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L'après Libre Journal
Après l’Apocalypse
Grands vins, tableaux, actions : pourquoi il faut se moquer des experts
par Nicolas Bonnal

Et ils lui dirent : Nous avons songé un songe, et
il n’y a personne pour l’interpréter. Et Joseph leur
dit : Les interprétations ne sont-elles pas à Dieu ?
Je vous prie, contez-moi [vos songes].

Genèse,40,8.

Nous vivons au siècle des pros et des experts, du nom de la célèbre série TV la plus vue dans le monde (et pour cause : elle nous explique pourquoi il n’y aura plus jamais de terrorisme et plus jamais d’insécurité !). Le domaine par excellence du désastre analytique est celui de la science économique : ce n’est pas pour rien que dans le Monde les excellents économistes médiatiques (Thomas Pickety, Elie et Daniel Cohen, etc.) avaient décrété que le calamiteux programme de Hollande était le meilleur pour sortir de la crise. Ces bouffons finissent par coûter cher. Car nous leur devons nos vingt mille milliards planétaires de dettes, aux experts en économie, aussi bien libéraux que keynésiens d’ailleurs. Il est vrai qu’a priori personne ne nous fera la dette pour les réclamer, ces milliards. On verra.

Dans le monde renversé, dit Debord, le vrai est un moment du faux. Cette merveilleuse formule a été illustrée récemment par un reportage CBC d’un certain John Freed qui a courageusement relevé les inepties de tous les experts de par le monde, quel que soit leur métier. Monsieur Freed s’est aidé en France de l’amusant Jean-Loup Chiflet (lui se demande s’il faut ou non manger des sardines et si l’omega 3 est si bon pour la santé, etc.), Sylvain Augé et ailleurs, surtout au Canada et en Grande-Bretagne, d’experts en experts, si j’ose dire, tels que William White (la bourse !), David Freedman (et non Freed !), auteur d’un livre complet en la matière, de Christopher Cerf ou de Matthew Stewart.

***

Pourquoi un tel recours aux experts ? C’est le nombre de chaînes qui devient prodigieux confirmant que l’humanité ne fout plus rien ou presque, sauf dans d’obscures usines allemandes ou chinoises. Le reste regarde 6 000 chaînes de télé et a besoin de millions d’experts sur tous les sujets pour savoir quoi penser en matière de sommeil, de nourriture, de sexologie, d’atomisme nord-coréen ou de machins transgéniques. Et qu’est-ce qu’un expert ? C’est un hâbleur qui dispose d’un jargon (philo, psycho, techno-quelque chose) et surtout un réseau qui l’invite et le réinvite jusqu’à la nausée. Souvenez-vous de l’excellent texte de Fontenelle, qu’on nous lisait à l’école, et qui s’appelait "la Dent d’or". A l’époque le dada collectif c’était la théologie, aujourd’hui, où tout est fric, c’est l’économie. Et la santé, aussi : car vivra-t-on jusqu’à cent-trente ans en courant comme Lionel Messi comme le veut le Figaro ?

***

Je commence par le meilleur : le vin, car Dieu sait si c’est la marotte des beaufs et des nouveaux riches, des crétois en tout genre et des snobs se prenant pour James Bond (ce whisky a douze ans d’âge, ce n’est pas comme la marquise !) ou pour Arsène Lupin. Le film impertinent nous apprend tout de go que l’on va organiser, sur deux vins rouges, un concours qui engage l’honneur et la science des 54 experts ou sommeliers ou oenologues ou tout ça à la fois. Tout le monde a jargonné (il est lourd, sa robe est souple, il sent la cerise, il y a du cuivre - surtout au Chili ! - et de la fraise, etc.) Comme dans la farce de maître Patelin. Et bien il n’y a pas de vainqueur car personne ne s’est rendu compte qu’il n’y avait qu’un seul vin rouge. Il y avait un vin blanc qui avait été maquillé pour paraître rouge. Personne ne l’a su, sauf l’ingénieur farceur qui avait organisé le show.

