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L'après Libre Journal
L’humeur de Patrick Gofman
Trotski, Beketch et moi

Le stratège chinois Sun Tzu recommandait déjà d’étudier l’ennemi sans relâche, il y a plus de 2 500 ans. Mais il a fallu bien des efforts à Patrick Gofman pour persuader Serge de Beketch de lire quelque pages de Trotski... Du moins en obtint-il un brillant commentaire écrit, publié pour la première fois dans l’article ci-dessous.

Les crises cycliques du capitalisme sont décrites et analysées - sinon prévues - depuis le milieu du XIXe siècle, par les économistes de toutes tendances. Mais nos "gros médias" enterrent Marx bien profond à la chute du stalinisme, puis ils le déterrent fébrilement, et ils l’époussettent, et ils l’embaument, aussitôt que le mondialisme, fin 2008, a l’air de s’enrhumer... S’ils réparent leurs sottises par des c...ries, étonnez-vous de ce que nos "gros" médias soient de plus en plus maigres...

Quant à moi, douze ans (1967-79) janissaire du trotskisme, je suis revenu à la patrie « avec armes et bagages », comme m’en accusent justement certains sites Internet. J’ai fait le tri de mes armes et bagages. J’ai assimilé "L’Idéologie allemande" de Marx (mon triomphe au bac philo 1968) mais renoncé à rien comprendre à "Matérialisme et empiriocriticisme" de Lénine. Le "Paradis sur cette Terre" de Trotski, je n’y compte plus. Mais je relis souvent "Littérature et révolution" (10/18), recueil d’articles passionnants de ce Trostki dont Dominique Venner nous dit, in "Les Blancs et les Rouges" (Ed. du Rocher, oct. 2007, p. 249) : « Parmi tous les besogneux professionnels de la révolution la figure de Trotski se singularise par une aisance d’artiste. Il y a d’ailleurs en lui un esthétisme de l’action et de la violence, un romantisme noir qui ne trompent pas : "Nous avons lié partie avec la mort, s’exclame-t-il, et, partant, avec la victoire..." » Que ceux qui ont des oreilles entendent : « ¡ Viva la muerte ! »

Je cultive aussi un recueil d’articles du beau Léon parus dans la Pravda en 1923 : "Les Questions du mode de vie" (10/18). Un de ces articles, "Le Journal et son lecteur", m’est devenu parole d’Evangile en 1994. J’étais alors "chef correcteur" du quotidien patriotique Le Français. Pourquoi "chef" ? Parce qu’on m’avait imposé une adjointe gauchiste, alors que nous n’avions même pas un seul reporter-photographe en pied. Le Français vécut près d’un an, le temps d’une campagne électorale, et se saborda à deux doigts de l’équilibre financier. Tous les jours c’était le bras de fer avec la direction, autour de la "une". Elle voulait mettre en avant ses petites marottes, l’Ossétie du Nord, ou les romantiques allemands méconnus... Qu’est-ce que cela venait foutre à la une d’un quotidien en montre dans toutes les gares, et qui se serait appelé Le Peuple si la CGT n’avait eu l’antériorité sur ce titre ? Ces génies n’avaient-ils plus aucune revue géniale où agiter leurs marottes ? Depuis ma position hiérarchique secondaire, je luttais pour "accrocher" le public avec ses soucis, à lui. Je me revois entrant dans le bureau directorial, euphorique, nos chiffres de vente à la main : « Constatez, camarades, que nos ventes bondissent en avant de 30 % quand vous me permettez de mettre en manchette : "CHÔMAGE : LA DESCENTE AUX ENFERS"... » Echange d’oeillades ironiques de la direction bicéphale : « Voilà ce pauvre c... qui vient encore nous faire ch... avec ses chiffres de vente... » J’enrageais. Je finis par envoyer clandestinement à Bruno Mégret, notre parrain, une copie de l’addition de Trotski, 2 et 2 font 4, espérant que le polytechnicien serait sensible à cette évidence bafouée quotidiennement par notre quotidien : « L’écrivain, particulièrement le journaliste, ne doit pas partir de son point de vue, mais de celui du lecteur. » Pour ensuite tenter de le conduire plus loin, bien entendu. Sans réponse, j’ai ultérieurement confié une seconde copie de cet article à un ami qui avait l’honneur d’un tête-à-tête avec Mégret. Toujours pas de réponse, jamais de réponse...

