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L'après Libre Journal
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
XLIX - Autre chapitre intérimaire, Tourné aux Enfers, Et filmé par Werner
par Nicolas Bonnal

Cher lecteur,

Je me nomme Nabookov et je pense que tu me connais par le texte de notre vénérable maître Gerold. Lui-même a disparu, avant l’officielle fin de ce livre et c’est regrets. Il a plongé dans le ciel en célébrant sa lune de miel, sa lune d’elle. Peut-être le reverras-tu avant la fin, ce n’est pas de mon fait.

Il a préféré se marier, comme Horbiger, même si cet honorable sacrement lui est statutairement interdit par sa fonction, par même son essence. Mais c’est ainsi.

C’est moi qui prends la plume, ou plutôt le clavier, dans ce monde d’où toute technologie n’est pas disparue.

Je dois te raconter une autre descente comique aux enfers. En effet, il apparut qu’après que nous l’eûmes lâché, notre ange rebelle momentanément disparu, notre Maubert, un écrivain maudit passablement bourré, était descendu de son siège. Mais avant il faut que je te rappelle quelques faits oubliés.

***

Maubert avait manqué son mariage avec Anne-Huberte, qu’il avait confondue avec sa jumelle, rencontrée au cours d’une soirée chez Morcom (jusque là tu suis ?). Morcom est le grand manitou que Gerold a liquidé un beau jour ; c’est incorrect mais c’est ainsi, ainsi du reste que le spécifie le grand auteur présent plus bas dans ce chapitre.

Assassinez ou faites assassiner le duc de B., peu m’importe ! Je ne le connais pas : d’ailleurs c’est un Anglais.

Je reprends mon discours : Maubert, déçu, donc, par sa conquête Anne-Huberte, confondue avec sa jumelle, avait décidé dans le cadre pourtant serein de notre révolution médiévale, de s’adonner à la boisson, son penchant bien connu. Au retour de Gerold, il avait décidé de grimper au sommet des deux tours, que le Kaiser Horbiger avait construit avant son départ avec la magicienne Klingsorette (une autrement nommée Fräulein), et qui marquait pense-t-on la présence des deux grands jumeaux Übernachtungsmöglichkeit et Überdurchschnittlich, que Gerold aurait eu, eût eu devrais-je dire, avec la sibylle (sur cet épisode douteux, voir quelques chapitres précédents, pas forcément plus haut).

Là-haut, sur les deux tours donc, Maubert, qui recherchait sans doute le trésor que Gerold faisait mine d’avoir emporté (et trouvé), trouva un couloir descendant qui menait aux Enfers. Et ce fut là qu’il y descendit, seul la première fois.

Je l’accompagnais la deuxième, quand le Gerold s’en fut allé, avec Pollia ou Tatiana, car dans son texte la différence entre les deux femmes, dont l’une est mon épouse, ne fut jamais bien établie. Elle l’est depuis, et je crois bien que l’ange Gerold s’en est allé avec ma douce (à moins que je ne sois moi-même Gérold, mais va vérifier...), elle-même envolée dans les cieux au cours d’une nuit oiseuse et oiseleuse qui révolutionna bien le ciel parisien. J’ai dit.

***

Maubert descendit aux enfers en compagnie de la vraie sibylle, qu’il eut l’heur de rencontrer avant nous, avant Gerold même, et de Rameau qui composa en l’honneur une ritournelle de la fée aux enfers. Là, ce qu’il vit l’impressionna tellement qu’il décida de revenir me chercher, avec Pierre et Silvain, pour partager avec nous, justement, ce qu’il y avait vu (?).

Qu’y avait-il vu, ou entrevu ? Tu le sauras, lecteur, dans quelques lignes, sois donc patient.

Derechef nous l’accompagnons, flanqués d’une vieille sibylle, indescriptible au point que même le plus grand génie de l’humanité y renonce. Nous passons par le sas de décontamination du temple de l’égalité et là, quelle surprise ! Nous voyons que notre cher Achéron est de retour !

Oui, cher lecteur, le fleuve des enfers est enfin de retour ! Quelle revanche sur la pollution ! Quelle victoire de l’esprit souterrain ! Quelle largeur et quelle beauté ! Nous y sommes presque et notre cher Charon, déchu de son tarantass depuis la révolution d’en haut, retrouve son poste de royal navigateur souterrain. Et il nous guide par les superbes méandres de la délicate rivière noire.

***

Descendant le grand fleuve, enfin réhabilité et dépollué, nous vîmes un écrivain basané et frisé, l’air fatigué mais aux jambes musclées. Tout de suite nous le reconnûmes, le bougre, et, alors que Nabookov me faisait gentiment observer que nous atteignions le seuil, l’horizon jusque-là indépassable de notre espace-temps, Maubert, au courant, c’est le cas de le dire, lui adressa la parole d’un ton comminatoire et ironique. Nous le relayâmes avec aplomb.

- Rends-toi, satanique ! Tu n’en as plus pour longtemps !

- Mais quoi, je...

- Tu vas être vaincu ! Et pourfendu et embroché ! par les vrais maîtres carrés !

- Je vais te tuer, monseigneur, vois-tu bien ! Comme un infâme ! Comme un lâche ! Comme un écrit vain !

- Car tu es dépassé, vaniteux, et ta créature assassine aussi !

Votre puissance est grande, je le sais ; mais vous savez aussi qu’avec l’aide de Dieu les hommes ont souvent vaincu les démons les plus terribles.

- Mais messieurs, je vous en prie ; ne vous en prenez pas à moi ; et pourquoi diantre d’ailleurs ? Quant à ma créature...

- Tu es vaincu, et dépassé de cent mots, et elle aussi ! Les moscoutaires ont fait trépasser les mousquetaires.

- Mais de quoi parlez-vous tudieu ?

- Un-zéro, balle au centre.

- Où est la créature ? Il ne reste pas un bout de la Sibylle ou de Kitzer ?

Oui, l’enfer vous a ressuscitée, l’enfer vous a faite riche, l’enfer vous a donné un nom, l’enfer vous a presque refait un autre visage : mais il n’a effacé ni les souillures de votre âme, ni la flétrissure de votre corps.

- Messieurs, je vous en prie une nouvelle fois...

- Silence, Dumas vil !

- Dumézil ?

- Très drôle ! C’en est fait de ta faconde de bellâtre, tu es vaincu, très vil !

- Tréville ?

- Ne fais pas ton Mandeville !

- Ne minaude pas, Milady, mi-raisin ! Nous t’avons dépassé, enfoncé, exécuté. Greffier, notez ! Nous avons dépassé les 218 000 paroles, et sans un mot de trop !

Et nous laissâmes sur le bord du fleuve des Enfers le pauvre romancier qui n’en pouvait mais.

Plus loin, nous vîmes notre cher Nerval, pendu au bout de sa corde. Il nous demanda de le décrocher, excuser du feu... Maubert en verve lui dit que cela dé-pendait de lui...

***

Chapitre terminé, pas en allé.

(à suivre)

10 février 2012 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

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avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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