Grommelle tempête après le bruit sournois des appareils. Fräulein invente aussitôt alors l’aspirateur géant ronronnant. « Chat alors ! » murmure en fin le vieux renard, avant de reprendre une ration de dessert. La salle est enfin épurée.

Le procès-soeur commence. On défile à la barre des témoins à charge, à décharge plutôt, une vraie décharge publique que ce procès lecteur, comme s’en plaint l’avocat vert et marron Mange-tout avant de narguer les victimes de son verbe dilatoire et dialectique et délétère : car le capitaine des ventres ne se prive pas de montrer sa puissance hauturière et venteuse. Ravi Jacob juré se bouche le nez qu’il a fort grand.

Il y a d’abord Asinella, qui s’est foulé la main en chaussant avec ses Tods. Horbiger se moque : « pas étonnant de se blesser avec un nom comme ça », rappelant qu’en tudesque Tod désigne la cessation de paiement.

Mais de quoi Asinella accuse-t-elle Horbiger ? Le Dr Mendele s’agite.

- Oui, mademoiselle, de quoi l’accusez-vous ?

La mia nonna è molto ricca.

- Cela, nous le savons.

Ha speso molti soldi per lui.

- Elle a dépensé de l’argent pour vous, Horbiger ?

Sono la piu bella, sono la piu ricca.

- On sait, on sait, alors Orbi ?

- Je crois que mon client a jadis passé du temps avec elle - la grand-mère - à discuter d’un Grossraumkonzeption ; c’était dans le cadre d’un programme immobilier. Elle estime qu’elle lui a consacré du temps... Et donc du temps. Comme chacun sait en outre, spendere veut dire tuer, et to spend dépenser.

- Asinella ?

Sissignore ?

- Comment appelle-t-on les habitants de la Crète ?

- Je sais pas, moi... Les crétins ?

- Très juste ! Brillant, maître ! Témoin suivant !

Les jurés applaudissent au cours de l’impartial procès-soeur. On redonne une paire de Tods à Asinella en lui disant que ce n’est pas la mort (Tods, pas la paire), et on la laisse partir aux côtés de Superscemo qui doit lui apprendre de nouveau à conjuguer Shakespeare au présent du vindicatif (je vais te faire expirer, tu vas te faire expirer, il va se faite expirer...).

Mais le présent du vindicatif est là qui veille, comme une âme, qu’une flamme toujours suit. Un faux témoin s’approche : c’est Hanselblatt, toujours lui, frais éconduit jadis par Orbi, et qui s’est déguisé en Woody Alien pour nous tourmenter et pour nous amuser. Hanselblatt, c’est lui lecteur, je te rafraîchis la mémoire.

- Cher maître, j’ai été enchanté. J’ai manqué ma mission, mais je suis ravi. Mes respects, monsieur Gerold, vous m’avez assisté trop peu, mais je ne vous en veux pas. Adieu.

Cette fois la mission est plus cynique et moins initiatique, lecteur : accuser notre Meister de tous les maux de la terre et de la guerre : non mais quel maître-chanteur ! Ravi Jacob le couvre d’imprécations comme celle où l’Eternel cogne ; et, plus royal, plus protocolaire, plus condescendant aussi, mange-tout déclame :

- Mon client était mort au moment des faits incriminés. Il était déjà descendu sous terre, pour, dévoreur de bon vers et non dévoré par eux (les vers), s’assurer de la véracité de sa théorie, la terre creuse, votre honneur.

- La terre creuse ?

- Silence, Alien malin, Votre Déshonneur en personne. Il a prouvé la véracité de sa théorie, il est remonté avec les anges du paradis et il a mis fin à un autre programme d’épuration spatiale et immobilière tout aussi périlleux. Et vous avez l’outrecuidant toupet de l’accuser ici, et vous avez l’audace de le persécuter judiciairement lui que l’on devrait décorer de la légion condor, pardon de la région d’honneur...

- Lapsus révélateur...

- Lape, suce, révèle, acteur... Car tu n’es pas Woody Alien le drôle, tu es son drone, drone de brame en l’occurrence, tu es chétif insecte, excrément de la terre, j’ai nommé Hanselblatt ! Oser accuser, et persécuter mon très honorable client, non mais...

- Je rappelle, maître, qu’en l’occurrence c’est votre client qui a commandité son procès pour atteinte aux droits de l’ohm...

- C’est vrai, Votre Honneur, c’est vrai, je retire.

