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L'après Libre Journal
Nouvelles du Marigot
Face à la marée verte, un bon Fillon pour la Bretagne ?
par Claude Timmerman

En Bretagne, les marées se suivent et ne se ressemblent pas : il y a les noires, et puis les vertes... Aucun rapport me direz-vous ? Oh mais si, hélas, il y en a un, et de taille : l’inconséquence humaine ! Après les épanchements des pétroliers poubelles, voici les épandages des vidangeurs agricoles productivistes : les nitrates générateurs de la prolifération des algues vertes.

Et "après" est un euphémisme : le noir n’empêche pas le vert !

On pourrait en faire un roman stendhalien sur les conséquences environnementales de la cupidité mal gérée...

Depuis trente ans, l’effrayante densité des élevages intensifs notamment porcins, mais aussi aviaires, a conduit à une surcharge en nitrate des sols, insupportable pour le milieu naturel. Résultat du lisier épandu, les nitrates lessivés ont envahi le réseau hydrographique, et de là, la zone maritime côtière, notamment en baie de Saint-Brieuc particulièrement bien servie en effluents agricoles de tous genres provenant de l’arrière pays et bénéficiant en outre d’un contexte géographique marin "protégé" particulièrement propice à la stagnation relative des eaux, à l’exposition solaire, et donc à la prolifération d’organismes friands de nutriments azotés.

En premier lieu, ce qui est le plus spectaculaire, ce sont les fameuses "algues vertes" - il serait plus juste de dire "l’algue verte" car il s’agit d’une seule espèce d’algue chlorophyllienne à thalle élargi pluri-folié qui rappellerait un peu une salade, d’où son nom vernaculaire de laitue de mer : Ulva lactuca.

Cette petite algue - très commune sur la côte dans la zone de balancement des marées et sur le plancher marin proche - se multiplie, sous l’influence de l’augmentation du taux des nitrates et de l’ensoleillement, en quantités effarantes qui sont drossées au rivage et empilées à la faveur des dépôts des laisses de mer lors des marées descendantes, particulièrement, bien sûr, en période estivale.

Quelles sont les conséquences de ce phénomène uniquement dû au déséquilibre nitrique du milieu marin ? D’une part des modifications faunistiques et floristiques graves : raréfaction ou disparition totale locale des autres algues en compétition, notamment brunes (Fucus et Laminaria) qui faisaient les beaux jours des ramasseurs de ce varech très utilisé comme engrais qui donnait notamment des pommes de terre à la saveur unique, ou rouges (petites Rhodophycées) endémiques par exemple dans les mares découvertes à marée basse. Raréfaction, voire disparition aussi de la microfaune marine littorale associée : petits mollusques, petits gastéropodes et petits crustacés... La manifestation la plus criante en est l’observation actuelle des bans de rochers à demi immergés, autrefois couverts de patelles, berniques, bigorneaux, anémones, etc. mais aujourd’hui transformés en squelettes minéraux, désertés même par les oiseaux marins qui n’y trouvent plus rien à picorer... Conséquence annexe donc : tous les animaux dépendant des premiers éléments marins de cette chaîne alimentaire ont déserté les lieux.

Sur le littoral, battu ou temporairement découvert, ce n’est pas mieux : les algues vertes empilées au hasard des marées successives, notamment celles de grande amplitude (coefficient de 100 et plus) encombrent le substratum sableux ou caillouteux et y privent d’oxygène la faune qui l’habitait, totalement asphyxiée : vers nombreux dans le sable, petits crustacés dont les crabes dits enragés, etc. : il reste là un autre désert minéral couvert d’algues vertes en décomposition. On observe sur ces dépôts une croûte durcie par le soleil, sursalée par l’évaporation, virant au gris, emprisonnant une masse gluante en décomposition, privée d’oxygène et donc siège d’une intense fermentation anaérobie génératrice de gaz carbonés comme le méthane, et d’hydrogène sulfuré, le fameux H2S à l’odeur caractéristique d’oeuf pourri bien connue de tous les potaches et apprentis chimistes. Or ce gaz pratiquement inoffensif à l’état de traces, s’avère rapidement toxique à de plus fortes concentrations : on l’estime mortel pour l’homme dès la concentration de 500 PPM et la législation du travail impose des mesures de protection drastiques dès que la concentration dépasse 10 PPM.

