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L'après Libre Journal
Derrière l’écran
Alexandre Rou et l’esprit du paganisme au cinéma
par Nicolas Bonnal

Dans le grand trio du cinéma pour enfants, il y a trois maîtres méconnus : André Hunebelle, l’immortel auteur du très patriote Capitan, l’Anglais Stevenson, qui travaillait pour Disney et réalisa Mary Poppins et surtout la très viking Ile sur le toit du monde, et Alexandre Rou, ou Rowe, l’as soviétique en ce domaine, qui a oeuvré des années 40 à 70, comme Ptouchko le maître du völkisch indo-européen de l’époque.

Je rassure mon lecteur, j’ignorais son existence il y a quelques années encore, même si je le fais même redécouvrir aujourd’hui à mon lectorat russe : Rou a été victime de la guerre froide, on n’a rien su de lui, et il a été après victime des marxisants de la critique de cinéma franchouillarde qui ont jugé qu’il n’était pas assez quelque chose. Et pour cause ! Il défendait des valeurs ancestrales et telluriques contre les cours baroques et les matrices magiciennes ! et la lutte de héros solaires contre les araignées anonymes !

Le plus étonnant est que Rou n’est ni russe ni slave. Il est irlandais de père, et grec orthodoxe par sa mère. Le père est venu travailler en Russie au temps des tzars, il y est resté après la Révolution. Elevé dans le monde soviétique, Rou commence à réaliser des films à la fin des années 30. Ce qui nous intéresse nous, gens de droite ici, passionnés de cinéma pour enfants (car c’est toujours le plus riche d’enseignements initiatiques), c’est qu’il ne le fait pas dans le contexte de l’avant-garde bolchevik mais dans le contexte de la réaction stalinienne à cette avant-garde et donc dans le cadre du retour aux grands termes patriotiques et historiques. C’est ce cinéma qui sera salopé par la critique de l’oxydent : on le taxe d’académisme, propagande, réalisme socialiste...

***

La qualité des films pour enfants, on ne l’apprend pas à l’école, était garantie par les studios Gorki spécialisés dans ce cinéma. J’ai déjà dit auparavant tout le bien que je pensais de Sadko, inspiré de Rimski-Korsakov, et réalisé dans les années 50 à Novgorod et en Inde (où notre héros apprend à échapper à l’opium bouddhiste du peuple !) dans des conditions fabuleuses. Sadko défie aussi en Egypte les pyramides du dollar Illuminati et le sphinx de Gizeh mué... en Georges Washington. Ils sont fort ces moujiks !

Ces films sont directement inspirés des contes russes, au contenu alchimique ou ésotérique, proche en cela de Perrault et des Grimm. Et ils contiennent souvent le schéma suivant (on a appris le truc à l’école : la situation initiale, les péripéties, l’élément de résolution, etc.) propre à exaspérer les imbéciles et à rafraîchir l’imagination des bons chrétiens (ou des bons païens, c’est selon) ! Le mot kristianni désigne aussi bien le paysan que le chrétien en russe.

Le héros est beau comme un dieu et blond comme les blés. Il peut être sot comme Ivan Durak (notre Jeannot), insolent comme Morozko ou bien bon et travailleur.

Il aime une brunette paysanne travailleuse et humble, mais aussi fière et libre. Souvent dans les contes russes, la femme rebelle ou paresseuse ou trop autoritaire (c’est souvent la même) amène la catastrophe ! Elle est grosse et un peu trop frottée de bovarysme ! Tout cela se passe dans un village merveilleux, en pleine campagne russe ou ukrainienne, dans l’ambiance médiévale du mir, avec des tresses blondes, des poutres brunes et des oursons bavards ! Les animaux sont d’ailleurs supérieurement dressés dans ces films. Il y a des chats géniaux, des chèvres inspirées, des nounours passeurs et des poneys fringants comme chez Tolkien ! Les acteurs de ces films sont des acteurs de cinéma pour enfants, ce qui change beaucoup la donne, croyez-moi. Le phénoménal joueur de Baba-Yaga est Georges Milliar, et c’est un... marseillais (Georges Millier) grandi aussi là-bas et acteur digne d’Antonin Artaud. Milliar jouera dans dix films de Rou.

