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L'après Libre Journal
Relecture post-Apocalyptique
1846 : le prophète Toussenel et la société moderne
par Nicolas Bonnal

Tout ce qui nuit à la royauté et
au peuple profite au trafiquant.

En 1846, Toussenel publie son fameux pamphlet sur les "Juifs rois de l’époque". Titre malheureux ! Le mot juif désigne moins pour lui le "peuple" que le comportement bancaire et financier moderne ; d’où un malentendu qui a desservi le livre (ou l’a diabolisé, ce qui est une manière d’être servi...). Il n’y a par exemple que dix ou douze références sur les Juifs (surtout Rothschild bien sûr, qui tient la dette et les chemins de fer ruineux et dangereux) mais cent sur l’Angleterre méphitique.

Toussenel est l’homme qui a décrit le premier pour la modernité pour les "extrémistes". C’est le rasoir d’Ockham de la réflexion historique : l’explication la plus simple est toujours la meilleure ! Son style lyrique est d’une grande précision et le grand penseur fouriériste a su mieux que tout le monde comprendre à quelle sauce l’Europe puis l’homme allaient se faire manger ici ou là.

***

Le commencement de la fin ce n’est pas 1815, le commencement de la fin c’est 1830 et la monarchie de Juillet. Et dire qu’il y a des orléanistes chez les monarchistes !

« La révolution de juillet, c’est la victoire d’Hastings de la féodalité financière. De ce jour-là, celle-ci a commencé à se douter un peu de sa puissance. »

La banque, l’argent, la dette et l’hypothèque : rien de nouveau ! La domination financière est avant tout, comme celle de Joseph dans la Genèse, psychologique. Joseph est un expert et donc il embobine le pharaon par son interprétation préfreudienne des rêves. Idem aux temps modernes, explique Toussenel. Remplacez Rothschild par Goldman Sachs et vous verrez que la situation internationale n’a guère changé :

« Si bien que le banquier a frappé tous les Etats d’une nouvelle hypothèque et d’une hypothèque que ces Etats ne rembourseront jamais avec leurs revenus...

La première part du revenu public de tous les Etats, le produit le plus clair du travail de tous les travailleurs, passe dans la bourse des juifs sous le nom d’intérêts de la dette nationale. »

Toussenel comme Tocqueville voit avec effroi la nouvelle féodalité apparaître. Sa fonction est de crétiniser l’humanité par la presse notamment :

« La féodalité industrielle, plus lourde, plus insatiable que la féodalité nobiliaire, saigne une nation à blanc, la crétinise et l’abâtardit, la tue du même coup au physique et au moral. Son despotisme est le plus déshonorant de tous pour une nation généreuse.

Le travailleur, réduit à l’état de bête de somme bien nourrie, perd bientôt sa dignité d’homme, et accepte le joug du capital pour un temps indéterminé. »

On croirait du Céline !

Toussenel le premier en France utilise l’image de l’araignée, cet arthropode aux pouvoirs surnaturels, pour décrire le rôle du banquier dans la vie moderne :

« C’est surtout l’araignée, cet admirable et saisissant emblème du boutiquier. Un insecte hideux, toutes griffes, tout yeux, tout ventre, mais sans poitrine, c’est-à-dire de place pour le coeur ! - L’araignée tend sa toile comme le trafiquant sa boutique, dans tous les lieux, dans tous les passages où il y a des mouches ou des chalands à prendre. »

Le monde moderne est un monde d’intermédiaires, d’avocaillons, de médiatiques, de middle men (le nom de la nouvelle princesse Windsor) ; c’est l’époque de la pub dans la presse, et de l’agence Reuters, créée à l’époque de Balzac par un allemand au nom compliqué !

« Tous ces gens-là vivent de privilèges, et leur fortune est basée sur la misère et les discordes publiques. Il est évident que les avocats, les avoués et les journalistes périraient si les citoyens ne se querellaient pas entre eux, et si les gouvernés étaient d’accord avec les gouvernants. »

Les lois minables et bâclées votées un peu partout ne choquent que les idiots ; elles ont un but démocratique bien précis :

« Les avocats qui vivent des obscurités et des imperfections de la loi, ne peuvent pas raisonnablement travailler de bon coeur à éclaircir les textes et à perfectionner les Codes. Ils ont, à la conservation des mauvaises lois, le même intérêt que les louvetiers à la conservation des loups. »

***

Comme je l’ai dit, Toussenel traite surtout dans son livre de la malédiction anglaise, cette nation maudite qui est responsable de la défaite française, puis allemande, puis européenne, blanche puis même humaine, et qui est au service de la Bête depuis Bacon ou bien Cromwell. Je cite Léon Bloy au passage et son journal - c’est au moment de la guerre des Boers :

« L’univers entier fait des voeux pour la défaite des Anglais. C’est la première fois, je pense, qu’une pareille unanimité s’est vue. Je ne me lasse pas d’admirer qu’un grand homme à peu près sans Dieu, Napoléon, ait eu l’intuition prophétique de la délivrance du monde par l’humiliation ou la destruction de l’Angleterre. »

Voici Toussenel ; c’est bien épique aussi l’anglophobie des familles.

