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L'après Libre Journal
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Dix scénarii de paranoïa critique
par Nicolaï Kolkhose
Théorie de la conspiration et réalité du complot

A est là. On entre.

- Oh, tu étais là ? On pensait se connecter un peu.

- Qu’est-ce que tu es en train d’écrire ?

- Regardez, il n’est pas en train de lire !

- Vous parlez tellement que je ne peux même plus écrire ; alors je me plonge dans les ebooks et puis voilà...

- Sûr : lire c’est mieux qu’écrire pour s’isoler... Qu’est-ce que tu es en train d’écrire ?

- Je voudrai préparer une théorie de la conspiration.

- ...

- Je vois que le sujet vous passionne.

- Non, ce n’est pas ça, mais pourquoi faire ?

- La plupart du temps, on présente les théoriciens de la conspiration comme des maniaques de la conspiration.

- Pourquoi on dit théoriciens de la conspiration, alors, si on pense que ce sont - pardon, que nous sommes - de gros malades ?

- Bonne question. Quand on prend le film de Mel Gibson, on voit bien qu’on a affaire à un malade échappé d’un asile, pas à un professeur émérite chargé de déchiffrer les complots des savants fous et des élites malveillantes.

- Moi j’y crois toujours au savant fou.

- Et pourtant, très cher, dans le cas de Mel Gibson opus cité, il s’avère que notre cinglé a bien raison, et que conspiration il y a bien.

- Conspiration il y a toujours. L’oncle Joseph disait qu’il n’y avait pas d’innocent, seulement des coupables qui n’avaient pas avoué.

- Bien sûr, si on me torture un peu, j’avoue tout ce qu’on veut.

- Ah, moi non, si on te torture un peu, je n’avouerai pas tout...

- L’important donc comme nous venons de le voir avec notre ami n’est pas tant de rendre ses lettres de noblesse à la conspiration qu’à la théorie. Car c’est la théorie qui souffre par les temps chaotiques et libéraux qui sont les nôtres.

- Si je comprends donc bien, vénérable professeur, il faut en revenir aux racines de l’hégélianisme et du marxisme ?

- Et ce d’autant plus volontiers qu’il n’y a plus de gêneurs communistes pour nous tirer dans les pattes. Regardez-moi ces lignes :

« M. Szeliga conçoit toutes les situations actuelles du monde comme des mystères. Mais tandis que Feuerbach a dévoilé des mystères réels, M. Szeliga métamorphose en mystères de réelles banalités. Son art consiste non pas à dévoiler ce qui est caché, mais à cacher ce qui est dévoilé. »

- C’est de toi ?

- Mais non, réfléchis !

- Merci bien ! Non, c’est de Karl Marx ! il me semble nous indiquer ce que nous devons faire maintenant. Dévoiler ce qui est caché et non cacher ce qui est dévoilé. Le gros problème de bien des maniaques des conspirations est qu’ils se chargent des mauvaises conspirations.

- Debord dit la même chose je crois...

- Sur la demi-élite ?

- C’est ça !

- Des gens comme nous ! qui ne croient pas ce que disent les médias mais ne vont pas assez loin dans l’explication...

- Dans l’élucidation !

- Dans l’éclaircissement !

- Dans la théorisation ! mais tu vas faire un livre ou une théorie ?

- Je ne sais pas encore.

- Tu vas parler du onze septembre ?

- Parce que si tu parles du onze septembre, tu ne passeras pas à la télé !

- Au fait, tu savais que le passeport de Néo dans Matrix n’est valable que jusqu’au onze septembre 2001 ?

- Ce n’est pas vrai ? c’est un coup des producteurs du film, alors ?

- Arrêtez de blaguer. Finalement, qui est le plus conspiration dans cette histoire ?

- Ben, les gars qui accusent le gouvernement et les sévices secrets, non ?

- Justement non ! ce sont ceux qui accusent des Afghans arriérés, des structures invisibles, des civils inconnus, des pilotes apprentis, et qui là-dessus tricotent des histoires sur des images truquées ou des absences d’images comme dans le cas du Pentagone !

- Qu’est-ce que tu veux dire ? que les maniaques de la conspiration seraient les...

- Journalistes et médias officiels ! les maniaques de la conspiration ne sont pas ceux qu’on croit ! mais c’est génial ! il faut le mettre dans Wikipedia, même si c’est contrôlé par la CIA !

- Réfléchissez, toute société est très branchée sur la conspiration. On nous a fait croire à tous les dieux et toutes les religions, à toutes les royautés et à tous les sacrifices, à toutes les aristocraties et à toutes les oligarchies, et maintenant à toutes les sciences et toutes les expertises ! là on nous fait naviguer dans le chaos du terrorisme, demain du réchauffement climatique, après-demain de la dette et de l’écroulement de l’économie mondiale ! la conspiration est permanente, camarades !

- Il va falloir faire attention parce qu’on va te surveiller, avec ta géniale théorie !

Agitation. Bruits à la porte. On prend peur, on finit par ouvrir. C’était une facture.

- Ce n’était rien du tout ! Pourquoi tu fais cette tête ?

- Je viens de me gourer et d’effacer tous mes textes !

- Ce n’est pas grave. Qu’est-ce qu’il disait Marx ?

« Son art consiste non pas à dévoiler ce qui est caché, mais à cacher ce qui est dévoilé. »

***
La nourriture empoisonnée

Salut tout le monde. Ah j’arrive de dehors, je ne vous dis pas la pollution. On ne peut plus respirer. Qu’est ce que tu lis ?

- Le Canard enchaîné.

- Oh ! c’est toujours la même chose.

- C’est pour ça que je le lis. Je vieillis avec, donc j’ai l’impression de rester jeune.

- Ah, mais même eux ils ont une nouvelle chronique ! Fais voir... c’est sur la malbouffe. Mazette !

- Tu peux le dire ! on mange de plus en plus, on est nourri aux famines animales. Ils disent qu’on a une dizaine de masses à partir desquelles les fabricants font tout. C’est infect. Ca empoisonne...

