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L'après Libre Journal
Relecture post-Apocalyptique
Tocqueville et la destruction des races en Amérique
par Nicolas Bonnal

Tocqueville décrit vers 1830 les périls de la démocratie et le prochain crépuscule des races noire et indienne en Amérique(1). Il le fait avec une alacrité forte, comme s’il savait que les Blancs finiraient par disparaître à leur tour, frappés par une société fondée sur le progrès, la science et l’argent.

Le penseur Français distingue deux facettes dans la disparition de l’originalité culturelle et la volonté de vivre d’une race (ou d’une culture, ou d’une nation) : la voie noire et la voie indienne. La voie noire concerne la grande masse et la voie indienne concerne une humanité d’élite et aristocratique.

***

Voici comment Tocqueville décrit l’esclave noir détruit par l’Amérique :

« Le Nègre des Etats-Unis a perdu jusqu’au souvenir de son pays ; il n’entend plus la langue qu’ont parlée ses pères ; il a abjuré leur religion et oublié leurs moeurs... Le Nègre n’a point de famille ; il ne saurait voir dans la femme autre chose que la compagne passagère de ses plaisirs, et, en naissant, ses fils sont ses égaux. »

Comme le remarquera plus tard Soljenitsyne à propos de la foule solitaire américaine, cet homme ne sait plus s’il est vivant. C’est le zombie repus de nos médias. Il adore ses maîtres et ses élites :

« Plongé dans cet abîme de maux, le Nègre sent à peine son infortune ; la violence l’avait placé dans l’esclavage, l’usage de la servitude lui a donné des pensées et une ambition d’esclave ; il admire ses tyrans plus encore qu’il ne les hait, et trouve sa joie et son orgueil dans la servile imitation de ceux qui l’oppriment. Son intelligence s’est abaissée au niveau de son âme. »

Cet électron n’a plus à se soucier de son avenir. Quelqu’un y pourvoit gentiment, le fameux « pouvoir bienveillant, tutélaire et doux ». C’est la servitude dont Tocqueville parle dans un autre célèbre passage, servitude liée au développement de l’Etat moderne.

« Sans besoin comme sans plaisir, inutile à lui-même, il comprend, par les premières notions qu’il reçoit de l’existence, qu’il est la propriété d’un autre, dont l’intérêt est de veiller sur ses jours ; il aperçoit que le soin de son propre sort ne lui est pas dévolu ; l’usage même de la pensée lui semble un don inutile de la Providence, et il jouit paisiblement de tous les privilèges de sa bassesse. »

La liberté n’est plus utile, elle n’est pas la bienvenue dans le nouvel ordre mondial. Mais le troupeau est bien soumis, bien docile et habitué à obéir, dira Céline plus tard.

Dans l’esclavage moderne la consommation règne en maîtresse de nos âmes, ajoute aussi Tocqueville.

« Mille besoins nouveaux l’assiègent, et il manque des connaissances et de l’énergie nécessaires pour leur résister. Les besoins sont des maîtres qu’il faut combattre, et lui n’a appris qu’à se soumettre et à obéir. Il en est donc arrivé à ce comble de misère, que la servitude l’abrutit et que la liberté le fait périr. »

La liquidation des races, nations et cultures passe par un complexe d’infériorité qu’a bien décrit Dostoïevski dans ses "Possédés". On gomme sa culture, on la recycle et on s’intègre en s’humiliant. L’esclave noir américain décrit par Tocqueville annonce donc en 1830 ce qui va nous arriver à tous.

« Le Nègre fait mille efforts inutiles pour s’introduire dans une société qui le repousse ; il se plie aux goûts de ses oppresseurs, adopte leurs opinions, et aspire, en les imitant, à se confondre avec eux. On lui a dit dès sa naissance que sa race est naturellement inférieure à celle des Blancs, et il n’est pas éloigné de le croire, il a donc honte de lui-même. »

Voilà pour les esclaves noirs. Tocqueville traite ensuite le problème des indiens, ces résistants au progrès.

***

Si le Noir symbolise pour Tocqueville la médiocrité de l’homme-masse de la modernité, l’Indien représente au contraire le modèle aristocratique, l’homme noble qui va souffrir devant l’anéantissement des valeurs opéré par cette même modernité fondée, disait Marx, sur les eaux glaciales du calcul égoïste.

