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L'après Libre Journal
Après l’Apocalypse
François Hollande et la Fin de l’Histoire de France
par Nicolas Bonnal
José et sa laitue avec un grand sourire

François Hollande est sans doute le premier président qui incarne caricaturalement et totalement, l’après-France, un hexagone anar sans Histoire et sans histoires, sans race, sans sexe, sans peuple, sans morale, sans valeurs, sans classes, sans usines, sans gaz, sans rien du tout que de la dette et de la repentance.

Cela mérite quelques rappels et éclaircissements.

Le début du XXe siècle avait été marqué par une énorme et dévastatrice vague de nationalisme : cette vague donna le tsunami des deux guerres mondiales qui succédait à la guerre de 1870, sa République et la volonté de récupérer l’Alsace-Lorraine. Comme je l’avais dit dans mon livre sur "Le Coq hérétique et l’exception française", la nation n’était plus une volonté de vivre (Renan), mais de mourir ensemble ; le nationalisme devenant une industrie littéraire, une weltanschauung qui servait à programmer les esprits en vue d’une guerre perpétuelle appuyée aussi sur le darwinisme de l’époque (seuls les plus forts survivent).

Au XIXe siècle on a donc appris au paysan breton ou alsacien l’histoire de "son pays" (alors qu’il n’était jamais sorti de son village et ne savait que son patois) et c’est grâce à cette programmation mentale "par les philosophes" et surtout les instituteurs de la IIIe République (je le dis sans aucune acrimonie) qu’on a pu l’envoyer se faire tuer sur tous les champs de bataille et attraper toutes les maladies tropicales et coloniales possibles. L’éducation était une programmation néo-païenne (et reconnue comme telle par les antichrétiens au pouvoir) au service de la tuerie patriotique et de l’impérialisme. Ailleurs, c’était pareil, alors...

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Les charniers du siècle dernier ont ainsi été la conséquence de l’histoire et de la philosophie, matières dangereuses entre toutes (les conquérants, les grands empires, Hegel, le marxisme, etc.)

De 1945 à 1990 tout a progressivement basculé avant de s’accélérer ; on jette le bébé blanc avec l’eau du bain de sang. Aujourd’hui nous en sommes à une autre donne : il faut tuer le troupeau par peur de la vache folle (Philippe Muray, dans un de ses meilleurs traits), et la nation est déprogrammée par le mondialisme marchand et le capitalisme entrepreneurial, qui s’appuient sur une grande vague migratoire et la volonté d’aboutir à l’unité du genre humain prévue aussi par Chateaubriand. C’est le nouvel ordre mondial bien encadré et bien matriciel.

Nous découvrons comme par enchantement que nous sommes des bipèdes non déterminés (cf. Peillon), des citoyens du monde, des immigrés qui s’ignorent, des non-racés parfois racistes et de futurs trans-humains. C’est dans cette perspective de programmation et de reprogrammation mentale qu’il faut interpréter les décisions sur le mariage gay. L’instinct maternel n’existait pas au XVIIIe siècle, expliquait avec gourmandise Elisabeth Badinter, puisque l’on envoyait les nourrissons se faire allaiter à la campagne et que le tiers déjà de ces bébés mouraient en route !

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Vanité de l’Histoire et du patriotisme ; il se trouve que de bons esprits, pas de gauche et parfois très différents, ont déjà fait les mêmes remarques. Je pense bien sûr à Paul Valéry et à ses Regards sur le monde actuel qui valent bien plus que ses "civilisations qui sont mortelles" (car certaines civilisations, comme la nôtre, sont plutôt increvables !). Valéry écrit dans sa prose impeccable :

« L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution, et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. »

Il est de notoriété publique que les tyrans sont des amateurs d’histoire, surtout les nouveaux tyrans démocratiques de l’époque romantique et nationaliste : Napoléon, Hitler, Staline, le père Assad, Milosevic étaient des passionnés de Clio ; de Gaulle, si mal vu aujourd’hui, également. Car on trouve dans l’histoire de quoi faire un neuf opium du peuple (qui excite le peuple et ne l’endorme pas comme le christianisme !), et il est toujours facile de l’interpréter à sa manière. Valéry continue puissamment de sa verve polémique :

« L’Histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout.

Que de livres furent écrits qui se nommaient : La Leçon de Ceci, Les Enseignements de Cela !... Rien de plus ridicule à lire après les événements qui ont suivi les événements que ces livres interprétaient dans le sens de l’avenir. »

Céline aussi, un esprit légèrement différent (!), alors anarchiste et pacifiste, comprend à la même époque - en 1914 - que l’on se retrouve à se faire massacrer sur les routes du Nord de la France à cause de l’histoire et de la philosophie - et de la presse :

« Et vive aussi Carnot qui organise si bien les victoires ! Et vive tout le monde ! Voilà au moins des gars qui ne le laissent pas crever dans l’ignorance et le fétichisme le bon peuple ! Ils lui montrent eux les routes de la Liberté ! Ils l’émancipent ! Ca n’a pas traîné ! Que tout le monde d’abord sache lire les journaux ! »

C’est un prof d’histoire un peu déjanté comme on dit, un nommé Princhard qui s’adresse ainsi à Bardamu qui lui laisse un long et surprenant monologue pour s’exprimer. Princhard parle de la nouveauté de la bataille de Valmy :

« Tellement nouveau que Goethe, tout Goethe qu’il était, arrivant à Valmy en reçut plein la vue. Devant ces cohortes loqueteuses et passionnées qui venaient se faire étripailler spontanément par le roi de Prusse pour la défense de l’inédite fiction patriotique... »

Les vieux conservateurs, les électeurs du Front national ou les nationalistes de tous les pays découvrent incidemment aujourd’hui qu’ils sont les seuls à croire encore à la « fiction patriotique ». C’est pour cela qu’ils sont méprisés - ringardisés - ou bien diabolisés par les médias ! Céline conclut superbement : « La religion drapeautique remplaça promptement la céleste ». Avec la présidence Hollande en France (sic), nous sommes bien dans les temps post-drapeautiques, si j’ose dire.

Mais malgré l’horreur des guerres, nous savons que la grande Europe et le grand Occident sont liés à l’époque de la religion drapeautique. L’Europe de Byron, Beethoven ou bien Pouchkine c’était tout de même autre chose. Depuis, plus rien ou pas grand-chose, sinon une science pas très ambitieuse qui nous a reprogrammés pour autre chose, pour aimer notre lointain à défaut de notre prochain, pour des temps sans famille, sans patrie et même maintenant sans travail ! Des temps techno sans idéal et sans beauté : or dans la laideur l’homme dégénère, a pu écrire Nietzsche, critique aussi du dernier homme consommateur et bourré de tranquillisants.

François Hollande peut n’être pas très populaire, tout nous montre qu’il marche dans le sens de l’Histoire en niant l’identité de la France, et que son successeur putatif, le si populaire Emmanuel Valls, accélérera la décevante inertie en marche sous les acclamations de notre foule amorphe : les mêmes qui n’aiment plus Hollande adorent ses idées et voteront pour Valls. Les autres n’ont qu’à relire Kojève et Chateaubriand pour y comprendre confusément quelque chose.

23 août 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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