- Ca coupe l’appétit.

- On nous empoisonne... les grandes multinationales font breveter le vivant et il ne restera rien pour nous.

- Rien de quoi ?

- Rien de bon, je veux dire. Tu bouffes des colorants, du conservant, des additifs, des chimies, de la saccharine, rien de bon. Et quand ils te donnent des conseils comme sur le sucre, c’est encore pire.

- Mais comment imaginer que des gens nous veuillent autant de mal ?

- Le fric, toujours le fric.

- Oui, comment ? moi j’arrête de manger.

- Ami comment tu vas vivre ?

- Pourquoi vivre, si c’est pour mourir empoisonné ?

- Oui, mais il vaut mieux vivre longtemps empoisonné que mourir tôt de faim.

- Exact, comme dit Raimu : je préfère une laide vie à une belle mort.

- Pourquoi une belle mort ? on ne meurt pas bellement dans les atroces souffrances de l’empoisonnement. Leur nourriture donne la maladie de Parkinson, d’Alzheimer, les études l’ont dit.

- Oh, on vit très bien sans manger, tu sais. Je me souviens d’un western où un indien dit qu’il peut rester un mois sans manger.

- Il ne mangeait pas de racines ?

- Ni racines ni corneilles.

- Oui, mais un mois ce n’est pas long. Si on veut vivre plus longtemps...

- Alors il faut cultiver son jardin.

- C’est vrai quoi à la fin, on dit la faute à Voltaire mais c’est lui qui a toujours raison. Il faut cultiver son jardin.

- Mais lequel ?

- Ben le sien, pas celui de Voltaire...

- Ca je sais, mais où, quelqu’un en a un ?

- Personne ? on regarde les annonces alors...

On fixe l’écran avec attention.

- Ne cherche pas loin du RER, plutôt vers l’ouest, c’est plus arrosé.

- C’est plus cher aussi.

- Arrête de râler, cherche encore.

- 80 mètres carrés, à dix minutes de Paris, 280 000 euros...

- Il va en falloir cultiver des tomates, dis donc. Et si en plus il faut acheter de l’or et des armes parce que tout s’écroule...

- Et l’eau, vous avez pensé à l’eau ? tu fais confiance aux pluies acides, toi ? et aux vents qui viennent d’Angleterre ? Et puis l’eau du robinet, elle est fluorescée, l’eau.

- C’est du pipeau, c’est du Folamour.

- Pas du tout, car c’est la pure vérité...

- C’est pour ça que l’on n’a plus de spermatozoïdes.

- Ah, c’est pour ça ? Yahoo dit que c’est à cause des jeans.

- Mais non, c’est à cause du contrôle des naissances.

- Silence, on en reparlera. On mettra de l’eau minérale.

- Je calcule... Vu ce qu’on consomme en verdures et crudités, 60 euros par mois, il nous faudra 380 ans pour rentabiliser l’investissement. Et je ne vous dis pas les frais de flotte, d’électricité ou bien d’engrais.

- Oui, et puis les engrais il faudra que ce soit un peu naturel.

- On achètera un poney et une chèvre.

- Sur 80 mètres carrés ?

- Ca en bouche un coin, hein ?

- Qu’est-ce qu’on fait, alors ?

- Ben on attend. Et on meurt.

- Quelqu’un va faire les courses ?

- Oui, allez, on va faire les courses bios. Avec tout ce qu’on a économisé sur l’eau et les terrains, sur l’or qui s’écroule et les armes qui ne marchent pas, on n’a qu’à aller au restau bio d’à côté.

Ils sortent. Le dernier resté :

- Tout ceci est fort bien dit, mais il vaut mieux vivre longtemps empoisonné que mourir tôt de faim.

***
Le réchauffement climatique

- Tu as vu le temps qu’on a ?

- Il n’arrête pas de pleuvoir !

- Et d’un froid ! et d’un froid !

- Et ils nous parlent du réchauffement climatique ! tu parles d’une tuile ! plus ils en parlent plus il fait froid !

- Tiens, regarde ce qu’ils disent sur la conspiration climatique !

On regarde.

- Et bien ce n’est pas drôle !

- On truque les statistiques.

- On ne consulte pas les bons experts.

- On tue les bons experts.

- Tu as vu ce livre où ils disent que tous les experts se trompent, surtout les experts en vins d’ailleurs ? On en a mis cinquante pour comparer deux vins, un rouge et un blanc, et il s’est avéré que les deux vins étaient rouges !

- Ca alors !

- Et pendant ce temps nos experts rouges de honte donnaient des qualités euphoriques et oenologiques à leur vin blanc !

- Quels acteurs, ces experts. C’étaient peut-être des acteurs, d’ailleurs !

- C’est en médecine et en économie que les experts se gourent le plus.

- Et le moins ?

- Revenons-en au réchauffement climatique. Si nous comprenons bien...

- Plus il fait chaud plus il fait froid.

- C’est comme dans le film d’Emmerich alors ?

- Oui, et ce n’est pas une très bonne nouvelle !

- Pas de banquise, pas de courants chauds, et une bonne saison bien pourrie sur Paris !

- Temps mitigé...

- Ou très perturbé !

- Quatorze degrés le week-end de juillet...

- Attendre le mois d’août qui promet d’être prometteur ! il faut remplir les chambres d’hôtel du Cotentin !

- C’est comme le marché de l’immobilier ! chaque effondrement est une petite secousse du marché...

- Qui promet de repartir sur de meilleures bases !

- Il n’est pas temps de vendre...

- Mais il est toujours temps d’acheter !

- Et c’est comme ça qu’on se retrouve à quatre...

- Pour payer mille euros un vingt-huit mètres carrés !

- On m’avait dit de faire HEC !

- Et moi d’acheter du Google !

- Bon, où en est-on de la conspiration climatique ?

