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L'après Libre Journal
Derrière l’écran
Eloge d’Alexandre Rou, le génie soviétique du cinéma pour enfants
par Nicolas Bonnal

Dans le grand trio du cinéma réaliste pour enfants, il y a trois petits maîtres : André Hunebelle, déjà célébré, l’Anglais Stevenson, qui travaillait pour Disney et réalisa Mary Poppins et l’extraordinaire Ile sur le toit du monde, et Alexandre Rou, ou Rowe, l’as soviétique en ce domaine.

Je rassure mon lecteur, j’ignorais son existence il y a quelques années encore, même si je le fais redécouvrir aujourd’hui à mon lectorat russe : Rou a été victime de la guerre froide, on n’a rien su de lui, et il a été après victime des marxisants de la critique de cinéma qui ont jugé qu’il n’était pas assez marxiste. Et pour cause ! Il défendait des valeurs terriennes et paysannes contre les matrices magiciennes mieux que personne !

Le plus étonnant est que Rou n’est ni russe ni slave. Il est irlandais de père, et grec par sa mère. Le père est venu travailler en Russie au temps des tzars, il y est resté après la Révolution. Elevé dans le monde soviétique, Rou commence à réaliser des films à la fin des années 30. Ce qui nous intéresse nous, gens de droite ici, passionnés de cinéma pour enfants (car c’est toujours le plus riche d’enseignements initiatiques), c’est qu’il ne le fait pas dans le contexte de l’avant-garde bolchevik mais dans le contexte de la réaction stalinienne à cette avant-garde et donc dans le cadre du retour aux grands termes patriotiques et historiques, illustrés notamment dans l’incomparable Alexandre Nevski, sacré en son temps « meilleur film fasciste de l’histoire » par Bardèche et Brasillach ! La qualité des films pour enfants, on ne l’apprend pas à l’école, était garantie par les studios Gorki spécialisés dans ce cinéma. J’ai déjà dit auparavant tout le bien que je pensais de Sadko, inspiré de Rimski-Korsakov, et réalisé dans les années 50 à Novgorod et en Inde (où notre héros apprend à échapper à l’opium bouddhiste du peuple !) dans des conditions fabuleuses.

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On peut acheter des films de Rou, on peut aussi les voir sur youtube, à condition d’être russophone. Ils sont directement inspirés des contes russes, au contenu alchimique ou ésotérique, proche en cela de Perrault et des Grimm. Et ils contiennent souvent le schéma suivant (on a appris le truc à l’école : la situation initiale, les péripéties, l’élément de résolution, etc.) propre à exaspérer les imbéciles et à rafraîchir l’imagination des bons chrétiens (ou des bons païens, c’est selon) !

Le héros est beau comme un dieu et blond comme les blés : Serge de Beketch me le disait d’ailleurs, que le héros devait toujours être blond. C’était un grand lecteur des contes russes !

Il aime une brunette paysanne travailleuse et soumise, mais bien fière et bien libre. Souvent dans les contes russes, la femme rebelle ou paresseuse ou trop autoritaire (c’est souvent la même) amène la catastrophe ! Tout cela se passe dans un village merveilleux, en pleine campagne russe ou ukrainienne, dans l’ambiance médiévale du mir, avec des tresses blondes, des poutres brunes et des oursons bavards ! Les animaux sont d’ailleurs supérieurement dressés dans ces films. Et les acteurs de ces films sont des acteurs de cinéma pour enfants, ce qui change beaucoup la donne, croyez-moi.

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L’élément perturbateur arrive alors sous la forme des tartares, éternels pillards de l’Ukraine, du tyran d’opérette venu des profondeurs de la terre ou (curieusement) des océans : le royaume océanique est une constante du conte russe, y compris Sadko. Ici l’habileté de Rou gît dans la description - très contrôle mental, très Illuminati, très programmation - des cavernes, marais, palais et pièges du tyran. On est déjà dans Tolkien, dans le bazar lady Gaga, on est déjà dans nos centres commerciaux ou dans une bâtisse mondialiste et occultiste.

Puits traîtres et brumeux, Miroirs créateurs de doubles, écrevisses mécaniques, araignées-robots nourries à l’argent (Gaga est apparue le 7 à Barcelone en armure araignée !), ballets grotesques, jeux d’échecs contre-initiatiques, zébrures et rayures (voir les recherches de Pastoureau en ce passionnant domaine) encombrent ces lieux si terribles, comme dit Virgile. Tous les magiciens de maître Rou font penser au Klingsor inverti de Wolfram et Wagner, toutes ses demeures aux châteaux tournoyants du Graal.

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Le combat a lieu pour la possession d’une peau de grenouille (l’enveloppe corporelle d’une princesse ensorcelée), la libération du joug des tartares ou des monstres noirs envoyés par Kashtsheï, un tyran « chargé d’os », et pour les retrouvailles de la princesse ou du prince enlevés comme Perséphone, saisonnièrement. Symboles solaires, comme notre belle au bois dormant, réveillée par le prince charmant (prince bleu, en italien ou en espagnol), et mère de la petite Aube et du petit Jour (relisez donc Perrault !), ces personnages se retrouvent alors au centre d’une célébration villageoise bien terrienne. Les allusions au christianisme sont bien sûr discrètes, comme d’ailleurs chez Perrault, Grimm, Tolkien ou Pinocchio, mais elles sont là. On n’efface pas comme ça mille ans de christianisme. On n’est pas à Bruxelles.

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Je peux recommander comme opus d’Alexandre Rou, Maria Iskousnitza, les Cornes d’or, ou Feu, eau et trompettes de cuivres (une vraie merveille), et un grand classique connu en Amérique, le Royaume des miroirs trompeurs, dont les héroïnes sont deux blondinettes complémentaires : elles affrontent un royaume qui résume le monde moderne et son parc d’attractions. Il y a aussi au catalogue une parabole climatique, Jack le gelé, ou la Belle Vassilissa, elle aussi enlevée et convoitée par un dragon, film qui fut réalisé pendant la dévastation nazie de ces terres magiques (à la fin de la guerre, le allemands en transportaient des trains entiers !). Allez-y, car je n’ai pas tout vu, mais tout est enchanteur.

A l’heure où les petits adultes ont pour tous compagnons de jeux wizards, zombis, Aliens, men in black, Pokemon (Pourquoi traduire ? On n’est plus en France de toute manière...), et autres monstres de casino, il est bon de se ressourcer avec ce cinéma étrange et fascinant, qui traite mieux que personne des héros blonds des terres noires et du contrôle mental qui menace l’enfance.

12 octobre 2012 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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