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L'après Libre Journal
Après l’Apocalypse
L’insécurité, Kubrick et le retour d’orange mécanique
par Nicolas Bonnal

Le succès inattendu du livre de Laurent Obertone, qui a trait à une insécurité pourtant si bien vue par les médias et les décideurs (le vandalisme comme l’expression citoyenne de la diversité) me permet de rappeler quelques points importants du chef d’oeuvre de Kubrick Orange mécanique.

A la mort du grand homme il y a quatorze ans déjà, Serge Kaganski avait osé dire qu’Orange mécanique était des films de Kubrick celui qui avait le plus vieilli (Kaganski était aussi celui qui avait dit qu’Amélie Poulain était un tract du Front national...). Or il me semble qu’il ne pouvait pas choisir plus mal son film. Avec Spartacus Orange mécanique reste le meilleur Kubrick d’un point de vue inactuel. Ce n’est pas un hasard si Kubrick s’était fait traiter de fasciste et qu’il avait failli devoir quitter l’Angleterre. Kubrick n’était certainement pas un fasciste mais il savait où il vivait : voyez Barry Lyndon ou Eyes Wide Shut. Depuis on en a vu d’autres.

***

Je commence comme d’habitude par la conclusion :

- Le ministre tory, en l’occurrence l’incarnation d’un pouvoir machiavélien et bien ancien, récupère le voyou pour le faire entrer dans le système et collaborer à l’établissement d’un régime de terreur. On sait maintenant que les semeurs d’insécurité sont des agents doubles et qu’ils travaillent pour les pouvoirs forts. Ils sont là pour terroriser les honnêtes gens, et ce n’est pas bien nouveau. Il est temps que les bons tremblent et que les méchants se rassurent disait-on en 1848... C’est le meilleur moyen que l’on ait trouvé pour que les gens se tiennent bien. Et ce ne sont pas les socialistes qui me contrediront.

- Le film est une étude aussi du contrôle mental avec le fameux traitement Ludovico. Les médias et les pharmacies contrôlent les sociétés modernes (relire Huxley, Orwell, etc.). La saturation de violence, avec les éternels clins d’oeil au nazisme, et de sexe produit chez le jeune Alex une nausée et il devient plus facilement contrôlable. On ajoute à cela la drogue pharmaceutique et l’on tient notre bonhomme. Kubrick avait parfaitement analysé la volonté politique d’utiliser le porno et la violence à des fins narcotiques à la fin des années 60. La libération sexuelle fut un emprisonnement dans le sexe, à la fois ordurier et ridicule (revoir l’excellente scène de copulation tournée en accéléré à ce propos).

- Toute l’esthétique du film est pré-Illuminati ; j’entends Illuminati au sens du spectacle et des chorégraphies actuelles (c’est un fait, pas un jugement). Voyez les clips musicaux sur les chaînes musicales ou prétendus telles. Pensez à Nick Knight, filmeur de Gaga, ancien photographe des skinheads, actuellement donc l’artiste visuel le plus prestigieux au monde. Relation sado-maso, poignards, pyramides, oeil qui voit tout, symbolisme égyptien, violente chorégraphie, esclavage sexuel et références aux poupées, tout est déjà en ligne comme plus tard dans Shining, ce film testamentaire sur l’Amérique blanche américaine.

- Il y aussi la gentille confidence du monstre. Cela aussi est très bien vu. Il se confie en voix off pendant tout le film. On est déjà avec cette dévorante envie de télé-réalité de se confier à tout le monde et d’être compris par tout le monde. La société de l’obscénité absolue. Evidemment on finit tous par bien aimer notre bourreau. Ce soir à la télé, la vie d’Hitler et d’Eva Braun, pour la millième fois. C’est comme ça.

- Dans le film justement on s’intéresse plus au bourreau qu’à ses victimes. Et alors ? Il est plus intéressant, plus simplement. Qui connaît le nom d’une des victimes de Breyvik qui avait programmé son storytelling sur face de bouc ? Qui peut citer mille juifs tués par Hitler qui a fait l’objet de 7 000 biographies recensées (cent millions d’occurrences Google pour le führer) ? Qui se souvient des Ukrainiens martyrisés par Staline ? Le bourreau est l’avenir de l’homme. Aujourd’hui le vrai bourreau c’est vous le spectateur : voyez le carnage de Kadhafi organisé à cet effet (la moindre image que je regarde aujourd’hui me rend en effet complice d’un crime ou d’un délit ou d’une obscénité visuelle).

Orange mécanique désublime la démocratie-marché et dégoupille la grenade du futur : le futur c’est l’éternel présent. Le film décrit une société futuriste c’est-à-dire identique à la nôtre. Tout y est laid, horrible même et complètement inepte sur le plan architectonique. Les parents ne sont plus des parents, comme les gens de la télé-réalité, ils changent de famille et de fils (il y a aujourd’hui un jeu MTV comme ça). Ils passent leur temps devant la télé ou à lire les journaux. Et le résultat de tout cela est désastreux, mais c’est la vie ou c’est plutôt la vie moderne. Les parents d’Alex sont les héros du film.

- Le jeune Alex est séquestré et tourmenté par les scribouillards d’extrême-gauche qui utilisent sa faiblesse pour Beethoven pour le pousser au suicide. Pour l’extrême-gauche tout est objet de manipulation et tout est objet puisqu’il n’y a plus de sujet chrétien à sauver. L’important est d’embêter le pouvoir, de le faire baisser dans les sondages. Une fois qu’on a pris le pouvoir...

- Alex devient un monstre parce qu’il aime la culture classique, comme les nazis amateurs de classique ou de Schiller : Beethoven. Regardez bien les films hollywoodiens et vous verrez que cela finit toujours de la même manière : un amateur de culture ne peut-être qu’un monstre fascisant, à la manière d’Hannibal Lecter. L’humanisme est subversif.

- Dans Orange mécanique rien n’est pris au sérieux. On l’a reproché à Kubrick sans rien y comprendre. Or ce n’est pas lui qui ne prend rien au sérieux, c’est cette société. En réalité, c’est comme les désastres politiques et financiers ; il y avait des scandales, mais il n’y en a plus, a-t-on dit en Italie à la fin des années 80. On se moque donc de tout et on passe très vite à autre chose. Pour dormir tranquille après les atrocités de la télé, il y a les somnifères.

- Le seul acteur moral est le clergyman. Il défend très bien le point de vue chrétien sur le libre-arbitre, petit Chesterton aussi rond que son modèle. Evidemment il est un peu ridiculisé, mais c’est normal. Kubrick disait à Michel Ciment qu’il devait en être ainsi à notre époque. Dostoïevski fait d’ailleurs la même chose dans "l’Idiot" ; le porteur de vérité (je pense à Lebedev sur le rôle eschatologique des réseaux) est une caricature. Il va aboyer, la caravane du monde moderne passe.

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Les cauchemars qui nous attendent dans un proche avenir ne sont à vrai dire rien au regard de ce qui se passe dans Orange mécanique.

15 mars 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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