L’élément perturbateur arrive alors sous la forme des Tartares, éternels pillards de la vraie terre du milieu (on sent Tolkien en sainte Russie), ou du tyran d’opérette venu des profondeurs de la terre ou des eaux et entouré d’une cour sapée baroque : le royaume tellurique et humide est une constante du conte russe, y compris Sadko. Ici l’habileté de Rou gît dans la description - très contrôle mental, très Illuminati - des cavernes, marais, palais et pièges graphiques et symétriques du tyran. On est déjà dans Tolkien, dans le bazar Lady Gaga, on est déjà dans nos centres commerciaux ou dans une bâtisse mondialiste et occultiste. Une étoile de D... avide et géante ouvre d’ailleurs un royaume (celui des miroirs trompeurs) où des abrutis lancent le rock toute la journée pendant que des conseillers au nez crochu vident le trésor. C’est un Andersen un peu NS, si vous voulez. Des collègues moins renommés de Rou ont poétiquement adapté la Belle et la Bête, la Fille des Glaces ou bien la Reine des Neiges : les actrices russes ou baltes y sont sublimes de nordicité. Qu’est-ce qu’on est loin de Barbara stressante... J’en reparlerai.

Puits traîtres et brumeux, Miroirs créateurs de doubles, écrevisses mécaniques, fourmis-robots nourries à l’argent, ballets grotesques, jeux d’échecs contre-initiatiques, zébrures et rayures (voir les recherches de Pastoureau en ce passionnant domaine), conseillers et tarés encombrent ces lieux si terribles, comme dit Virgile. Tous les magiciens de maître Rou font penser au Klingsor inverti de Wolfram et Wagner, toutes ses demeures aux châteaux tournoyants du Graal bien évoqués par Evola. Avec parfois la touche de débilité à la Flanby pour faire rire les têtes blondes de tous les âges.

Le combat a lieu pour la levée d’un sort ; pour la possession d’une peau de grenouille (l’enveloppe corporelle d’une princesse ensorcelée), la libération du joug des Tartares donc ou des monstres noirs envoyés par Kaschey, un vieillard magicien "chargé d’os" et aussi d’or, figure plutonienne renommée des skaska (contes) russes, et pour les retrouvailles de la princesse ou du prince enlevés comme Perséphone, saisonnièrement. Symboles solaires, comme le cerf et ses cornes dorées s’opposent aux écrevisses des royaumes sous-marins. Les allusions au christianisme sont bien sûr discrètes, comme d’ailleurs chez Perrault, Grimm, Tolkien ou Pinocchio, mais elles sont là. On n’efface pas comme ça mille ans de christianisme.

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Le cinéma de Rou a deux grande époques ; une époque épique, comme on dit, et une époque comique, plus enfantine et plus tardive. J’ai tendance à préférer la première.

Je peux recommander comme opus d’Alexandre Rou, Maria Iskousnitza (une maman est enlevée par le royaume sous-marin et recherché par son enfant et un tambour-major), les Cornes d’or d’un ésotérisme royal et solaire, ou Feu, eau et trompettes de cuivres (une vraie merveille), et un grand classique plus connu en Amérique, le Royaume des miroirs trompeurs, dont les héroïnes sont deux blondinettes jumelles : elles affrontent un royaume qui résume le monde moderne et son parc d’attractions. Il y a aussi au catalogue une parabole climatique, Jack le gelé (Morozko), ou la Belle Vassilissa, elle aussi enlevée et convoitée par un dragon, film qui fut réalisé pendant la guerre et est unique par ses décors (le palais Illuminati ou la cabane aux pattes de poulet de la sorcière). Millar y est totalement extraordinaire dans le rôle de Baba-Yaga. A la fin du film la mère l’affronte transfigurée en walkyrie. Mais d’autres films ont une tonalité Siegfried.

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A l’heure où la bête planétaire offre aux petits enfants comme compagnons de jeux, avec l’obésité chimique, serial-killers, zombis, vampires, Aliens, Men in Black, Pokémons et autres monstres de casino, il est bon de se ressourcer avec ce cinéma enraciné et fascinant, qui traite mieux que personne des héros blonds des terres noires et de la geste initiatique de nos ancêtres.

Cinq chefs d’oeuvre ; le Chat botté, adaptation décalée et très fine du bref conte de Perrault, Vassilissa donc, Kaschey, le Royaume des miroirs trompeurs et les Cornes d’or, peut-être mon duo préféré. Les plus grands pourront même voir Cendrillon, adapté du ballet de Prokofiev. A vos souris, camarades !

15 mai 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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