« Je ne sache pas qu’aucune autre nation ait pesé sur le monde d’un poids aussi écrasant que la nation anglaise, ait coûté à l’humanité autant de larmes, ait motivé autant d’accusations contre la justice de Dieu.

Le Normand, le plus féroce de tous les barbares, a fait croire à l’existence de l’ogre. L’Europe continentale du moyen âge n’était pas éloignée de prendre les guerres civiles de l’Angleterre pour les convulsions d’un peuple de damnés. La croyance générale était au XVe siècle, que Dieu seul pouvait quelque chose contre cette engeance de Satan. Un des plus grands rois de l’Angleterre, le même qui a doté sa patrie d’une religion, et qui s’en est fait pape, le roi Henri VIII prit cinq femmes et en fit assassiner trois par la main du bourreau. Les persécutions religieuses ordonnées par la vierge Elisabeth et par le puritain Cromwell, dépassent en raffinements d’atroce cruauté, tout ce que l’histoire des empereurs de Rome et d’Istanbul nous avait laissé de plus édifiant dans le genre. »

Les horreurs de pensée anglaise sont toutes présentes à cette époque. On laisse Toussenel nous décrire l’avortement et le contrôle des naissances :

« Malthus, effrayé du problème de l’exubérance de population, déclare positivement que la société peut refuser à l’enfant le droit de vivre. Ses disciples vont plus loin et développent sa thèse. Ils demandent en plaisantant qu’on décerne des récompenses nationales aux mères qui ont bien mérité de la patrie, en immolant le fruit de leurs entrailles ; ils veulent que l’on dépose les restes des tendres victimes dans de somptueux cimetières patriotiques, où ces mères lacédémoniennes puissent venir respirer l’âme de leurs enfants dans le parfum des roses !... Cette théorie de la prime à l’infanticide, a obtenu quelques succès près de la population des districts manufacturiers d’Angleterre.

Beaucoup de mères, dans ces pays-là, allaitent leurs enfants avec du laudanum, pour se débarrasser de leurs caresses importunes, et le procédé, assure-t-on, réussit à merveille. »

Comme s’il pensait au crétin libéral Bastiat, Toussenel règle leur compte d’un trait de plume aux économistes libéraux :

« Laissez faire nos économistes de France, et ils en arriveront bientôt à de semblables théories. Il ne se dit pas une sottise en Angleterre qui ne trouve son écho chez nous. »

Et il comprend que le complot Illuminati ou cabalistique ou des Lumières a plusieurs siècles déjà avec ses agents littéraires célébrés comme des génies scolaires :

« Ah ! Que Voltaire et Montesquieu savaient bien ce qu’ils faisaient, quand ils allaient en Angleterre pour voir des hommes libres ! II n’y a que cette Grande-Bretagne protestante pour produire des Hudson-Lowe et des maîtres philanthropes qui interdisent à leurs serfs le boire et le manger ! »

Il traite très bien de l’affaire de la guerre d’opium, 1843, motivée par un certain Sassoon d’origine très certaine :

« L’Angleterre a armé pour défendre les intérêts de ses marchands ; elle a réduit l’empereur, qui voulait sauver ses peuples du poison, à opter entre ce poison et la destruction de toutes ses villes... L’Angleterre achetait du thé à la Chine chaque année pour des sommes énormes. Le commerce de la compagnie des Indes avait besoin d’un objet de retour pour balancer cette dépense de numéraire. Elle trouva ce précieux moyen d’échange dans l’opium. Mais l’opium est un poison, et l’empereur de la Chine prohiba à l’entrée de ses Etats la denrée vénéneuse. »

J’ai cité Chateaubriand, j’y reviens. Notre dernier grand homme politique et littéraire a bien compris dans ses "Mémoires" le rôle subversif et méphitique de l’île sorcière au moment des insurrections travaillées de juillet 1830 :

« Ainsi ces Anglais qui vivent à l’abri dans leur île, vont porter les révolutions chez les autres ; vous les trouvez mêlés dans les quatre parties du monde à des querelles qui ne les regardent pas : pour vendre une pièce de calicot, peu leur importe de plonger une nation dans toutes les calamités. »

On ne nous dira pas que l’on n’avait pas été prévenus, et en français encore. Le génie français fut celui de la lucidité, et il l’est resté. Mais comme Toussenel est considéré comme mineur, j’en remets une, de citation de Chateaubriand, avant qu’on ne brûle ou caviarde ses bouquins (Mémoires, T.II, L.20, ch.6).

« Remueur de tout, Napoléon imagina vers cette époque le grand Sanhédrin : cette assemblée ne lui adjugea pas Jérusalem ; mais, de conséquence en conséquence, elle a fait tomber les finances du monde aux échoppes des Juifs, et produit par là dans l’économie sociale une fatale subversion. »

23 mai 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

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François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

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avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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