Elle arrive en mini tenue pour se préparer pour une soirée. Elle est avec une copine et vont essayer des tenues dans le petit appartement. On peut l’ausculter.

- Vous m’excusez, je me prépare pour une petite soirée...

- Fais comme chez toi.

- Vous vous occupez de quoi, là ?

- Du réchauffement climatique.

- Oh, c’est vrai, j’ai vachement chaud ces jours-ci... Je vais m’habiller léger pour cette nuit.

- Je lui ai dit de faire comme chez elle, mais pas trop comme chez elle.

- Ils disent que c’est pour conditionner les gens...

- Pour nous préparer au nouvel ordre mondial.

- Pour nous faire rendre gorge.

Le coup du soutien-gorge.

- Ils vont augmenter les impôts ?

- Et les règlements !

- Mais je ne comprends pas, pourquoi veulent-ils détruire le nucléaire un peu partout ?

- Comme ça ils nous obligent à acheter le gaz du Qatar, de Poutine.

- Des russes, c’est un coup des russes !

- Et le pétrole texan !

- Et les schistes bitumineux, c’est du sérieux ?

Elles se passent un peu de crème.

- La crise de l’énergie est complètement fabriquée.

- Et le réchauffement climatique...

- En vérité il existe.

- On a fini, merci les gars, à bientôt.

Elles sortent. Un se lève pour ouvrir la fenêtre.

- C’est le cas de le dire, c’est une perturbation qui vient de sortir...

- Après être entrée.

- Et de deux pour le prix d’une !

- Bon alors, qu’est ce qu’on conclut sur la transpiration ?

- Tout est affaire de sensation... et de bonne impression !

- Le chien transpire, la caravane passe.

***
Départ pour l’Amazonie

Ils disent que tout est foutu.

- Il n’y a plus d’abeilles en Amérique. Leur population a baissé de 40 % l’an dernier.

- Le climat est dérangé. Il n’y a plus de banquise...

- Mais il n’y a plus non plus du Gulf Stream.

- C’est quoi ça le Gulf Stream ?

- On t’expliquera. Cela permettait de faire des économies d’énergie en hiver. Un courant de mer chaud si tu préfères.

- La cape d’ozone est compromise à cause des vaches.

- C’est un roman de cape et d’épée.

- La forêt amazonienne recule de 30 000 km par an.

- De trente mille kilomètres carrés !

- Pourquoi tarés ?

- Nous n’avons plus de spermatozoïdes dans le pantalon.

- La dette des Etats atteint des niveaux de guerre, a dit Lagarde.

- C’est quoi Lagarde ?

- La patronne du FMI ?

- Et le FMI c’est...

- Et pourtant on n’a jamais aussi peu fait la guerre, on n’a même plus d’armées !

- La guerre du nouvel ordre mondial est invisible.

Silence.

- Un ange passe...

- Qu’on le...

- Ca va, ça va...

- Tout va très mal puisque la situation est désespérée mais jugée pas grave puisque tout le monde se fout de tout.

- Je ne crois pas. Bill Gates fait une réserve des ADN en Norvège, au Spitzberg je crois.

- Cela veut dire qu’ils vont nous liquider et partir avec des vaisseaux spatiaux !

- Puisqu’on te dit qu’il n’y a pas eu de conquête spatiale !

- Il faut foutre le camp. On est condamnés à rester sur terre de toute manière.

- Très bien, mais où aller ?

- C’est toi qui as dit que la forêt amazonienne reculait de 30 000 km2 par an ?

- Oui...

- C’est là qu’il faut aller ?

- Pourquoi, parce qu’elle disparaît ?

- Non, parce qu’elle va disparaître ! et puis réfléchissez, il faut choisir un endroit sans chauffage, avec de la nourriture et de l’eau à foison, un endroit où l’on puisse circuler en pirogue, où on ne soit pas écrasé et pollué par les maisons.

- Oui, et en plus il y a plein de millions d’espèces d’insectes à découvrir encore ! Dans l’état d’Acre il y a moins d’un habitant tous les dix kilomètres carrés !

- C’est quoi les tas d’acre ?

- C’est un Etat au Brésil qui s’appelle Acre.

- D’accord.

- Le Brésil est une république fédérative constituée de...

- Ca va, ça va, j’ai compris.

- On pourrait constituer notre communauté là-bas et repartir à zéro.

- Cela fait toujours du bien de repartir à zéro.

- Je lisais ce matin dans un livre de développement personnel...

- On ronfle.

- Il disait que l’animal le moins stressé du monde c’est le paresseux...

- Et il vit en Amazonie !

- C’est décidé, on part. J’irai à l’ambassade.

- Moi dans les agences.

- Moi je vais voir sur Internet. Où est-ce qu’on va déjà, en Amazonie ?

Autre moment. Téléphone.

- Quoi, tu dis qu’ils ne donnent pas de visa comme ça ? On peut s’arranger, on y va pour tourisme et puis on disparaîtra. Mais non, andouille, ne leur dis pas qu’on y va pour disparaître, mais qu’on y va pour faire du birdwatching.

- ...

- Pour filmer les oiseaux ! tu as fait le budget alors.

- Il faut aller à Manaus ou à Rio puis Manaus. C’est des vols de nuit. Ensuite il faut des bateaux, ensuite ils disent que pour trouver un Lodge c’est dans les 400 euros la nuit.

- C’est si cher que cela ?

- Tu peux rester en ville pour vingt euros, mais c’est la favela et puis les eaux usées.

- Je vois... c’était la prédiction de l’Isle-Adam.

- Il a dit quoi ?

- Que l’eau, l’air, la nature, tout quoi, serait hors de portée des pauvres...

- Mais nous on va vivre comme des sauvages !

- Comme des araignées dans le grand enfer vert ! il parait qu’un guide une fois a abandonné ses clients, ils sont tous morts en trois jours !

- Il en reste des sauvages là-bas ? ils sont tous en T-shirt les Indiens, sauf ceux qui dansent pour les touristes. Eux ils dansent en tenue folklo. Mais c’est les seuls.