Le Français crevé sous le poids de la vanité et de l’incompétence, j’atterris au Minute de Penciolleli et Barnay à temps pour en voir débarquer Serge de Beketch, rédacteur en chef. Il partait créer Le Libre Journal, et quelqu’un d’innommable, que je ne nommerai donc pas, lui fit ce cadeau d’adieu qui faillit le tuer : le fichier des abonnés... morts de Minute. Un peu mieux que la bombe d’Action directe, non ?

Quand je fus viré à mon tour pour faire place à... différentes personnes, Serge de Beketch m’attendait à la sortie, devant un pont d’or. Son Libre Journal n’était distribué que par abonnement, assez cher. Il s’efforçait alors de revenir à la diffusion mise à mal par la scission de 98 au FN : 3 000 abonnés, ce qui est très supérieur au portefeuille des revues les plus connues de l’idéologie dominante, le soi-disant Esprit, La NRF and C°. Je voulus décupler ce chiffre, ambition exactement partagée par Serge dans l’entretien avec <francecourtoise.info> qui figure à la fin de ses "Mémoires inachevés". Vite bombardé secrétaire de rédaction du L.J., je pris à tâche essentielle de clarifier le titre. Serge aussi avait ses marottes. Mais il était intelligent et attentif au monde extérieur. Je le tannai longuement pour qu’il lût "Le Journal et son lecteur" de Trotski, encore qu’il en eût moins besoin que d’autres. Et je relis aujourd’hui avec émoi cette lettre de Beketch, reçue non datée, au cours de ses vacances de je ne sais plus quel été :

***

« Mon cher camarade,

» Tes efforts constants pour ouvrir mon esprit borné aux merveilles de la pensée de Léon Davidovitch [Trotski] ont fini par porter leurs fruits.

» J’ai lu "Le Journal et son lecteur".

» J’en retiens cinq propositions intéressantes.

» 1.- L’idée que "l’uniforme faisant le général", la présentation, la qualité typographique, la correction stylistique et orthographique, l’impression d’un journal sont essentiels. Je crois qu’en ce qui concerne "Le [Libre] Journal", on peut raisonnablement et sans vanité considérer que ce sont des conditions remplies. Des progrès sont certes possibles mais il me semble, à la lumière d’un examen honnête et dénué de toute auto-satisfaction, que nous n’avons rien à envier à nos concurrents sur ce point.

» 2.- La nécessité d’un suivi avec retour des informations publiées. Il y a bientôt quarante ans que j’entends les meilleurs rédacteurs en chef insister sur ce point sans jamais passer à l’acte d’ailleurs. C’est en effet compliqué voire dangereux (le lecteur ayant la mémoire courte, il n’est pas indispensable de lui remettre en mémoire nos erreurs) mais c’est un devoir moral. Je te propose donc de créer à la rentrée une rubrique où nous tenterons d’assurer le suivi des informations publiées, de reconnaître nos fautes et de souligner nos réussites. L’idée est de diviser la page en trois parties : "Le Libre Journal l’avait dit", "Le Libre Journal s’est mis le doigt dans l’oeil", "Le Libre Journal vous en dit plus".

» 3.- Le besoin d’un appareil de références, de notes et de précisions. Je propose donc de créer une rubrique qui, à partir de renvois de notes, donnerait le sens de certains mots et sigles, mais aussi des précisions historiques, géographiques, bibliographiques, et des sites Internet, etc.

» 4.- La question des cartes. Pour ma part j’ignore à peu près tout de la géographie précise hors de l’Europe (et encore...). Je sais vaguement que la Thaïlande est en Asie, mais est-ce à l’est ou à l’ouest du Vietnam, au nord ou au sud du Cambodge, je n’en sais foutre rien. Et je suis incapable de te dire si le Paraguay est mitoyen ou pas du Venezuela. Ces temps-ci, j’ai dû vérifier les positions relatives de l’Irak, de la Syrie, du Liban, de l’Iran... Donc, dans toute la mesure du possible, il faut effectivement situer les régions, pays ou sites évoqués sur des cartes sommaires.

» 5.- Enfin, je crois que l’information médicale que le camarade Bronstein donne comme essentielle n’est pas négligée dans "Le [Libre] Journal".

» Voilà, je crois avoir fait le tour des enseignements tirés de la lecture de LDB dit T [Léon Davidovitch Bronstein dit Trotski]. Je te remercie de ton insistance et te supplie de bien vouloir attendre quelques mois que je sois remis de mon choc psychologique avant de tenter de me convaincre de la nécessité de réorganiser l’Armée Rouge.

