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L'après Libre Journal
Radio Courtoisie
Troisième Oeil : Le cinéma initiatique soviétique
par Nicolas Bonnal

Nous avons réalisé ce mois-ci, dans l’émission d’Arnaud Guyot-Jeannin sur Radio Courtoisie, une chronique du Troisième Oeil sur Ptouchko et le cinéma initiatique soviétique.



Extrait du "Libre Journal des Enjeux Actuels" diffusé le 15 janvier 2013. (14:21)
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Revoici l’article ; nous le précédons par une liste de ses grands films. On trouvera Sadko chez Bac films, le reste sur Youtube (avec sous sans sous-titres !) et sur <amazon.com> (américains, mais avec des faux titres) beaucoup mieux équipé bien sûr qu’<amazon.fr>. on se sera repéré avant sur Wikipedia qui écrit beaucoup de bêtises mais donne au moins les listes.

Le nouveau Gulliver (1935), une merveille avec les marionnettes lilliputiennes !

La fleur de pierre (1946)

Sadko (1952)

Ilya Murotmetz

Sampo (ou le Kalevala en images)

Les voiles écarlates

Le star Saltan

Ruslan et Ludmila

Un autre film moins spectaculaire est le Conte du temps perdu.

Je l’ai découvert récemment, il est extraordinaire. Il conte le vol par les magiciens du temps des enfants distraits transformés en vieillards blasés. Toute l’histoire de notre société dominée par Apple, le Smartphone et les télévisions !

Enfin ne pas rater le grand film païen (mais oui), Sampo, qui parle du Kalevala, tourné en Carélie avec Finlandais, vingt ans après la guerre finno-russe. Une splendeur païenne et médiévale, une lumière dans notre monde obscur.

Mais relisez l’article !

Et une précision : si l’on trouve que le taux de "stalinité" de ce cinéma est trop élevé, on peut toujours se connecter sur Disney Channel ou sur MTV pour voir !

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Alexandre Ptouchko, le cinéaste initiatique de l’ère soviétique

Le cinéma soviétique a été caricaturé et même occulté par son avant-garde esthétique bolchevique qui aura surtout inspiré l’art de la propagande et la publicité moderne : les monteurs américains copient tous le premier Eisenstein et son efficace brutalité. On a du coup ignoré l’inspiration mythologique, folklorique et initiatique de ses grands petits maîtres, au premier rang desquels Alexandre Ptouchko, qui connurent leur heure de gloire avec la grande guerre patriotique et le revirement culturel de ce grand pays.

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Dans son excellent livre sur le déclin de l’art qui recense déjà tous les délires et déboires de l’art dit moderne, le comte Tolstoï nous donne une définition à la fois médiévale, chrétienne et je dirais soviétique de l’art traditionnel : « il est un moyen d’union parmi les hommes, les rassemblant dans un même sentiment, et, par là, indispensable pour la vie de l’humanité, et pour son progrès dans la voie du bonheur. » Alexandre Ptouchko a très bien exprimé cette définition de l’art, un art qui célébrait la patrie, la terre des ancêtres et la loi de nos rois. On comprend que ce très grand auteur n’ait pas été cité en Amérique, où son oeuvre fut froidement pillée (le grand navigateur Sadko devenant Sinbad le marin !), ou qu’on l’ait comparé stupidement - sur wikipédia, comme toujours ! - à Walt Disney alors que les deux réalisateurs n’ont rien à voir : Disney recycle et caricature pour vendre, Ptouchko puise dans les mythes slaves pour inspirer un grand peuple. Il n’y a qu’à voir le bilan du monde Disney chez Obama ou ailleurs. Le fait que Ptouchko soit oublié ne fait que confirmer la misère de ces temps.

On peut certes se satisfaire de la médiocrité dans laquelle on patauge ; et je ne veux pas me faire accuser d’être à la solde de l’URSS : c’est un peu tard et ridicule ! Je veux juste donner quelques conseils cinéphiliques, en rappelant que Youtube peut aussi être une belle source de trouvailles pour ceux qui n’ont pas les moyens comme moi de se fournir de l’autre côté de l’ancien rideau de fer ! A ce propos je remercie encore Igor et Elena de nous envoyer de Dniepropetrovsk toutes ces merveilles : les films d’Alexandre Rou, dont j’ai déjà parlé, l’as soviétique du cinéma symbolique pour enfants, et bien sûr ceux de Ptouchko.