- Mais cela n’empêche que moi Woody Alien je conteste l’humour de Horbiger !

- Votre odeur, pardon Votre Déshonneur, on peut dire que vous manquez du sens de l’honneur ! Il n’est pas drôle, mon brame ?

- Excellent !

- Bravo !

- Belle répartie, mon kiki !

- C’est répartie comme en 40 !

Le dernier enjeu de mots refroidit un peu l’atmosphère joviale de la grande salle enfin devenue proprette. Maréchal Grommelle est lui tout à fait frais et dispos, prêt à repartir comme en 40, à répartir les tâches, et donc à faire de bonnes réparties, dignes de l’Afrique impériale. Le chinchilla Ravi Jacob, à qui Horbiger a promis beaucoup d’espace et d’espèces en cas de non-lieu, se met à voltiger pendant que l’ara Petacci chante à tire-d’aile :

- Je suis issu d’un peuple qui a bien su y faire, je suis issu d’un peuple qui a beaucoup souffert...

- Moi je ris de me voir si belle en ce tiroir... caisse ! Après je retournerai m’acheter de mon Amazone au long... cours !

- Regardez Woody Alien ! On dirait Philippe à tics !

- Phillip K. Dick ?

- Rouvrons les camps ! Rouvrons les camps !

- Lesquels ?

Silence de maure dans la salle, que les aspirateurs hippocampes, machines à épurer et inspirer l’espace, ne cessent de parcourir, chevauchés par les Gavnuks préférés de Horbiger, Ivan Mudri et Siméon Glupi. C’est Horbiger qui va sauver la mise et va sauver sa tête, sans quoi il se tordra de rire au bout d’une corde, lecteur.

- Les camps de déconcentration, pardi !

- Bravo !

- Les camps de l’humour !

- Super !

- Les camps trop picots !

- Tudieu, les khans tropicaux ?

- Hourrah pour Horbiger !

- Il va traverser le Dimanche à la nage !

- La manche ?

Mais le procès n’est pas fini. Nous voyons arriver un nouveau gentil juré, un sage capucin, pardon un singe capucin, bien mis, à la lippe melliflue, le poil cintré, l’uniforme de groom, le bonnet de robin et la main délicate toujours entortillée. C’est le cher Philippe à tics, singe, sage cette fois, de science-fiction ou de science faction plutôt, combinaison ignifugée de rire ou bien de pleurs. Il s’assoit auprès des autres animaux et l’émission reprend.

- Le ministère public reprend...

- La décharge publique, oui !

- Laissez le docteur Mendele reprendre son discours.

- Mendele au Paraguay ! Mendele au Paraguay ! Mein fou rire au paradis !

- La ferme, les animaux !

- Votre Honneur, elle n’est pas drôle.

- Accordé, Charles-Mouloud ! Il est défendu de se moquer du docteur Mendele. Témoins suivants !

- Le comte de Gras Koulak.

- Comte de Gras Koulak, entrez !

Le comte de Gras Koulak, ancien amant de l’horrible Kitzer, énorme investisseur immobilier que nous avons tous redoutés, l’homme qui s’enrichit dans les cimetières, qui promène le tchernoziom de terre en terre depuis des lustres, affame les locataires, et truande les pauvres, le roi des syndicats des primes et des subprimes. Il entre en grande pompe, mais toutes les pompes ne sont pas éternelles, lecteur.

- J’accuse...

- Le coup !

- Le coût !

- Ton compte en banque !

- Ton comte à la manque !

- Messieurs les jurés !

Le compte en manque Gras Koulak n’y peut mais, mais les animaux sont déchaînés, pas empaillés et pas, il se rebelle. Le poussah imprudent, qui pensait tirer parti du procès parodique, a amené sa suite de mètres carrés, il y en a de toutes les tailles et tous les prix, de 500 à 150 000 horions, de tous les horizons. Le maréchal grommelle, le sage capucin Philippe à tics leur jette des cacahuètes jetables, des qlipoths de centimètres carrés et des poubelles compactées où recycler leur trime, pardon leur tri de crimes. Le plus bagarreur des jurés va cette fois être le pingouin magellanique.

- J’accuse donc le sieur Horbiger...

- Horbiger c’est la paix !

- De nuire à mon négoce...

- Tais-toi, sale gosse !

- Tais-toi, sale cosse !

- Toi t’es riche comme Jobs !

- Tu finiras comme Job !

- Va te louer une chambre à Gaza !