Et ces véritables pièges à hydrogène sulfuré, chambres à gaz à ciel ouvert, font depuis des années des hécatombes de crabes verts et autres habitants habituels des plages, sans parler d’animaux plus commensaux des hommes comme des chiens, des vaches, et finalement un cheval, enlisé dans les algues en décomposition, asphyxié en une minute, dont le sacrifice a permis le sauvetage in extremis de son cavalier le 20 août à Saint-Michel en Grève ! On a parlé là d’une concentration de 1000 PPM !

C’est ainsi que le littoral des Côtes d’Armor se trouve rendu mortel par endroit et, en pleine saison, interdit aux touristes, a fortiori à la baignade... Un comble pour une région où la fréquentation estivale est une source très importante de revenu pour les populations !

Et ce scandale dure depuis des dizaines d’années, imposé cyniquement par les acteurs du productivisme agricole, et en premier lieu les "éleveurs" porcins !

***

L’émotion suscitée par cet accident a conduit le premier ministre François Fillon à se déplacer toutes affaires cessantes sur les lieux, escorté des acteurs gouvernementaux concernés : Roselyne Bachelot, ministresse de la santé, ex-instigatrice de la légalisation du principe de précaution annexé à la Charte du Développement Durable aujourd’hui constitutionnalisée ; Chantal Jouanno, secrétaire d’état à l’écologie, jusqu’ici surtout préoccupée à faire reconnaître la dangerosité du feu de bois dans les cheminées « infiniment plus producteur de particules à effet potentiellement cancérigène que le diesel » (sic !) ; Bruno Lemaire, ministre de l’Agriculture, déjà malmené par les producteurs de fruits et légumes fort courroucés de devoir rembourser des subsides européennes dont ils n’avaient personnellement pratiquement pas vu la couleur. (Ces subventions déclarées illégales par Bruxelles semblent avoir majoritairement disparu dans les arcanes des structures professionnelles en opérations de promotions, de communication pour les offices professionnels, etc.)

Bref, à quelques mois des élections, tout ce joli monde se précipite au chevet de la Bretagne empoisonnée... pour noyer le poisson, invoquer la « conjugaison de plusieurs facteurs » et finir par déclarer pour calmer le jeu que « l’Etat prendrait à sa charge les frais d’enlèvement des algues » !

Et cela va représenter beaucoup de sous sortis de la poche des contribuables car d’une part, le ramassage de ces dépôts toxiques n’est pas aisé dans les zones rocheuses peu accessibles, d’autre part, il n’y a aucun moyen de s’en débarrasser : il n’existe que des dispositifs encore quasi expérimentaux qui hachent et compostent ces algues, timidement ré-enfouies sans grand succès en engrais vert... Et cela coûte aussi très cher comme transformation. Et il faudra recommencer... l’année prochaine !

Alors il serait temps pour les assujettis au gouvernement de ce pays de faire un constat et de réagir une fois pour toute au credo productiviste qui empoisonne - jusqu’ici au figuré et maintenant au propre - la vie des Français !

***

Pour justifier de ces élevages intensifs sordides et polluants, l’imposture productiviste repose sur trois critères aussi scandaleusement faux les uns que les autres :

1/. La nécessité d’atteindre et de maintenir l’autosuffisance alimentaire. Chacun sait que l’actualité, depuis des décennies, est émaillée d’incidents liés à la mévente du porc dont l’élevage est confronté à une surproduction chronique depuis au moins vingt ans malgré les efforts du marketing alimentaire pour en faire augmenter la consommation ! Et ce n’est pas la mutation de structure de la population où le poids social et politique des cultures juives et musulmanes ne fait qu’augmenter qui va permettre à terme d’accroître la demande !

2/. L’impossibilité de "faire autrement". Or les éleveurs refusent obstinément de changer leurs méthodes de travail, et de prendre en compte des méthodes alternatives qui existent - nous y reviendrons...