- Oh, regardez sur Youtube ils montrent un énorme incendie. Il brûle tout autour de Sao Luis. La taille de la Belgique ! En un jour ! Mais on ne sait pas qui l’a allumé !

- Bon...

- Et si on allait dans les Vosges ? Mon oncle a une baraque dans les Vosges.

Téléphone. Elle, elle revient guillerette.

- Qu’est-ce que tu dis ? Que pour filmer des oiseaux il faut une autorisation et des visas spéciaux ? O, madre de Dios !

- Moi j’ai dit à ma mère qu’on partait en Mazonie, et elle est super-contente !

- C’est quoi la Mazonie ?

- Le pays où l’on n’arrive jamais.

***
Se déconnecter de l’actualité

Encore au téléphone (skype) :

- Oui, maman, bien maman... Quoi, il y a eu un raz-de-marée en Indonésie. Combien, 300 000 morts. Dis-donc, ça en fait du monde, heureusement qu’ils ont l’habitude... Pourquoi tu t’énerves, qu’est-ce que j’ai dit encore ? Ah, entre 300 et mille morts ! Oui, ça va mieux, c’est moins de gens... Pourquoi pas entre 250 et 800 ou entre 384 et 4599 ? Non, j’ai rien dit maman... Quoi, un type a tiré sur des gens dans un centre commercial à Wichita ? Oh, écoute, on m’appelle, je te rappelle...

- Elle est stressante, hein ?

- J’en peux plus, elle m’emmerde chaque fois avec les dernières horreurs de la télé. Et comme c’est en boucle maintenant, elle dort plus et elle compte les morts.

- Je sais, c’est pareil sur le télétexte. Cela commence toujours par un mort ici, dix morts là, ou cent mille morts là-bas.

- Oui, plus il y en a, plus c’est là-bas. Chaque fois que je l’appelle, elle me gonfle avec. Rien sur moi, rien sur le pognon, rien sur ce qu’elle fait rien. Rien. Rien que les morts.

- Il faut déconnecter.

- T’as une solution ? Il aurait fallu vivre avant la télé, les câblés, Internet et tout le reste.

- Même pas. Regarde ce que je suis en train de lire.

- C’est quoi. Du... Thoreau ? C’est quoi ?

- Un philosophe transcendantaliste américain qui avait rompu avec son pays à cause de l’esclavage.

- Ben dis donc, il avait pris le taureau par les cornes. Et qu’est ce qu’il raconte que l’actualité ?

- La même chose.

« A peine un homme fait-il un somme d’une demi-heure après dîner, qu’en s’éveillant il dresse la tête et demande : "Quelles nouvelles ?" comme si le reste de l’humanité s’était tenu en faction près de lui. Il en est qui donnent l’ordre de les réveiller toutes les demi-heures, certes sans autre but ; sur quoi en guise de paiement ils racontent ce qu’ils ont rêvé. Après une nuit de sommeil les nouvelles sont aussi indispensables que le premier déjeuner. "Dites-moi, je vous prie, n’importe ce qui a pu arriver de nouveau à quelqu’un, n’importe où sur ce globe ?" »

- Ce n’est pas croyable ! Et c’était en quelle année ?

- Ben dans les années 30, quand il a publié "Walden".

- Ah, pendant la crise alors...

- Mais non, en 1830. c’était il y a deux cents ans et déjà les gens se saoulaient de news comme on dit à la télé. Ecoute encore...

« Certains manifestent un tel appétit pour les nouvelles qu’ils sont en mesure de rester éternellement assis sans bouger, à la laisser mijoter et susurrer à travers eux comme les vents Etésiens, ou comme s’ils inhalaient de l’éther, lequel ne produit que torpeur et insensibilité à la souffrance... »

- Quel génie... Qu’est-ce qu’il faut faire ?

- Il faut déconnecter. Il ne faut plus surfer, il faut ignorer la matrice, il faut retrouver le cosmos et l’équilibre interne, oublier les impressions éthériques du magma médiatique. On laisse tomber la noosphère. C’est le père de Chardin qui ne sera pas content mais on l’emmerde.

- Bon, on coupe tout alors ? pas de télé, pas de radio, pas d’Internet.

- Oui.

Un temps passe.

- Dis-donc...

- Oui...

- Il a duré combien de temps comme ça ton taureau zélé ?

- Un an je crois.

- Un an, c’est tout, comme le fils Tesson en Sibérie ?

- Lui c’était six mois. Après il fait trois plombes à la télé.

- Et nous ça fait trois heures...

Un temps passe.

- Je n’ai pas lu mon courrier depuis trois heures. T’as vu, ils avaient prévu une météo différente. Je reverrai bien ma page météo. Mais tu m’as dit qu’il était contre l’esclavage ?

- Oui ?

- Donc cela veut dire qu’il savait ce qui se passait et qu’il était contre ? Cela veut dire qu’il lisait les journaux aussi, puisqu’il écrivait contre eux ?

- Oui, mais...

- Donc cela veut dire qu’il y a un temps pour tout.

Téléphone.

- Ah, maman, ça va ? Quoi, il y a eu un orage de grêle en Alaska ? Pas trop de casse j’espère ? Ah, Obama va faire une déclaration ? attends je vais mettre CNN...

- Et voilà, le jeûne est terminé.

- Le quoi ? N’empêche, il était vraiment bien ton Thoreau. S’il n’y avait pas eu de types comme lui qui s’intéressent à l’actualité, on n’aurait jamais eu d’Obama président...

***
Le kit kid

T’as vu, ils disent que les Allemand font de moins en moins d’enfants.

- Je savais merci, ce n’est pas nouveau, ils sont moins qu’il y a un siècle.

- Oui, mais c’est dans les Inrocks cette fois, et ils ajoutent que c’est parce qu’ils ne savent pas draguer. Ils s’y prennent mal avec les filles.

- Ils leur parlent trop d’oeil de guerre ?