- Juré Steven Spitzberg ! Revenez sur le banc ! Il est interdit de becqueter le témoin à charge !

- Oui, votre honneur ! D’autant qu’il n’a pas le sens de l’odeur ! Il serait même comme qui dirait en odeur de feinteté !

- Je me plaindrai du tribunal...

- De Camembert : celui des rois fromages et des bonnes petites odeurs ?

- Auprès de la Haye...

- Vas-y franchir tes haies ! On the hait ! On te hait !

- Qu’ils viennent bombe arder ! Qu’ils viennent bombe arder !

Le rat d’égout et rat d’Ugude Alfa Romeo di Carpaccio lorgne les trois fromages de Gras Koulak, l’homme qui s’enrichit dans les cimetières. La finance, la pierre, le crédit, les trois piliers d’iniquité, et il les ronge fort.

Dans un coin près d’Orbi on voit Woody Alien déposer les armes et les masques et s’adresser à Horbiger. Souviens-toi, lecteur, des propos légendaires d’Hanselblatt.

Les Allemands devraient nous permettre de rendre entre eux et la société le rôle de médiateurs, de managers, d’impresarios, d’entrepreneurs de la germanité...

Ce dernier, bon kaiser lui pardonne et lui permet de s’asseoir tout près de lui. Gras Koulak s’éponge le front, pardon l’affront.

***

Pendant ce temps les autres témoins à charge défilent, un peu penauds, refroidis par cette ambiance suscitée par le charisme sidéral et hyperboréen de l’abominable homme des glaces.

Il faut serrer la vis aux Allemands ; bien qu’ils soient forts en sciences, il faut leur serrer la vis.

Il y a les maîtres carrés, les maîtres cubes, les homoncules, les dépodés (on appelle ainsi, mon lecteur, ceux que l’on a dépossédés de leur pods), les ridicules et les horaires.

- Oui, clame leur avocat, nous sommes les horaires.

- Vous êtes les horaires ?

- Nous avons été bafoués en effet par la révolution horbigérienne. On ne nous respecte plus, on ne prend plus son métro en panne ou son train retardataire à six heures, on ne peste plus dans les embouteillages fumants et morbides, on ne répond plus à l’appel du patron bienfaisant...

- A mort l’horreur ! A mort l’horaire !

- L’horaire à mort ! L’horaire est mort ! Vive le Kaiser !

- L’ara Petacci, allez prendre une douche !

- Un Duce ?

- Ciel ! Qu’ouïs-je ?

- Bon, les horaires, allez voir ailleurs si j’y suis ! Dans le cadre de cette révolution physique et spatio-temporelle que suppose la mutation horbigérienne, nous ne pouvons poursuivre plus longtemps les investigations.

- Horaires ! Faites une bonne action ! Disparaissez ! Au Moyen Age vous n’existiez pas !

- Dans la jungle personne ne vous entend trier !

- Et si vous ne pouvez en faire une bonne, faites-en une mauvaise : disparaissez aussi !

- Tri sélectif !

- C’est vrai ! Il faut remettre les pendules à l’heure !

- Pilule et bulle, mandibule pitbull, bidule et pendule ne font qu’un !

- La ferme, les animaux ! Sinon je fais évacuer la salle !

- La cage !

- Le zoo !

- Le monde !

- Au zoo les bêtes immondes !

La dernière bulle tomba à plat. Toujours est-il que l’on fit évacuer la salle, car les témoins à charge avaient été chassés à coups de pieds, de becs, d’ongles, de griffes, et d’estoc et de taille, et ils s’étaient bien taillés ; car, aussi, lecteur, Orbi et les siens avaient grand soif et il était en effet grand temps de noyer la boisson et d’investir dans la pierre, pardon la bière. Cela nous valut aussitôt d’ouvrir ces quelques vannes.

- Bière qui roule n’amasse pas... n’amasse pas...

- Mussolini !

- Une bulle ça va, trois bulles, bonjour les débats !

- Sinon, bulles tragiques à Nuremberg !

Ach ! Ne jouez pas au plus vin avec moi.

- Où est la petite conne au yak ?

- Elle est sur le lac d’Hennessy !

- Allez vous faire boire, railleurs !

- Telle bière, tel vice !

- Tel est pire qui croyait rendre !

- Oh ! il a des gros billets !

On appela les Staubsauger ; puis nous reprîmes. Et nous surprîmes l’assistance médusée de nos chers animaux et jurés, lecteur, en voyant apparaître à la barre, appelée par le propre Dr Mendele, notre chère Fräulein, lecteur, comme témoin à charge. Comme témoin à charge, Fräulein ?