Voici comment l’Amérique liquide spirituellement ses Indiens :

« En affaiblissant parmi les Indiens de l’Amérique du Nord le sentiment de la patrie, en dispersant leurs familles, en obscurcissant leurs traditions, en interrompant la chaîne des souvenirs, en changeant toutes leurs habitudes, et en accroissant outre mesure leurs besoins, la tyrannie européenne les a rendus plus désordonnés et moins civilisés qu’ils n’étaient déjà. »

Les Indiens explique Tocqueville ont été détruits par l’habileté manufacturière, déjà dénoncée par Lao Tse il y a vingt-six siècles, habileté qui crée un cycle nouveau de consommations et d’aliénations :

« Les Européens ont introduit parmi les indigènes de l’Amérique du Nord les armes à feu, le fer et l’eau-de-vie ; ils leur ont appris à remplacer par nos tissus les vêtements barbares dont la simplicité indienne s’était jusque-là contentée, En contractant des goûts nouveaux, les Indiens n’ont pas appris l’art de les satisfaire, et il leur a fallu recourir à l’industrie des Blancs. »

La société de consommation détruit la société. C’est très visible dès cette époque. Les Indiens eux vont se mettre à chasser toujours plus le gibier qui n’a pas encore fui les Blancs, et voici pourquoi :

« De ce moment, la chasse ne dut pas seulement pourvoir à ses besoins, mais encore aux passions frivoles de l’Europe. Il ne poursuivit plus les bêtes des forêts seulement pour se nourrir, mais afin de se procurer les seuls objets d’échange qu’il pût nous donner. Pendant que les besoins des indigènes s’accroissaient ainsi, leurs ressources ne cessaient de décroître. »

Liquidation simultanée des animaux nobles et des hommes féodaux : un sujet digne de Madison Grant. Tocqueville enfin montre une sympathie bien traditionnelle pour les tribus indiennes. Elles aussi sont aristocratiques, élitistes, guerrières, féodales !

« La chasse et la guerre lui semblent les seuls soins dignes d’un homme. L’Indien, au fond de la misère de ses bois, nourrit donc les mêmes idées, les mêmes opinions que le noble du Moyen Age dans son château fort, et il ne lui manque, pour achever de lui ressembler, que de devenir conquérant. »

Notre grand auteur montre bien la médiocrité de la vie moderne, si peu motivante, qui attend nos tribus aristocratiques habituées au risque et au courage :

« Après avoir mené une vie agitée, pleine de maux et de dangers, mais en même temps remplie d’émotions et de grandeur, il lui faut se soumettre à une existence monotone, obscure et dégradée. »

Vient la fin, qui est fabuleuse : Tocqueville explique comment l’on extermine les peuples au nom des bons principes humanitaires, de la démocratie et puis bien sûr de la philanthropie.

« La conduite des Américains des Etats-Unis envers les indigènes respire le plus pur amour des formes et de la légalité. Pourvu que les Indiens demeurent dans l’état sauvage, les Américains ne se mêlent nullement de leurs affaires et les traitent en peuples indépendants ; ils ne se permettent point d’occuper leurs terres sans les avoir dûment acquises au moyen d’un contrat ; et si par hasard une nation indienne ne peut plus vivre sur son territoire, ils la prennent fraternellement par la main et la conduisent eux-mêmes mourir hors du pays de ses pères. »

Mieux que le Kosovo ! J’en termine avec la cerise sur le gâteau. Tocqueville compare la barbarie chrétienne des Espagnols au cynisme yankee si efficace. La civilisation humanitaire, ploutocratique et moraliste est la plus dangereuse pour le monde.

« Les Espagnols, à l’aide de monstruosités sans exemples, en se couvrant d’une honte ineffaçable, n’ont pu parvenir à exterminer la race indienne, ni même à l’empêcher de partager leurs droits ; les Américains des Etats-Unis ont atteint ce double résultat avec une merveilleuse facilité, tranquillement, légalement, philanthropiquement, sans répandre de sang, sans violer un seul des grands principes de la morale aux yeux du monde. On ne saurait détruire les hommes en respectant mieux les lois de l’humanité. »

C’est bien la définition du nouvel ordre mondial et de la matrice américaine : détruire les hommes au nom de l’humanité.


(1)  "De la démocratie en Amérique", tome I, deuxième partie, chapitre X.
25 avril 2013 - lien permanent

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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