Serge de Beketch m’avait dit un jour que 2 % des gens étaient capable de reconnaître sans l’étiquette un vin rouge d’un vin blanc. En fait c’est beaucoup moins. On achète des étiquettes et un code-barres et puis voilà. John Freed interroge un viticulteur français qui guilleret confirme les escroqueries de ce milieu huppé et explique qu’aucun vin, même un Montrachet, Nuits-Saint-Georges ou Romanée-Conti ne devrait coûter... plus de quinze euros. Le reste est affaire de communication, de marketing, de bourrage de crâne en fait. C’est peu comme dans la franc-maçonnerie : il y a les grands ancêtres qui ne faisaient pas d’humanitaire ou de mariage au mot et qui bâtissaient de leurs mains nos cathédrales, et il y les modernes, les spéculatifs, qui sont de tous les gouvernements et se foutent partout du monde. Il y a donc le viticulteur et il y a l’expert en vin, le paraphraseur de Parker (créé par un avocat de renom autoproclamé expert) pour les gogos et les médias. Platon aurait dit que nos experts sont ses sophistes peut-être.

On continue avec d’autres domaines dans cet excellent film : la météo, avec tous les scientologues (!) qui se trompent et nous prévoient le réchauffement climatique pour hausser les impôts ou faciliter un ordre mondial de plus en plus inepte (on a interdit le sel dans les restaus à Mexico !) ; la bourse bien sûr, avec le retour à la fameuse image du singe qui ne se trompe pas plus avec ses fléchettes que n’importe quel analyste de Goldman Sachs payé des lunes. Evidemment, le réalisateur et sa troupe de joyeux drilles ne peuvent s’empêcher de parler des oeuvres d’art et du marché de la copie : à l’oeil nu personne ne peut reconnaître une copie parfaite.

Là-dessus aussi, Debord avait tout dit, et tant dans sons style inégalable :

« Ainsi, dans une époque où ne peut plus exister d’art contemporain, il devient difficile de juger des arts classiques. Ici comme ailleurs, l’ignorance n’est produite que pour être exploitée. En même temps que se perdent ensemble le sens de l’histoire et le goût, on organise des réseaux de falsification. Il suffit de tenir les experts et les commissaires-priseurs, et c’est assez facile, pour tout faire passer puisque dans les affaires de cette nature, comme finalement dans les autres, c’est la vente qui authentifie toute valeur. Après, ce sont les collectionneurs ou les musées, notamment américains, qui, gorgés de faux, auront intérêt à en maintenir la bonne réputation, tout comme le Fonds Monétaire International maintient la fiction de la valeur positive des immenses dettes de cent nations. »

Qu’il s’agisse des experts en terrorisme, en islamisme, en soviétisme, en déclin du christianisme, en n’importe quel isthme, tout le monde se trompe. On en est revenu au temps du devin d’Astérix avec les besoins irrationnels en voyants, sibylles et autres divinateurs. L’humanité aime être trompée, et elle paie des fortunes pour être trompée.

On se souvient que dans les années soixante déjà Umberto Eco, voyageant en Amérique et visitant Las Vegas, avait évoqué cette guerre du faux qui frappe aujourd’hui tous les domaines et nécessite pour la justifier autant d’experts incompétents et omniscients. Vivement un comité d’experts faisant la chasse aux experts !

Mais l’Ecriture sainte savait déjà tout sur le sujet :

« Et de par moi fut donné un ordre qu’on amenât devant moi tous les sages de Babylone pour qu’ils me fissent connaître l’interprétation du songe. Alors vinrent les devins, les enchanteurs, les Chaldéens, et les augures ; et je dis le songe devant eux, mais ils ne m’en firent pas connaître l’interprétation. »

Daniel,4,6-7.

15 avril 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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