Il faut serrer la vis aux Allemands ; bien qu’ils soient forts en sciences, il faut leur serrer la vis.

Et elle, regardant Horbiger, de ses complaindre ; ainsi fut fait, dialogue restitué gratuitement inclus :

Ya, meine Liebe, je viens me plaindre de vous.

Ich ?

Ya, du... Je suis toujours plus éprise de vous...

- Et donc...

- Je me plains de la hausse d’épris.

- Vous vous méprenez ?

- Non, je suis éprise, du verbe éprendre... Et vous aviez promis une baisse des prix dans le monde ; et l’on pourrait se méprendre, puisque...

- Puisque, meine Liebe ?

- Je suis toujours plus éprise de vous...

- Oh...

- Ah...

Ach...

- Bravo ! Hourra pour Fräulein !

- Quelle déclaration ! Qu’elle en impose !

- C’est une déclaration d’impôts !

- Dans les bras l’un de l’autre !

- Nous sommes tous pour la hausse d’épris !

- Tel épris qui croyait prendre, pas vrai Orbi ?

Pour avoir menti, et fait augmenté la hausse d’épris, Orbi fut toutefois condamné à payer la tournée à tout le monde, y compris à celle dont il avait tourné la tête. Ce fut Gras Koulak qui paya la note, qui fut salée pour sa comptabilité et ses coffres pas trop forts. Et pendant que Siméon tentait de l’absorber avec toutes ses économies dans un de ses Magic Toilets...

- Maintenant, mes camarades, maintenant, Meine Liebe de ma vie, je voudrais vous faire une confession...

- Pas trop longue j’espère...

Syla y Tchest...

- Qu’a dit le blondinet, tudieu ?

- Force et honneur.

- Avec eux, Nabookov, ce serait plutôt farce et attrapes...

- Bon, Orbi, la confession...

- Un peu de respect pour mein fou rire, je vous ris... je vous prie.

Et pendant que maréchal Grommelle trottait menu et que l’ara Petacci lissait ses plumes, Orbi se confessa devant Fräulein toute ébaubie.

Meine Liebe, je dois avouer...

Ya...

- Je dois confesser que j’ai baissé l’épris...

- Oh !

- Mais que je baiserai ta joue passionnée et adorée...

Ach !

- Toute ma vie, avec force et honneur.

Ach !

Mit Kraft und Ehre.

- Boum.

Je voulais vous faire part d’un désir : je veux que quelqu’un me fasse souffrir, qu’il m’épouse, puis me torture, me trompe et s’en aille. Je ne veux pas être heureuse.

***

Fräulein s’évanouit. C’est ainsi qu’ils demeurèrent excellents camarades. Mais reprenons le cours de notre récit et de notre procès-soeur : tandis que Steven Spitzberg s’ébrouait et que Ravi Jacob faisait des grands blonds en avant, que Woody Alien sortait sa blague à tabac et que le Dr Mendele en oubliait tout son discours argumentatif type, les témoins à faveur, personnages à saveur, se succédaient à la barre, lecteur.

Il y avait notamment le bon Borodin qui écharpait le comte de Gras Koulak, coupable d’avoir profané des cimetières par son infâme présence spéculative. Il y avait Anne-Huberte qui venait avouer qu’avec Orbi, « ç’avait été le pied, quoi, qu’on s’était éclatés, que c’était cool, et qu’on espérait s’amuser longtemps comme ça, à l’ombre ou pas. »

Nous revîmes même Asinella, à qui nous devons cette nouvelle tribulation verbale, pour ne pas dire considération philologique, pour ne pas dire cette contribution sémantique. Dr Mendele lui-même n’en revenait pas, de ce retour aux affaires, et, tandis que le jury se calmait, s’époussetait, s’épouillait et se dépucelait, on se rasseyait (oui, oui, tu as bien lu, lecteur...).

- Alors, Asinella.

Sono la piu ricca.

- Vous venez cette fois témoigner en faveur de notre vénérable Horbiger.

Sono la piu Bella.

- Votre grand-mère est, dit-on, présente dans cette salle, qui n’est guère propre par ailleurs, avec ces nerveux animaux qui s’agitent partout.

Sissignore. E la mia nonna che ha detto che il Dottore era il piu ricco.

- Mais je suis le dottore. Je suis Dr Mendele, de l’université Max Planck de Lubeck. Et que les animaux ne disent pas que j’y ai été un planqué !