- Oh, toi et tes chefs indiens ! non, les Allemands sont trop sérieux, trop complexés, ils ne branchent pas. La France est plus libertine, on sait parler aux femmes, nous, et crac ! Les maternités bourrées !

- Il faut leur donner des cours !

- Oui, cela nous ferait du boulot. Ils sont trop coincés les teutons ! On leur envoie une petit pro de la drague et ils apprendront à bien se tenir avec les dames.

- Bien se tenir avec les dames c’est une chose (encore qu’il ne faille pas exagérer), mais remplir la maternité c’en est une autre !

- N’empêche, avec tout le chômage qu’on a ici, on pourrait essayer de donner des cours particuliers là-bas ! Et les sessions seraient remboursées par la Sécu !

- J’ai essayé aussi avec les Allemandes, et ce n’est jamais très simple. Elles non plus n’ont pas le sens de l’humour.

- Regardez, regardez, moi j’ai la solution !

- Qu’est-ce que tu lis ?

- Un site génial. C’est sur les Google babies. Cela s’appelle la production des bébés. Je vous lis :

« La grossesse se fait en Inde (c’est moins cher).
- Le matériau génétique est sélectionné par les clients via une interface web.
- Le sperme et les ovules s’achètent en ligne.
- Les embryons fabriqués sont congelés et expédiés par avion en Inde.
- Ils seront implantés dans l’utérus de mères porteuses locales (Inde).
- Les clients se présentent à la fin des 9 mois de grossesse pour récupérer leur bébé.
- Il suffit d’une carte de crédit pour acheter bébé.
 »

- C’est incroyable ! Quelle époque épique !

- Il n’y a plus de morale ! Et si le bébé ne convient pas ? On pourra le renvoyer ?

- Moi je lis Debord : il n’existe plus rien, dans la culture et dans la nature, qui n’ait été transformé, et pollué, selon les moyens et les intérêts de l’industrie moderne. La génétique même est devenue pleinement accessible aux forces dominantes de la société. C’était en 88.

- Je continue de lire :

« Doron Marmet a créé une nouvelle solution dans un marché prospère qui aspire à des produits occidentaux génériques aux prix abordables du marché asiatique. Son agence fournit des services de production de bébés en connectant clients, donneurs, mères porteuses et cliniques à travers le monde. Les cliniques sont en Inde. On loue les mères porteuses qui sans cela crèvent de faim ou ne peuvent élever leur enfants, et le tour est joué ! »

- Il y a un aspect moral, non ?

- Absolument plus. La science va bien trop vite pour les experts de la bioéthique ! Et Internet aussi, c’est pourquoi on les appelle les Google babies. Je cite le réalisateur :

« Certes les questions d’éthique soulevées par cette nouvelle industrie sont longues. Par exemple nous n’avons pas mis dans le film l’histoire de la petite Manjhi dont les "acheteurs" japonais avaient divorcés avant sa naissance. Après une longue bataille juridique, les grands parents japonais l’ont finalement adoptée 3 mois après sa naissance. »

- On peut choisir la race ?

- Oh, tu fais chier.

- Simple question...

- Certainement, puisque tu commandes ce que tu veux par Internet. C’est comme pour un chiot, un DVD ou une chambre d’hôtel.

- Bon, revenons à nos moutons. Tu ne veux tout de même pas en vendre dix millions comme ça aux Allemands ?

- Oui, et puis cela ne nous donne pas de travail. Je veux louer mon talent, pas nos ventres.

- On verra, dans l’article ils disent encore que les ventres cela se loue aussi aux States, à Harvard.

- Quand tu penses qu’en Suède on avait proposé d’interdire aux hommes de sortir la nuit... un couvre-feu sexuel pour se prévenir le viol !

- Oui, commander un kit kid cela paraît moins dangereux. Bon, et si on commandait une pizza ?

- Tu le voudrais de quelle couleur le bébé ?

- Rouge, blanc et vert ! Cela me rappellera l’Italie !

***
On n’a pas marché sur la lune

Tu te rends compte ?

- De quoi ? Je me rends compte de quoi ?

- Mais tais-toi, laisse-moi m’exprimer...

- Ah ! si tu le prends sur ce ton...

- Je lisais une interview de De Palma l’autre jour.

- Moi aussi, j’en lis des interviews.

- Oui, mais lui il disait que l’on avait le nez plongé dans les cours de Yahoo au lieu de fixer les étoiles.

- Tu as déjà fixé toi, les étoiles ?

- Moi ? Jamais... à part la place de l’Etoile...

- Et toi ?

- Je ne sais pas comment la grande ourse fait pour reconnaître ses petits !

- Mais il n’y en a qu’une, la petite ! Et puis zut ! laissez-moi parler. Je voulais dire simplement... Bien ça quoi... On est nuls...

- Nuls de quoi ? Qu’est-ce qu’on a fait ?

- Ou plutôt qu’est-ce qu’on n’a pas fait ?

- On n’a plus été sur la lune. On ne voyage plus dans l’espace. On ne conquiert pas les planètes. C’est tout.

- Et alors ? on n’est plus dans un film de science-fiction, c’est tout.

- On reste planté devant son poste de télé ou ses cours de la bourse ou son émission de télé ou son écran de portable et on ne fout plus rien. Voilà. Alors qu’il y a quarante ou cinquante ans on était dans l’espace, on conquérait le cosmos, on faisait un pas de géant pour l’humanité, on...

- C’est faux.

- On décollait de cap Canaveral, on allait sur la lune, on...

- C’est faux je te dis. Tu te fais du mal pour rien. On n’a jamais été dans l’espace et la meilleure preuve c’est qu’on n’y retourne pas avec toute la technologie qu’on a. C’est bien la preuve !

- Qu’est-ce que tu racontes, qu’on n’est pas allé dans l’espace et qu’on aurait monté tout ce tintouin pour rien ? Mais pourquoi ?