» Fidèlement,

S. de B. »

***

Puisque j’incrimine les marottes d’autrui, m’accusera-t-on, moi l’anti-trotskiste le plus fanatique du mouvement national, car le mieux instruit de cette vérole, de radoter je ne sais quel crypto-trotskisme ? Autant reprocher aux pompiers de puiser l’eau du village ennemi, quand la maison brûle. Je ne suis d’ailleurs pas le premier - ni le dernier, j’espère - à supplier la presse patriotique, notre presse, de daigner lever un doigt pour résoudre cette équation perpétuellement pendante : 5 millions d’électeurs, 50 000 lecteurs. Cherchez l’erreur. C’est la faute au lecteur, qui doit s’adapter à mon point de vue, nous disent textuellement certains, dans nos rangs.

Un autre Lion, Degrelle, alors national-catholique, germanophobe, et bientôt (1933) « déçu » par l’éloquence de Hitler, écrivait en 1928 : « ... pensons-nous parfois que nous n’avons même pas un grand journal catholique qui touche sérieusement la classe ouvrière ? Nos ennemis pénètrent partout : suivons-les partout pour les combattre et pour les déloger dans leurs forteresses. Catholiques, tant que vous n’aurez pas une presse forte et vivante, qui fasse taire ses petites rancunes et qui accueille tous les talents, qui n’ait peur de personne, qui soit toujours sur la brèche, [...] tant que vos journaux ne seront pas des instruments actifs d’Action catholique, en même temps que les plus intéressants, les mieux documentés et les mieux écrits, vous serez le jouet de vos adversaires. [...] Coordonnons tous nos efforts. Organisons notre défense et nos attaques. Ne négligeons aucun moyen pour triompher. Catholiques, il est grand temps de s’y mettre. Sinon, vous serez indéfiniment les témoins indignés et impuissants d’incidents comme ceux que nous avons vécus et que nous aurions pu ne pas vivre si nous avions été plus forts, plus résolus, mieux outillés et mieux disciplinés. »

Sortie qui lui valut cet hommage du vice à la vertu, à la "une" du quotidien Le Peuple : « Camarades ouvriers, ne changez qu’un mot, un seul mot à ces lignes, remplacez "catholiques" par "socialistes", et une bonne partie de cette leçon vaudra pour vous-mêmes. »

Près de cent ans plus tard, ne remplacerons-nous pas "catholiques" et "socialistes" par "patriotes" ? Ne comprendrons-nous pas pourquoi nos camarades autrichiens disposent d’un quotidien à grand tirage, et pas nous ?

Degrelle va plus loin - trop loin ? qu’on me le dise... - dans sa brochure de la même année 1928, "Jeunes plumes et vieilles barbes de Belgique" : « Nous avons une constellation de journaux mais nous n’avons pas de journalistes... Au lieu de casser les lunettes trompeuses, qui rapetissent, de frapper l’esprit du public par des arguments vigoureux et vrais, de l’enthousiasmer pour de nobles causes, pour son Pays, pour son Dieu et pour la Beauté, nos directeurs de journaux donnent chaque matin un large bac d’eau tiède. Et l’eau tiède, on le sait, n’a jamais allumé aucun feu. [...] Il faudra bien que cela change. Les vieux gratte-papier finiront par disparaître et, avec eux, l’ère de la bêtise à quatre sous la ligne, de la mesquinerie et du fiel. Ne songeons plus à ces fossiles mais formons une jeune école qui parvienne à prendre d’assaut leurs maisons. Et pour cela n’ayons pas peur du large rire qui crée la sympathie et la fraternité. [...] Allons droit notre route, sans soucis des récriminations, des calomnies et des bassesses. Notre patrie, notre civilisation et notre Foi suffisent pour emplir nos esprits et nos coeurs ; écartons de nos plumes fières tout ce qui est petit et vil, travaillons tous avec persévérance, avec noblesse et en chantant. »

Pour mesurer l’énergie qui anime ces attaques contre la sclérose de son propre camp, il faut savoir que Degrelle fête le succès de ses publications, au restaurant Cornet de Louvain, par un banquet breughélien de... 52 heures ! Qui s’aligne, aujourd’hui ? Nous fêtons nos défaites à la limonade, autour de trois soucoupes de cacahuètes. Nous tremblons jusque dans l’isoloir. Derrière nos pseudonymes, que des particules de fantaisie n’ennoblissent guère... Et où passent nos jeunes, après quelques années d’activisme ?

Pour esquiver le débat, certains camarades de haute science et grande vertu me feront peut-être remarquer que Degrelle a mal fini. Je leur répondrai simplement : à qui la faute ? Et cela prouve-t-il que deux et deux fassent cinq, quand il hurlait que deux et deux font quatre ?

<gofman(ad)noos.fr> ;->)
31 août 2009 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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