- Jamais, votre odeur !

Si, pero lui è il cavaliere.

- Oui, d’ailleurs, on a vu comment il traité cavalièrement sa douce dame...

Il signore Horbiger est il piu ricco, quindi lui è innocente.

- La richesse comme preuve d’innocence !

- Fabuleux ! pas vrai, maréchal Grommelle ?

- Oui. J’en ai la berlue.

- J’avais un ami qui s’appelait Sconi, un italien. Il avait souvent la berlue, lui aussi ; et chaque fois qu’il l’avait, on lui disait : « alors, tu as la berlue... ».

- On a compris, on a compris. Silence dans la grande salle pas très propre. Où sont passés les Staubsauger ? J’espère que Fräulein ne folâtre pas dans les rangs, suite à sa récente déconvenue...

- Oh, Votre Honneur !

- C’est très bien, Asinella. La Défense a-t-elle un ou deux questions à poser à notre témoin fard ?

- Oui, Votre odeur, pardon votre Honneur. Mademoiselle, comment appelle-t-on les gens qui hésitent comme vous ?

- L’hésite... L’hésite...

- Allons... Allons...

- Les Italiens ?

Il y eut contorsion dans la salle et jungle en folie.

- Silence dans la salle, ou je la fais évacuer jusqu’au Tibet et en Amazonie !

- Et les croates, et les croates ?

- Mais qui parle de croates d’un ton aussi acerbe ? Est-ce vous, bon Gerold ?

- Votre honneur, sur ma mauvaise foi je vous jure que non.

- Après tout, pourquoi pas ? Asinella, qu’est-ce qu’un croate ?

- Quelqu’un qui croit ?

- Asinella, vous êtes vraiment la plus forte.

Sono la piu bella, sono la piu ricca. La mia nonna ha speso tanti soldi per Orbi.

- Encore une question, Asinella...

- Mais Dr Mendele, arrêtez de la faire souffrir !

- Faites-la donc partir ! Et arrêtons de rire ?

- Que veux-tu faire plus tard, Asinella ?

- Designer de yaks.

- De yachts ?

- Mandeville, adoptez-la. C’est votre fille surnaturelle.

- Oh ! oh ! Hein !

Sono la piu ricca. Où est ma console ?

- Elle se console comme elle peut.

Et la joyeuse luronne, sans pleurer cette fois, s’en fut à l’autre bout de la salle. Hélas mes doutes étaient fondés, en tant que narrateur comme en tant que témoin, lecteur. Mon nez ne me trompe jamais, je reconnus Parfum. Je reconnus Kitzer et ses feux redoutables, d’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables. Aussitôt j’en fis part à ma garde prétorienne et rapprochée. Darty et Mande rivalisèrent dans cette approche cosmique de virtuosité verbale et de charabia jovial.

- Je crois que c’est elle, mes amis.

- Et à quoi la reconnûtes-vous, tudieu ?

- A son eau de toilette.

- A son nom de toilette ?

- Vous dites que vous l’avez donc reconnu à son fumet ? Merci de nous mettre au parfum...

- Vous au moins, Gerold, vous avez le sens de l’odeur...

- Qu’est-ce qu’il « soufre » à chaque fois... Il ne peut pas la sentir.

- Avec lui, elle n’est pas en odeur de sainteté.

- Messieurs, je vous prie, il s’agit comme dans tout bon conte de fées...

- Dans tout bon règlement de contes de fées...

- De notre pire ennemie !

- ... notre pire anémie ?

- Oui, Mandeville, oui.

- Et bien pourchassons-la.

Nous roulâmes précipitamment le sol et ses mètres carrés jusqu’à l’approche de la grand-mère d’Asinella, lecteur, que je croyais être Kitzer. Et là, quelle ne fut pas ma stupeur et mon tremblement, lecteur ! Nous étions face une mamma italienne plantureuse, en fourrure de luxe de la tête au pied, sapée Gucci Dolce&Gabbana et tutta quo, gantée de fer et Bulgari.

Ma che cosa ho fatto ? Siete scemi, siete cretini ! Con tutti i soldi che ho speso per voi e per Horbiger ! ma che ingratitudine !

- Madame, nous sommes désolés.

Mi dispiace...

Con tutti i soldi che ho speso... Con tutti i soldi che ho speso...

