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L'après Libre Journal
Relecture post-Apocalyptique
De Jésus à Hitler : Jules Isaac et la lapidation morale du christianisme
par Nicolas Bonnal

Et après les prédicateurs chrétiens, voyez
venir les hideux libellistes, les Streicher nazis.

Il y a soixante ans, Jules Isaac, auteur avec Malet de nos fameux manuels scolaires républicains, travaille à la réconciliation du christianisme avec le judaïsme et à la constitution de ce qu’on nomme aujourd’hui le judéo-christianisme ou oecuménisme. Il est bien sûr maintes fois reçu par Jean XXIII. Voici ce que cet ami de la foi et de la tolérance écrit dans le texte, bien sûr sans commentaires.

***
1) sur les évangélistes :

« L’historien a le droit et le devoir, le devoir absolu, de considérer les récits évangéliques comme des témoignages à charge (contre les Juifs), avec cette circonstance aggravante qu’ils sont les seuls témoignages et pèsent tous les quatre du même côté : nous n’avons ni témoignages juifs (valables) ni témoignages païens à mettre en regard et en balance. Or, nulle part ce parti pris des évangélistes n’est plus apparent, plus accentué, nulle part cette absence de documentation non chrétienne plus déplorable que dans l’histoire de la Passion... Il saute aux yeux pourtant qu’ils ont eu tous les quatre la même préoccupation, qui était de réduire au minimum les responsabilités romaines pour alourdir d’autant les responsabilités juives. Inégaux d’ailleurs dans le parti pris : à cet égard Matthieu l’emporte de loin, non seulement sur Marc et sur Luc, mais peut-être même sur Jean... Mais la vérité historique y trouvait-elle son compte ?

Mais les quatre évangélistes, pour une fois d’accord, affirment : C’est par les Juifs que Jésus a été livré aux Romains ; c’est sous l’irrésistible pression des Juifs que Pilate, désireux d’innocenter Jésus, l’a néanmoins fait supplicier. Donc, c’est aux Juifs, non aux Romains, simples exécutants, c’est aux Juifs que la responsabilité du crime incombe, sur eux qu’elle pèse, d’un poids surnaturel, qui les écrase...

Matthieu (XXVII, 24-25) est seul à savoir et à dire que le procurateur Pilate s’est lavé les mains, solennellement, à la mode juive, pour dégager sa responsabilité du sang innocent qu’il se voyait contraint de verser. Seul également à noter que "tout le peuple" s’est écrié : "Son sang sur nous et sur nos enfants". Marc, Luc et Jean ne savent rien, ne disent rien, ni du fameux lavement de mains ni de la terrifiante exclamation. » ("Jésus et Israël", p. 481).

« Ce verset qui a fait tant de mal, qui a été exploité contre le peuple juif depuis tant de siècles par tant d’auteurs chrétiens n’appartient qu’à l’évangile de Matthieu, ne s’apparente qu’aux évangiles apocryphes et ne correspond à aucune réalité historique. » ("L’Enseignement du Mépris", page 14).

« Non, Pilate ne s’est pas lavé les mains à la mode juive.

Non, Pilate n’a pas protesté de son innocence.

Non, la foule juive n’a pas crié : "Son sang (soit) sur nous et sur nos enfants..."

Mais à quoi bon insister davantage ? La cause est entendue. Elle, l’est pour tous les hommes de bonne foi. J’oserai dire : elle l’est aussi devant Dieu. »

Car Dieu est là qui accuse les évangélistes. On a au moins la preuve que Dieu n’est pas mort ! c’était un commentaire.

***
2) sur les pères de l’Eglise :

« Contre le judaïsme et ses fidèles, nulle arme ne s’est révélée plus redoutable que l’enseignement du mépris, forgé principalement par les Pères de l’Eglise au IVe siècle ; et dans cet enseignement, nulle thèse plus nocive que celle du "peuple déicide". La mentalité chrétienne en a été imprégnée jusque dans les profondeurs du subconscient. Ne pas le reconnaître et le souligner, c’est ignorer ou camoufler la source majeure de l’antisémitisme chrétien. »

« Ecoutons d’abord monter du fond des siècles, rumeur sauvage, le choeur des accusations, des imprécations chrétiennes, je veux dire émanant de ceux qui se disent chrétiens, car elles s’accordent mal avec les paroles de charité, de miséricorde et d’amour qui sont les enseignements majeurs et la gloire du Christ.

On doit le reconnaître avec tristesse : presque tous les Pères de l’Eglise ont participé, de leur pierre, à cette entreprise de lapidation morale (non sans suites matérielles) : saint Hilaire de Poitiers comme saint Jérôme, saint Ephrem comme saint Grégoire de Nysse, et saint Ambroise et saint Epiphane (celui-ci juif de naissance) et saint Cyrille de Jérusalem, et j’en passe.

En 386, saint Jean Chrysostome commença à prêcher à Antioche où existait une importante communauté juive. Il débuta par huit homélies contre les Juifs dont le ton est souvent d’une violence inouïe. »

« On y trouve réunis tous les griefs, toutes les injures. C’est chez lui qu’apparaît le mieux avec une violence et parfois une grossièreté inégalées, cette fusion d’éléments empruntés à la veine antisémite populaire et de griefs spécifiquement théologiques, cette utilisation de textes bibliques qui sont la marque propre de l’antisémitisme chrétien. » ("Jésus et Israël", page 256).

« Qui peut dire si l’on n’arrivera jamais à l’en délivrer ? Et après les prédicateurs chrétiens, voyez venir les hideux libellistes, les Streicher nazis. » ("Genèse de l’Antisémitisme", pp. 162, 164, 165, 166).

« Moins violent que l’orateur grec, écrit Jules Isaac, saint Augustin n’en est pas moins passionnément hostile au judaïsme et aux juifs. La méthode est la même, très proches les points de vue et l’interprétation de l’Ecriture : bien avant la venue du Sauveur, le judaïsme s’est progressivement corrompu, desséché, flétri ; passée, la révélation du Christ, il n’a plus d’autre inspirateur que Satan ; ceux qui avaient été jadis les fils privilégiés de Dieu sont devenus les enfants du démon. » ("Genèse de l’Antisémitisme", p. 166).

Après on va facilement de Jésus à Hitler ; et ce n’est pas un commentaire. Isaac compare système chrétien et système nazi.

« Dès maintenant nous voyons aussi la différence radicale qui sépare le système chrétien d’avilissement de son imitateur moderne le système nazi (aveugles et ignorants ceux qui méconnaissent leurs mille liaisons profondes) : celui-ci n’a été qu’une étape, une brève étape précédant l’extermination massive ; celui-là au contraire impliquait la survie, mais une survie honteuse, dans le mépris et la déchéance ; il était donc fait pour durer, et pour nuire, supplicier lentement des millions de victimes innocentes... »

« Pour le déshonneur non seulement du peuple allemand, mais de la chrétienté tout entière. Car sans les siècles de catéchèse, la propagande et la vitupération hitlériennes eussent été impossibles. » ("Jésus et Israël", pp. 365, 508).

4 septembre 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

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François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

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avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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