3/. Le besoin de disposer d’une production à bon marché pour couvrir les besoins. C’est à se demander si les agriculteurs et leurs instances dirigeantes savent faire une structure de prix ! Car soyons clairs : le prix de revient réel du porc intensif est totalement hors de prix ! Rassurez-vous : "ils" le savent très bien, mais ils espèrent seulement que le public continuera à ne pas le réaliser ! Mais le scandale commence à être trop grand :

En effet, si le prix de vente du porc pour le producteur est pratiquement toujours inférieur ou voisin de son prix de revient, le bénéfice y est réalisé grâce aux subventions généreusement accordées à cette coupable industrie. En outre, les coûts induits par l’existence de cette activité ne sont jamais pris en compte mais se retrouvent à la charge de la collectivité des contribuables non agriculteurs ! Et les montants cumulés - non comptabilisés -, sans parler des effets induits, sont colossaux !

Jugez plutôt :

- subventions à la production [une porcherie proche de chez moi de 550 truies (6500 porcs en élevage !) a touché 138 000 € de subventions l’année dernière !] ;

- aides déguisées à l’exportation (il faut bien essayer de se débarrasser de ces cochonneries !) ;

- frais de dépollution (on annonce 500 000 € pour le seul ramassage des algues dans certaines des communes bretonnes concernées... et il faudra évidemment recommencer l’année prochaine !) ;

- frais de voirie : les communes subissent les dégradations des passages répétés d’engins évacuateurs de lisier (pour 6 000 porcs, on parle de plus de 500 voyages avec une tonne à lisier de 3 essieux tractée qui représente pleine un attelage d’environ 45 tonnes, inadaptée aux routes communales et chemins divers empruntés journellement pour les besoins de l’épandage : des dizaines de milliers d’euro d’argent public par commune concernée annuellement !) ;

- désertion du tourisme rural pourtant très créateur d’emplois : peu de visiteurs sont désireux de subir les nuisances olfactives locales ou les pollutions, parfois mortelles, dans l’environnement de ces élevages...

- dépréciation de l’immobilier dans les zones riveraines concernées (pour les mêmes raisons) ;

Et la liste n’est pas limitative !

A cela s’ajoute aujourd’hui les risques avérés d’émergence d’une pandémie grippale (une vraie pandémie, liée à une nouvelle mutation dans un élevage contaminé par un soigneur puisque le virus muté passe désormais de l’homme à l’animal - il ne s’agit pas du H1N1 actuel !).

***

On en vient à se poser la question : le con-sot-mateur français est-il inconscient ou masochiste ?

Et que font les pouvoirs publics ? Absolument rien !

Ainsi, le contexte législatif actuel permettait de réduire l’ampleur de cette situation : Bruxelles a en effet contraint les éleveurs concentrationnaires à « donner un peu plus de bien être aux animaux »... à l’horizon 2012.

Oh ! cela est encore bien peu de choses, mais les truies disposeront d’un mètre carré, ce qui leur permettra de se retourner et seront "en liberté" par petit groupe en parc de 5 à 10 en dehors des périodes de maternité : ce n’est pas encore le Ritz... Pour les poules, l’aire de vie en cage, qui représentait la surface d’une feuille A4, sera triplée...

Les éleveurs sont donc contraints soit d’agrandir leurs installations, soit de réduire leur cheptel pour fournir à chaque animal la surface imposée par les nouvelles normes ! On pouvait ainsi voir diminuer partout les cheptels de 10 % voire 15 % ! Or qu’observe-t-on ? Tous les "éleveurs" qui sont en installations classées, ont déposé des demandes non seulement pour des extensions des bâtiments, mais surtout pour des extension de cheptel d’environ 10 % à 15 % ! Et malgré les protestations des populations et des municipalités, les enquêtes publiques se soldent invariablement par un avis favorable... Et les préfets s’empressent de signer les autorisations !

Là, monsieur Fillon ne fait aucun commentaire !

***

Plus significatif encore en Bretagne : les coopératives d’éleveurs sont rachetées par des groupes financiers qui sont impliqués dans la gestion des filières agricoles. Pourquoi ?

Simplement parce que les subventions européennes devant disparaître à partir de 2013, il faut trouver une parade pour laisser croire rentable le secteur de production qu’il n’est pas question de réévaluer : si la production est déficitaire, la transformation agro-alimentaire est extrêmement lucrative !

Un groupe agro-alimentaire contrôlant la filière va donc s’y retrouver en jouant d’un poste sur l’autre !

Les petits producteurs, eux, sont voués à disparaître... D’où une course délirante à l’agrandissement et au rachat alors qu’on devrait assister à une diminution drastique des effectifs !