Il nous fallut pour la calmer beaucoup de mètres carrés et même quelques vers de Maubert. Je regardai Asinella pendant ce temps, lecteur. Et je la pleine I, je veux dire... je la plaignis.

- C’est quoi un cretino, Asinella ?

- Bêêê... j’sais pas moi. C’est un habitant de la Crète ?

Mon bref accès oratoire et paranoïaque terminé, nous en revenons au procès-soeur, qui prend fin par ailleurs. On propose au public d’ouvrir un musée de la bête immonde en hommage à l’intenable jury qui a siégé pendant si longtemps. Le monte-charge monte et descend avec indécence les témoins à charge et à décharge.

***

Mange-tout se fait le défenseur de l’éléphant, comme il surnomme Horbiger, et notre abominable de glace reste de marbre. Il se moque de ceux qui dénoncent... mais je le laisse s’exprimer, notre avocat marrant, vert, et disert.

- Que reproche-t-on à mon client ?

- Rien !

- Aryen du tout !

- Silence dans la jungle !

- L’opération tonnerre d’Odin ? Son « Wotan en emporte le vent » ? Son bal tragique à Nuremberg ? ses maîtres-chanteurs de Camembert ? Ses bières qui roulent et amassent Mussolini ? Sa mauvaise volonté de puissance ? Son désir d’envahir la Pologne chaque fois qu’il écoute du Wagner ?

- C’est bon, les questions rhétoriques, mais c’est un peu long...

- Et pour cela on veut promulguer une loi anticasseurs ? Une loi anti-kaiser ? Et pour cela on veut interdire la dérive de l’incontinent verbal ? On veut interdire Wegener et Wagner ? En réalité, ce tribunal privé est l’oeuvre de Morcom, messieurs, et de capitaux illicites ! Mais nous veillons !

Les animaux s’emportent un peu alors : ce n’est plus la jungle, lecteur, c’est carrément la foire. Et Ravi Jacob, notre bon chinchilla, se met alors à danser sur les bons mots de notre beau pingouin Steven Spitzberg.

De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur,
Le fascisme est un cri qui sort de l’intérieur !

Le Dr Mendele tique. Une mouche le pique. Et l’avocat Mange-tout lui rappelle les points suivants :

Moïse, âgé de cinq ans, et dont les prénoms supplémentaires étaient Lénine Mussolini. (En cas de révolution triomphante, communiste ou fasciste, Mangeclous se prévaudrait du premier ou du deuxième prénom, selon le cas, pour témoigner de son orthodoxie politique).

Verdict, verdict, lecteur : mein Fou rire est innocent !

C’est pourquoi les animaux fêtent ainsi la relaxe d’Orbi et le portent en triomphe de la volonté. C’est le désordre nouveau et l’ara Petacci chante de sa voix guillerette :

I was born in Dusseldorf und that is why they call me Rolf.
Don’t be stupid, be a smarty, come and join the Orbi party!
The Fou rire is coming, the Fou rire is coming, the Fou rire is coming!

Un cousin d’Alfa Romeo di Carpaccio, rat d’égouts et rat d’Ugude, nommé Mel Bronx, arrivé spécialement de Nova York en porte-conteneurs, entame l’antienne suivante :

Heil myself
Heil to me
I’m the kraut
Who’s out to change our history?
Heil myself
Raise your hand
There’s no greater dictator in the jungle!

Il a raison, finalement. C’est de la pensée positive, béatiquement. Il faut avoir une haute opinion de soi-même pour réussir dans la vie, ou pour être heureux, lecteur. C’est en quoi ce procès-soeur retransmis par 1933 télévisions dans le monde a fait du bien aux ânes sensibles, aux âmes branlantes, aux esprits cafouilleux, aux volontés chancelantes.

J’ai dit : pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté. Mais je vois Asinella :

- C’est quoi l’intelligence, Asinella ?

- Je ne comprends pas... Un tel gens ?

- Et c’est quoi la volonté ?

- C’est voler, non ?

C’est Darty qui conclut sur cette envolée stoïque :

- Sa Majesté des mouches m’en bouche un coin.

- Décidément... On débouche une autre bouteille ?

- Oui, gare aux embouteillages et aux goulots d’étranglement !

- Au goulot, alors !!

- A la première gorge de Pierre !

Mais la loi anti-kaiser a été promulguée et Horbiger est nommé empereur de Chine. Ce fils du fiel célèbrera le triomphe de sa mauvaise volonté dans un espace où personne ne vous entend crier.

(à suivre)

13 janvier 2012 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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