- Pour t’occuper, tiens ! Pour t’épater, pour te faire rêver, pour te faire fantasmer, pour te bourrer le mout ! Grâce à la pseudo-conquête de l’espace, on a conditionné l’être humain, c’est très bien expliqué par un gars qui dit que le contrôle mental a fait des pas de géant depuis le soi-disant alunissage !

- Mais t’es dingue ! T’es complètement parano ! Il faut t’interner !

- Pas du tout. Personne ne peut expliquer techniquement les alunissages. On s’interne tout seul dans nos bulles et nos cellules et nos studios à trois mille euros comme les Japonais, c’est cela la vie de cosmonaute, un bébé de plastique suspendu dans l’espace et qu’on s’occupe avec des connexions et de la communisation !

- Et qui doit même apprendre à refaire pipi !

- J’allais le dire !

- Des preuves, donne-moi des preuves.

- C’est à eux d’en donner. Dans X-Files ils te gonflent avec les extra-terrestres et les cigarettes, jamais avec l’alunissage. Cherchez l’impair. Il y a même un gars de la Nasa qui a écrit un livre sur ça, preuve qu’ils se sentent un peu morveux, non mais. Ils servent à quoi la Nasa, à part bosser avec Hollywood, comme tout le monde aux USA...

- Mmmmh... je ne vous crois pas.

- Ecoute, il y a même eu un film sur la grosse manipulation. Il est passé sur Arte.

- Il est passé sur Arte ?

- Oui, et il explique que Kubrick était dans la combien dans 2001. C’est lui et son équipe qui ont filmé l’alunissage.

- Mais comment ? Pourquoi ?

- Mais débarque un peu. Il était parti en Angleterre. Ils le tenaient pour des raisons psychotiques et politiques, son frère Raoul était communiste déjà, le FBI le faisait chanter, son copain qui avait écrit docteur Folamour s’était suicidé, il avait peur, et il a filmé tout ça.

- Et c’est passé sur Arte ?

- Oui.

- Et ils ont rien dit les gens ?

- Ben non. Débarque. Pourquoi ils diraient quelque chose ? Ils s’en foutent, ce n’est pas comme le prix de l’essence tout de même.

- C’est vrai.

- Ah, tu vois.

- C’est beaucoup moins important même. Mais qu’est-ce que je dois dire à ma mère alors ?

- Pourquoi ?

- Je dois manger chez elle demain soir. Elle me parle tout le temps de l’alunissage et Neil Armstrong. Qu’est-ce que je vais dire à ma mère ? Parce que je vais lui en parler, je ne pourrai pas m’en empêcher !

- Tu n’as qu’à lui dire que sur Internet plein de conspirateurs pensent que Neil Armstrong tournait un film à Londres avec Nixon dans la cabine d’à côté !

- Qu’est-ce que je vais dire à ma mère !

Il sort. L’autre parle avec l’homme invisible.

- Pourquoi tu as été dur comme ça avec lui ? Tu le sais très bien que le film de Karel était un faux pour épater la galerie.

- Oui, mais c’était un faux plus vrai que le vrai. Tu ne savais pas que l’on peut prêcher le vrai pour savoir le faux ?

- Oh, toi alors ! Et Martha, tu te rends compte qu’on n’a pas marché sur la lune !

- Et alors ? Je fais des pâtes.

***
La fin de Kubrick

On va au cinoche ?

- Tu veux voir quoi ?

- Cette semaine il n’y a rien. Je voudrai donc revoir un film. Au cinéma.

- Quoi, par exemple ?

Prometheus, de Ridley Scott. Il est sorti juste avant la mort de son frère.

- Quel frère ?

- Le frère de Ridley Scott. Celui qui s’est jeté du pont à Los Angeles. Il est mort comme Sean Connery dans l’Homme qui voulut être roi. C’est une mort de pontife.

- Dans l’homme qui voulut être quoi ?

Prometheus, c’est un film sur les extra-terrestres, non ?

- Non, c’est un film sur les nephilim sur les mutants qui contrôlent la terre depuis le commencement. C’est la théorie des Illuminati.

- C’est quoi cette dope ?

- Ce n’est pas une dope, idiote ! C’est les néphilim de la Bible et du livre d’Enoch. C’est les grands initiés. Ca y est même dans la Genèse.

- Je l’ai là la Genèse. Silence dans La salle. L’écriture feinte arrive.

- L’écriture feinte ?

« Les fils de Dieu virent les filles des hommes, qu’elles étaient belles, et ils se prirent des femmes d’entre toutes celles qu’ils choisirent... Les géants étaient sur la terre en ces jours-là, et aussi après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes et qu’elles leur eurent donné des enfants : ceux-ci furent les vaillants hommes de jadis, des hommes de renom. »

- C’est génial ! ils ont eu les plus belles filles comme ça !

- Il faut que genèse se passe !

- C’est les Illuminati !

- A propos d’Illuminati, je voudrais bien revoir Eyes Wide Shut... le dernier Kubrick.

- Oh, c’est vieux.

- C’est quand même moins vieux que le Cuirassé Potemkine !

- Mais c’est quoi le lien, je veux dire le lien entre Kubrick et les Illuminati ?

- Ben, il est partout, voyons. Orange mécanique avec la programmation mentale, l’oeil qui voit tout, la couleur orange, la musique au synthé, les viols, la violence, tout le saint-frusquin. Dans Shining aussi, grande métaphore sur les maux américains, le racisme, la haine des blacks, le génocide indien, le sexe omniprésent, les esclaves sexuels, le viol des enfants...

- Quoi, quoi, quoi ?

- Et Docteur Folamour aussi, avec le nazisme, les élites folles, la programmation survivaliste, la fin du monde...

- Ah, et la secrétaire nymphomane, je me souviens. Une autre Lolita !

- C’est ça !

- Et Lolita, c’est un sexe objet, Quilty un maître programmeur...

- C’est ça !

- Et Spartacus, c’est le nom du premier Illuminati, Weishaupt, celui qui a fait les Illuminés de Bavière !