C’est ainsi qu’à moins de 50 km de Saint-Michel en Grève, à Trébihan, va se créer un nouvel élevage de 900 truies prévoyant l’engraissement de 23 000 porcs ! Le tout installé sur une surface nouvelle de 150 hectares généreusement attribués par les SAFERs ! Trois agriculteurs vont y "oeuvrer" dans le cadre d’une société, Ker Anna, dépendant du groupe financier Sofiproteol. Ce groupe est surtout impliqué jusqu’ici dans la filière des huiles végétales et est propriétaire de la marque Lesieur...

Comment un tel non-sens et une telle aberration écologique sont-ils possibles ? C’est très simple : Sofiproteol est dirigé par monsieur Xavier Beulin qui, entre autres responsabilités dans le monde de l’agro-industrie, se trouve par hasard être... premier vice président de la FNSEA... Ceci explique cela...

Monsieur Lemétayer va encore dire que j’écris des choses gênantes... Qu’il se rassure, je n’ai pas fini car aujourd’hui les aberrations de l’élevage intensif, scandaleux en matière de traitement des animaux, fait courir une menace doublement mortelle aux populations, sans aucune justification nutritionnelle !

Et monsieur Fillon est étrangement silencieux !

Alors il ne sert vraiment de rien de faire croire verser des larmes de crocodile sur les populations bretonnes quand on se prépare à aggraver les choses sciemment !

***

Outre la limitation des élevages, des solutions agricoles simples existent, la première étant de supprimer le lisier, pollution cyniquement volontaire des éleveurs qui refusent de passer à l’élevage sur paille producteur de fumier, dont l’épandage en l’enfouissement ne présentent absolument pas les mêmes difficultés et les mêmes problèmes de manutention que le lisier... Mais par l’action conjuguée des SAFERs et de la FNSEA, ces individus, qui ont confisqué la terre de France, sont devenus les nouveaux féodaux et agissent à leur guise, ayant placé des hommes-liges partout dans les instances agricoles et tout ce qui s’y rattache : le Crédit Agricole, les SAFERs, les Chambres d’Agriculture, les organismes professionnels, et bien entendu... le Ministère, totalement investi par la FNSEA et ses séides depuis la loi d’orientation agricole de Pisani en 1962, comme l’a très bien montré Alexis Arette dans son livre : "Les Damnés de la terre".

Beaucoup d’agriculteurs respectueux de leur activité, soucieux de la qualité de ce qu’ils produisent, empêchés de s’installer pour les plus jeunes ou de se développer pour les autres, le comprennent et en pâtissent, mais ils restent encore minoritaires dans les instances agricoles... Mais pour combien de temps ?

La FNSEA et sa pépinière le CNJA chapeautent le ministère de l’Agriculture et y forment un Etat dans l’Etat... comme les syndicats enseignants dans le ministère de l’Education Nationale...

Alors que faire ? Pour la Bretagne, ce n’est décidément pas le Fillon !

Il faut prendre ses responsabilités puisque le gouvernement se trouve incapable de le faire !

Si Clemenceau avait dit que la guerre était une affaire beaucoup trop importante pour être laissée aux mains des militaires, chacun doit comprendre aujourd’hui que l’environnement et le monde rural sont des choses beaucoup trop importantes pour être laissées aux mains des productivistes !

Il en va de l’avenir de nos paysages, de notre patrimoine rural, de notre santé, de nos traditions terriennes, agricoles et rurales.

Libérer l’agriculture du productivisme est un devoir auquel chacun, même citadin, doit contribuer : l’avenir de notre environnement est à ce prix !

Le productivisme agricole, première source de pollution de notre pays (pesticides, OGM, nitrates, destruction de la faune et de la flore, assèchement des rivières, etc.) n’a aucune justification économique ou nutritionnelle. Son seul rôle est de permettre l’enrichissement des seigneurs de la filière et de leurs complices dirigeants de la grande distribution !

La Bretagne sinistrée doit se mobiliser : Le 27 septembre, à Hillion, non loin de Saint-Michel en Grève, va se tenir une importante manifestation de protestation contre ce cancer de la ruralité qu’est l’élevage intensif porcin. Y participer est un devoir de résistance contre la répoublique des porcineurs !

1er septembre 2009 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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