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L'après Libre Journal
Le Voyageur errant
Espagne de la Reconquista (suites) : Santander et les Asturies
par Nicolas Pérégrin

Il faut profiter de l’Espagne et de ses châteaux en saison basse et marée haute ! A quarante euros on dispose d’un quatre étoiles (ceux qui veulent payer plus cher peuvent aller au Qatar, c’est très beau le Paris-Qatar), ce qui d’ailleurs est normal puisqu’au comble de la folie on ne construisait plus que des hôtels quatre étoiles dans ce (devenu) pauvre pays. La variété de son patrimoine et de ses races, plus épargnées que les nôtres, font définitivement de l’Espagne une destination sans égale, et tout près. Il faut d’ailleurs se dire qu’entre la France, l’Italie ou l’Espagne, nous avons peut-être tous les paysages du monde sans avoir besoin de perdre du temps et de l’espace en Patagonie ou au Tibet. Pensez au massif Ordesa dans l’Aragon, pensez aux causses ou à Rocamadour, pensez à Campo Imperator dans les Abruzzes, où le Duce fut jadis libéré (il aurait mieux fait d’y rester), où surtout fut tourné le plus beau passage du Désert des Tartares. Voilà un paysage, comme dirait l’empereur...

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J’avais parcouru l’Espagne du Nord, dite Espagne verte, il y a une douzaine d’années déjà, de la frontière à Santiago. J’ai fait de même cette année, redoutant le pire du fait de la crise existentielle et économique que traverse le pays désossé par le socialisme de marché. La dévastation immobilière des dernières années Aznar et surtout du déshonorant Zapatero, inspirateur du mariage au mot (!), aussi me faisaient craindre le pire.

Par chance la Cantabrie, les Asturies et même la Galice ont gardé leur enchantement et leur fraîcheur en dépit du vieillissement de leur population. Ce sont les gardiennes du Graal, du cinquante-et-unième parallèle, les états d’une ligne tellurique millénaire prodigieuse célébrée par le curieux Louis Charpentier, qui a garanti l’Espagne contre l’assaut des héros civilisateurs islamistes au VIIIe siècle et préparé la Reconquista scandaleuse ! Cette résistance dans ces aires brumeuses, sauvages et bien nordiques a aussi créé le jeu de piste le plus sacré de la chrétienté, le pèlerinage de Saint-Jacques. Je peux d’ailleurs dire avec orgueil et satisfaction que dans la cathédrale de Saint-Jacques, où je n’irai donc plus, et pour préserver l’agenda politiquement correct on a masqué avec des fleurs les Mores que piétinait la fameuse statue de bois du saint qui à cheval, avait secouru les bons chrétiens ! A quand le muezzin, comme à Cordoue et Granada ? Car rien n’arrête le progrès, la tolérance, et la smalah moderne. Que rien n’arrête l’empire du bien, dirait Muray. Pour rester serein je continue de penser que Tolkien s’est inspiré du camino jusque dans les sonorités (Gondor, Gondar et Gondomar sont des noms courants ici). Le chemin de Saint-Jacques c’est la célébration de l’Occident par excellence.

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Sur la route de Santander, au pays basque, je ne manque jamais San Juan de Gaztelugatxe. C’est mieux que tout, surtout depuis que le mont Saint-Michel a été saccagé pour la beauté du RER moderne, ou que l’Acropole est transformée en chantier RATP pour escroquer le touriste congelé. Une presqu’île entre la mer et le ciel, comparable à une hirondelle de pierre, et terminée par un ermitage mystique. Un pont entre l’humain et le divin, plus que le surhumain, voilà San Juan tout inondé de brumes.

Santander est sans dédit la plus belle grande ville balnéaire du monde. Celui qui n’y a pas été ne peut pas en parler, et celui qui y a été doit avoir profité du beau temps et de toutes ses jambes pour parcourir ses plages sensationnelles, ses falaises isolées, ses châteaux oubliés et ses villas victoriennes. La ville brûla malheureusement en 1941 et cela mutila sensiblement le centre-ville encore médiéval. Pour le reste cette prestigieuse station très prisée des Anglais du temps de leur splendeur victorienne est, je le répète, une pure splendeur. Aucune promenade dans le monde ne vaut celle de Santander. Et la navigation dans son immense baie (la ville est exposée au sud, ce qui garantit des journées d’une densité solaire extraordinaire) m’a produit la même sensation que la traversée du Nahuel Huapi à Bariloche ou la descente des canaux et fjords chiliens.