- C’est ça !

- Attends, attends, attends... Tout ça c’est dans Kubrick ?

- Exactement, son oeuvre est une réflexion sur les agissements des Illuminati à notre époque. Comme Lara Croft et comme Lady Gaga. Mais en plus sérieux, bien sûr.

- Et Barry Lyndon ?

- C’est pareil. Le film se termine en 1789 d’ailleurs. C’est une métaphore eschatologique sur l’avènement de nouveaux temps, les temps postféodaux.

- Oh ?

- Et alors tu veux aller voir les Illuminati ?

- Pas les Illuminati, le film sur les Illuminati ! Eyes wide shut.

- La soirée partouze ! les masques vénitiens !

- Voilà !

- Le décor de l’Alhambra ! Les sociétés secrètes !

- Voilà ! attendez, je vérifie un truc...

Il se jette sur l’ordinateur.

- Vous voyez, il est mort en 1999...

- 666 à l’envers !

- Je ne te le fais pas dire. Et vous savez combien de jours avant 2001 ?

2001, l’odyssée de l’espace !

- Merci. Vous savez combien de jours avant 2001 justement ?

- ...

- 666 !

- 666 ! Le nombre de la Bête !

- 666 ! Le code-barres IBM !

- Et alors le film parle de quoi ?

- Des choses des Illuminati. C’est pourquoi il est mort.

- Il est mort dans le film d’ailleurs. On voit son sosie.

- Mais le titre ?

- C’est dans Isaïe, écoutez :

« Qui est aveugle, si ce n’est mon serviteur, et sourd, comme mon messager que j’ai envoyé ? Qui est aveugle comme celui en qui je me confie, et aveugle comme le serviteur de l’Eternel, pour voir bien des choses et ne pas y faire attention ? »

- Et puis...

- Chut ! Ecoutez le prophète !

« 10 Nous tâtonnons après le mur comme des aveugles, et nous tâtonnons comme si nous n’avions pas d’yeux ; nous avons trébuché en plein midi, comme dans le crépuscule ; au milieu de ceux qui se portent bien nous sommes comme des morts. »

- C’est beau...

- En tout cas la séance est à six heures et le prix est de six euros. En plus c’est la ligne 6. Cela fait trop de six pour moi !

« Au milieu de ceux qui se portent bien nous sommes comme des morts. »

***
Marilyn Monroe et le contrôle mental

Salut.

- Salut.

- Hello.

- De quoi on parle ce soir ?

- Comme à la télé. De Marilyn Monroe !

- Encore !

- Qu’est-ce qu’ils vont dire ?

- D’après toi ?

- Qu’elle est morte dans un accident de voiture avec le président Kennedy ? Qu’il conduisait trop vite ?

- Ou qu’il se conduisait mal ? Comme dans les couloirs des hôtels quand il était bourré d’amphétamines ?

- Très drôle ! Vous avez vu qu’une étude vient de ternir sa prestigieuse jeunesse. Il aurait éprouvé une certaine faiblesse pour un certain dictateur allemand...

- Entre ça et ses rapports obscurs avec l’histrionne, Oswald remonte un peu dans notre estime ! En voilà un au moins qui a été assassiné pour quelque chose !

- On ne va pas se disputer pour Kennedy. J’ai eu un copain qui disait qu’il avait été tué par la mafia, par les Russes, par Castro, par les fous, par les Illuminati, par le lobby militaro-industriel, par les partisans de la guerre du Vietnam, par la Fed, et même par des gens qui voulaient nous écoeurer de vivre à cette époque !

- Par la Fed ?

- C’était pour continuer d’imprimer les billets. C’est la Fed qui a fait baisser l’or actuellement et maintient les cours de la bourse US à des niveaux stratosphériques.

- Mais justement ce n’est pas une conspiration intéressante.

- Comment ?

- Quoi ? L’assassinat de Kennedy pas intéressant ?

- Une conspiration qui fait couler beaucoup d’encre n’est pas forcément une conspiration intéressante. Elle peut aussi être un rideau de fumée qui va captiver l’attention de tous les crétins de service...

- Merci pour les crétins de service !

- Comprenez-moi bien, l’important ce n’est pas l’existence de Dieu...

- Ah bon ? Et quel rapport ?

- C’est l’existence du Diable !

- ???

- Et là c’est la même chose. La mort de Kennedy, c’est la question sur l’existence de Dieu. Mais la vie de Marilyn, c’est la question de l’existence du diable.

- Brrr...

- Et tu peux prouver tes propos hallucinogènes ?

- Notre ami le citoyen vigilant vient de faire une révélation : elle n’a pas eu de fausses couches comme on l’a longtemps cru, mais des enfants ! Et on lui en enleva deux, figurez-vous, chères brebis égarées par l’assassinat Kennedy. Deux bébés lui furent enlevés tandis qu’elle était semi-consciente, deux bébés enlevés à cette âme par deux mages noirs des plus confondants, des mages noirs de la psychè et des tréteaux.

- Qu’est-ce qu’il raconte bien !

- Je crois qu’il est sérieux, le pauvre !

- Mais alors, c’est comme dans Rosemary’s baby ?

- Exactement. Sauf qu’on lui en enlève deux, pas un de moins.

- Tu étais là ? Tu as des témoins ? Ils ont filmé la scène ?

- Très drôle ! On n’a pas filmé la naissance de Dieu ni la chute du Pentagone. Bien sûr que j’ai des preuves. Pensez de toute manière à ce qui lui est arrivé après. On l’a retrouvée morte, dans une maison marquée en latin Cursum perficio, j’ai terminé le cours de mes jours. Ensuite on retrouve morte Jeanne Mansfield, autre blonde platine, autre copine du président et du gourou satanique LaVey.

- Mais pourquoi tout cela ?