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Pour se donner une idée, Ptouchko est plutôt l’équivalent - que de Walt Disney - de Cecil B. de Mille, génie de la couleur, de la profondeur de champ, du mouvement des masses, et de la geste épique ; et bien sûr de Fritz Lang, le vrai Fritz Lang, celui du cinéma muet et du testamentaire Tombeau hindou. Artiste polyfacétique, il est d’abord marionnettiste et animateur (d’où la comparaison avec Disney). Il va inventer une série de procédés et dominer la couleur comme personne. Son inspiration va devenir de plus en plus initiatique, comme celle de beaucoup des grands maîtres soviétiques (cela exaspère le critique Lourcelles, qui ne comprend rien à ce cinéma, quand il ne le méconnaît purement, à l’instar de presque tous les critiques pour qui Bogart et Dean demeurent les étalons de notre culture).

En 1935, il réalise une version géniale de Gulliver (on sait que le matérialiste Robinson est le livre de chevet de Staline, qui industrialise le pays des koulaks à coups de triques !), où les lilliputiens sont de simples... marionnettes animées plan par plan. La marionnette caricature le roi baroque et dégénéré qui rêve de guerre à tout bout de champ. La caricature du roi baroque est très présente aussi dans le cinéma de Rou, alors que le moyen âge est toujours profondément respecté. On croirait voir Candide en action dans cette comédie. Le Gulliver très "pionnier" est joué par un gamin soviétique qui rêve qu’il est Gulliver et donc refait le conte à sa manière ! Notre grand travailleur a aussi adapté Pinocchio, d’après l’oeuvre du grand Carlo Collodi, qui inspira aussi Disney et son film le moins malsain. Les marionnettes y sont inouïes : voyez ce chef d’oeuvre.

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Ptouchko va adapter les grands poèmes épiques de Pouchkine. Il y a l’incroyable tzar Saltan, dont on peut découvrir la partition (de Rimski, comme Sadko) sur Youtube, qui présente un des plus beaux contes de fées russes (skaska). Il y a surtout Ilya Moroutmetz, récit légendaire (bylina) qui narre la lutte des kiéviens et des blonds paysans contre les tartares (Hitler n’a pas compris que les tartares n’étaient pas en Russie, mais plus à l’est...) sous l’égide d’un héros surhumain jusque là paralysé par une malédiction... et guéri par des pèlerins. Les paysages de l’Oural sont sensationnels, et la légende veut que l’on y compte cent mille figurants et dix mille chevaux, sans compter les cloches et les signes de croix !

Car ici encore, les mouvements de foule, les couleurs, les décors font penser à un mystère médiéval. Ces gestes médiévales célèbrent la figure protectrice des grands chevaliers, les bogatyrs.

J’en reviens à mon excellent comte Tolstoï :

« Les artistes du moyen-âge, s’inspirant à la même source de sentiment que la masse du peuple, et exprimant ces sentiments par l’architecture, la peinture, la musique, la poésie ou le drame, étaient de véritables artistes ; et leurs oeuvres, comme il convient aux oeuvres d’art, transmettaient leurs sentiments à toute la communauté qui les entourait. »

L’art soviétique avait-il une dimension médiévale ? Revoyez Andreï Roublev dans cette perspective pour mieux comprendre Tarkovski !

A la fin de sa longue et prestigieuse carrière d’artiste de l’union soviétique, Ptouchko dirige (le tournage dura quatre ans !) son chef d’oeuvre, Ruslan et Ludmilla, toujours d’après Pouchkine. Toujours d’extraordinaires décors, des princes blonds, des héroïnes brunes, les mondes mystérieux qui évoquent Tolkien et ses forêts d’Ents, toujours la vision de la grande Russie comme terre du milieu, et bien sûr les vilains tartares au coin de la steppe. Seule avait baissé la qualité des repérages : le film a été tourné en Crimée, ce qui est très bien, mais ne vaut pas l’Oural. Mais le seul vrai regret que je ferai concernera la musique : Ptouchko n’a pas eu Prokofiev ou Chostakovitch pour l’aider à magnifier son oeuvre.

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Je conseillerai enfin un opus encore plus méconnu, dans le saint des saints de ce très crypté cinéma : la Fleur de pierre, d’inspiration très germanique (une fée de la montagne tente de retenir un mineur dans sa montagne sacrée ; il en est libéré par sa fiancée), et qui n’est pas sans évoquer l’Ofterdingen de Novalis. La pellicule Agfa venait d’ailleurs des Allemands. On était en 1946. Cette oeuvre est une pure magie initiatique.

Alexandre Ptouchko doit être cinéaste au paradis (socialiste ?) maintenant.

16 janvier 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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