Près de Santander, au milieu d’horribles constructions modernes on peut redécouvrir le magnifique village médiéval de Santillana, haut-lieu de notre littérature pittoresque, pardon picaresque, digne des merveilles du Lot, et possesseur en outre d’un très beau et économique parador. Pour le reste la Cantabrie dispose de ses étonnants pics d’Europe : deux mille mètres enneigés face à la mer. Qui a besoin d’aller après en Nouvelle-Zélande ? Même ceux qui veulent skier chic n’ont qu’à le faire sur l’Etna, en compagnie d’Héphaïstos....

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Mon bijou sur terre se nomme les Asturies. C’est le dernier refuge. Une petite province de dix mille kilomètres carrés, une population de celtes, d’Asturs et de gaulliens qui ont bien résisté à Covadonga, bataille bien sûr niée, comme l’Espagne, par nos meilleurs historiens modernes. Montagnes, vallées villages, gastronomies, salutations, politesses, ruralité chrétienne, voilà pour l’essentiel. On pouvait y tourner le Seigneur des Anneaux, dans les Asturies. C’était d’ailleurs un royaume, un vrai. Voyez les musées du si sage Oviedo, splendides, neufs et désertés, bien sûr gratuits.

Les bords de mer sont sublimes non pas partout, mais tout le temps, vagues majestueuses, baies, falaises, anfractuosités, petites plages de contrebandiers du plaisir, caps alcyoniens au-dessus de l’homme et du temps, un décor à la Zarathoustra. Les plus belles chapelles romanes du monde sont aussi au-dessus d’Oviedo avec la merveille des merveilles, Santa Maria del Naranco. Ce joyau orthodoxe domine la vallée, couronne d’or tout hors du temps. On est avant l’an 1000.

Les Asturies sont jonchées de villages aussi, ayant tous ou presque gardé leur caractère et leurs racines. C’est le village d’Astérix, c’est la Gaule qui a tenu bon. Allez au marché d’Oviedo et allez discuter pour voir. Les artisans ont tous des têtes de grognards, on se croirait dans un livre du grand Balzac ou d’Eugène Sue. Le fromager, le charcutier sont des poètes guerriers. Ils parlent la langue de Braveheart.

A deux heures de route on y trouve des zones magiques, des hêtraies, des espaces protégés et inouïs emplis d’elfes aux heures de pointe : c’est Muniellos et Somiedo, fiefs de Galadriel et la biosphère. Les chênes et les hêtres ont du mal à survivre à la modernité australe des eucalyptus dont on submerge leur territoire naturel. Même les arbres se font du mouron dans notre monde.

Je progresse dans mon désordre : une des plus belles routes côtières du monde aussi est celle qui va de Santander à Oviedo - la voie ferrée aussi d’ailleurs est une beauté. Cudillero, Lastres ou bien Ribadesella sont des lieux de légende. On est au paradis puisque les gens qui y vivent ne savent pas qu’ils y sont. Quand ils le savent ils conditionnent leur air, fabriquent des complexes hôteliers, boivent des cocktails et font venir des danseuses du ventre.

Découvrez la Cantabrie et les Asturies pour Voir. J’évoquerai d’autres parages, les rias de la Galice, une autre fois, histoire de retrouver la Gaule.

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PS : Lire pour s’exercer en espagnol ce livre d’un journaliste de droite (cela existe), et qui se nomme : "La gran aventura del reino de Asturias". Par José Javier Esparza, aux éditions La esfera de los libros. Je parie deux nuits dans un quatre étoiles à Oviedo qu’on ne le traduira pas en français ! Pensez qu’avec l’espagnol vos enfants pourront trouver du travail en Amérique du Sud !

23 janvier 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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