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L'après Libre Journal
Relecture post-Apocalyptique
Virgile et les abeilles (ou les abeilles vues de droite)
par Nicolas Bonnal

Tu regibus alas eripe

Les abeilles disparaissent ou plutôt on les fait disparaître à coups de transgénique. C’est un coup de l’Antéchrist. Bientôt plus rien ne poussera et tout sera breveté. Alors on pourra avoir faim et sélectionner qui l’on voudra garder. Les médias nous expliqueront bien.

Mon vieux maître Abellio parlait de communisme sacerdotal, mon vieil ami Stephen de monarchie socialiste (à l’école). On peut aussi parler de socialisme magique à propos des abeilles et de leur merveilleuse société. Ou bien de communisme monarchique, une belle société spartiate et sans esclaves. Ou bien de royauté sacrée et médiévale.

Laissons dire le maître suprême de toute poésie. Je le cite dans la traduction de Maurice Rat et j’invite mes rares et vrais lecteurs à lire et relire ces vers en ligne.

***

Evidemment, Virgile en parlant des abeilles va nous parler des sociétés humaines, du sacré et de la cosmologie. Il s’agit d’une étude des moeurs, d’une étude morale :

« Poursuivant mon oeuvre, je vais chanter le miel aérien, présent céleste : tourne encore tes regards, Mécène, de ce côté. Je t’offrirai en de petits objets un spectacle admirable : je te dirai les chefs magnanimes, et tour à tour les moeurs de la nation entière, ses passions, ses peuples, ses combats. Mince est le sujet, mais non mince la gloire (in tenui labor, at tenuis non gloria), si des divinités jalouses laissent le poète chanter et si Apollon exauce ses voeux. »

Société guerrière, le monde des abeilles sert de modèle à la société guerrière des romains virgiliens :

« Mais si elles sortent pour livrer bataille (car souvent la discorde s’élève entre deux rois et provoque un grand trouble) on peut tout de suite prévoir de loin les sentiments de la foule et l’ardeur belliqueuse qui agite les coeurs : l’éclat martial de l’airain gourmande les attardées, et une voix se fait entendre, imitant les accents saccadés des trompettes ; puis elles se rassemblent, tumultueuses, font palpiter leurs ailes, aiguisent leurs dards avec leurs trompes, assouplissent leurs membres, et serrées autour de leur roi et juste devant le prétoire, elles se mêlent et provoquent l’ennemi à grands cris. »

Evidemment, on est monarchiste. Car comment peut-on aller voter ? Les beaux rois sont lumineux, clairs et forts, les autres n’ont qu’à aller crever ! Un beau roi sert de modèle à tout le peuple, comme dans un bon film soviétique pour enfants.

« Quand tu auras fait quitter le champ de bataille aux deux chefs, livre à la mort celui qui t’a paru le plus faible, afin qu’il ne soit pas un fardeau inutile : laisse le meilleur régner seul dans sa cour. Celui-ci aura le corps parsemé de mouchetures d’or, car il y a deux espèces : l’un, le meilleur, se distingue par sa figure et par l’éclat de ses écailles rutilantes ; l’autre est hideux de lourdeur et traîne sans gloire un large ventre... Ainsi que les rois, les sujets ont un double aspect : les uns sont laids à faire peur, pareils au voyageur qui, venant de marcher dans une couche de poussière, a le gosier desséché, et qui crache une épaisse salive ; les autres luisent et brillent d’un éclat vif, et leurs corps sont couverts de mouchetures régulières, aussi brillantes que l’or. »

***

Symbole solaire, nos abeilles ? Oh que oui ! Mais il faut les visser, et les faire travailler. Sans cela on finit comme dans la France hollandaise d’aujourd’hui ! Evidemment on commence par le roi fainéant qui montre le mauvais exemple.

« Mais quand les essaims volent sans but (incerta volant), jouent dans le ciel, dédaignent leurs rayons et délaissent leurs ruches froides, tu interdiras à leurs esprits inconstants ce jeu si vain. Tu n’auras point grand-peine à l’interdire : enlève leurs ailes aux rois ; les rois restant tranquilles, personne n’osera prendre son essor ni arracher du camp les enseignes. »

C’est tellement beau que je vais le redire en latin : nec magnus prohibere labor : tu regibus alas eripe ! Comment il est facile de ramener l’ordre dans les banlieues ou ailleurs !

Mais poursuivons : comme les bons chrétiens, la société des abeilles doit se reproduire et prospérer, croître et multiplier : il y a les travailleuses, les nurses qui veillent la belle progéniture et bien sûr les gardiennes. C’est beau comme du Platon, la ruche bien humaine !

« Seules, elles élèvent leur progéniture en commun, possèdent des demeures indivises dans leur cité, et passent leur vie sous de puissantes lois ; seules, elles connaissent une patrie et des pénates fixes ; et, prévoyant la venue de l’hiver, elles s’adonnent l’été au travail et mettent en commun les trésors amassés. Les unes, en effet, veillent à la subsistance, et, fidèles au pacte conclu, se démènent dans les champs ; les autres, restées dans les enceintes de leurs demeures, emploient la larme du narcisse et la gomme gluante de l’écorce pour jeter les premières assises des rayons, puis elles y suspendent leurs cires compactes ; d’autres font sortir les adultes, espoir de la nation ; d’autres épaississent le miel le plus pur et gonflent les alvéoles d’un limpide nectar. Il en est à qui le sort a dévolu de monter la garde aux portes de la ruche ; et, tour à tour, elles observent les eaux et les nuées du ciel, ou bien reçoivent les fardeaux des arrivantes, ou bien encore, se formant en colonne, repoussent loin de leurs brèches la paresseuse troupe des frelons. C’est un effervescent travail, et le miel embaumé exhale l’odeur du thym. »

Les frelons ce n’est pas cela qui manque dans la France contemporaine !

Enfin les abeilles sont de bonnes filles et ne s’adonnent pas à la bagatelle, comme on disait jadis. Ce qui compte c’est de s’occuper des petits de la ruche et de perpétuer la race :

« Ce qui te paraîtra surtout admirable dans les moeurs des abeilles, c’est qu’elles ne se laissent pas aller à l’accouplement, qu’elles n’énervent pas languissamment leur corps au service de Vénus, et qu’elles ne mettent pas leurs petits au monde avec effort. D’elles-mêmes, avec leur trompe, elles recueillent les nouveau-nés éclos sur les feuilles et les herbes suaves ; d’elles-mêmes, elles remplacent leur roi et ses petits Quirites, et refaçonnent leurs cours et leurs royaumes de cire. Aussi, bien que leur vie soit renfermée en des bornes étroites (car elles ne vivent pas plus de sept étés), leur race, elle, demeure immortelle ; la fortune de la famille subsiste pendant nombre d’années, et l’on compte les aïeux de leurs aïeux. »

Et voilà. Mon lecteur peut lire bien sûr la suite ailleurs. Et comprendre bien sûr pourquoi l’Antéchrist s’acharne aux quatre coins de la terre à faire disparaître l’abeille, ce monstre politiquement incorrect. La fin des abeilles, c’est la fin du vrai monde et le début du leur. Méditez bien l’abeille.

in tenui labor, at tenuis non gloria

24 mai 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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