- Le diamant meilleur ami de la femme. La dérégulation de nos sociétés démocratiques autoritaires, comme disait l’autre. La bombe sexuelle... Le contrôle mental absolu sur les Sex Kitten, les félines des médias et du show business d’aujourd’hui. Le triomphe total de la société de consommation, de consumation et puis de soumission. Et dans les années 70, nouvelle douche froide avec l’Exorciste. On remballe le tout et on fait peur aux foules. Crise du pétrole. Le début du film se passe en Irak ; c’est là que l’on déterre le diable, dernière divinité authentique de notre vilain monde !

- Bon... On s’en va. On te laisse avec tes histoires noires.

Ils partent. Il est seul avec l’homme invisible.

- Tu es là, homme invisible ? J’ai été mauvais ! Ils ne m’ont pas cru !

- Non, toi ils t’ont cru ! C’est en moi qu’ils ne croient plus.

- Je remettrai une couche sur Kennedy, mais en étant plus positif sur lui.

- D’accord, mais n’oublie pas : les belles histoires n’ont plus la vie dure. Je le tenais aussi sous mon contrôle.

La fille revient très souriante avec une copine un peu bombe comme elle.

- Dis-moi, tu pourrais...

- Oui...

- Tu pourrais mieux nous expliquer le coup du contrôle mental ?

***
Le programme de Google

Tu as vu ?

- Quoi ? qu’est-ce qu’il faut voir ?

Google veut fabriquer un logiciel qui va dénoncer les gens qui font des réflexions politiquement incorrectes ! On les préviendra gentiment avant de...

- Tu as des éléments ? Cela sonne un peu imprécis, comme prose. Google veut envoyer sa clientèle en prison ?

- C’est possible après tout. Ils peuvent dénoncer les racistes mais aussi les islamistes mais aussi les as du conspirationnisme mais aussi les anarchistes et de fil en aiguille un peu tout le monde. C’est ce que disait Hergé en sortant de prison...

- Hergé a été en prison ?

- Oui, à la fin de la Guerre. Il était un peu tricard comme beaucoup et on le coffra.

- Hergé en prison !

- Milou aboie, la caravane passe !

- Et il déclara - c’est cité dans la bio d’Assouline - qu’à ce train on pourra coffrer tout le monde ; chaque petite phrase qui dépasse du camp de déconcentration où nous vivons sera dûment et nûment sanctionnée...

- Pourquoi t’es parano ?

Only paranoids survive !

- Et bien c’est très bien ! On enverra un milliard de gens en prison et cela résoudra le problème du chômage !

- On pourra consulter Google en prison ?

- Ne fais pas ton cynique comme d’habitude ! Ce sera plus subtil, plus digne de Big Brother !

- Que veux-tu dire ?

- Bien que dans la panique ou disons la peur de mal faire ou de mal dire qui est la même dans le monde post ou néo-orwellien où nous vivons, nous règlerons notre conduite, comme dirait le chinois Lao Tse, et que...

- Confucius, c’est Confucius.

- Et que donc nous ferons attention à ce que nous dirons.

- Tu veux dire que c’est un Panopticon.

- C’est quoi le Panopticon ?

- Un truc du philosophe british Bentham. Une prison ronde où tout le monde s’observe et donc règle sa conduite, comme il dit. C’est le fondement des sociétés de surveillance. On inhibe. Bentham c’est aussi un preux défenseur de la pédophilie et de l’usure. Un néolibéral en quelque sorte.

- Toi, tu n’as pas lu ça dans Wikipedia...

- Il était pour Thatcher ?

- Il vivait au début du dix-neuvième siècle comme tous les vrais penseurs d’aujourd’hui.

- Bon, reprenons, si Google nous dénonce.

- Tu as quelque chose à te reprocher ?

- Des mauvaises pensées ?

- Non, mais...

- Des mauvaises menées ?

- Non, mais...

- On conspire contre le gouvernement ?

- Non, mais...

Un silence, puis :

- Bon, ben puisque c’est comme ça, j’arrête.

- Tu arrêtes quoi ?

- Ben, de surfer... J’arrête Google, quoi.

- Et tu feras quoi à la place ?

- Je consulterai un autre moteur de recherche.

- Mais ils appartiennent tous à Google. Rien n’échappe à l’oeil vigilant.

- Ben, je discuterai... avec vous, avec les autres.

- Et si on dit à la police que tu as arrêté de surfer sur Google car tu avais peur qu’ils t’envoient en prison...

- Juste parce que tu avais quelque chose de très, très gros à te reprocher ! et que comme dans le doute il ne faut pas s’abstenir, il vaudrait mieux te faire coffrer.

- Vous me faites râler !

- Pas du tout.

- Alors ça, vraiment pas. D’ailleurs quand tu parles de l’actu, je te trouve un peu révolté, un peu rebelle, un peu... subversif !

- Mais vous êtes des dingues ! Salauds, je m’en vais !

Il sort.

- On y a peut-être été un peu fort.

- Non, je ne trouve pas. Il n’y a pas de raison de ne pas dénoncer ses copains, s’ils agissent mal et ont un comportement antisocial. Il n’y aura plus de liberté pour les ennemis de la liberté, mais plus de liberté non plus pour les défenseurs de la liberté tant qu’il y aura des ennemis de la liberté, c’est-à-dire de terroristes.

- Mais qui a dit ça ? Entièrement d’accord avec toi sinon : on est suffisamment pauvres pour se passer des libertés. Mais lui faisait un scénario : il ne pense pas à mal, sur presque aucun sujet. C’est un brave garçon, il ne conspire pas, il n’est pas politiquement incorrect, ou dans le bon sens du terme...

- C’est justement ce que je lui reproche...

- Quoi ? Quoi ? mais alors tu es un... quelle horreur !

Elle sort.

- Je ne sais pas ce qu’ils ont tous aujourd’hui. Ca rend parano, Google ! (il se remet à lire Thoreau). Oui, homme invisible ?

- Tu deviens un de ces manipulateurs quand même...

- Tu crois qu’il faudra s’arrêter de penser ?

5 juin 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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