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L'après Libre Journal
Après l’Apocalypse
La baisse du niveau de vie en Occident depuis cinquante ans
par Nicolas Bonnal

En 1980, un jeune professeur français démarre à 6000 francs par mois. A ce tarif il trouve à se loger pour mille francs ou moins à Paris. En 2010, il démarre à 1300 euros. A ce prix il ne trouve rien pour se loger. Le loyer moyen d’un studio a sextuplé entre-temps dans cette capitale, comme dans le restant du monde occidental, sans que personne ne trouve rien à redire, et sans que la fin de l’inflation se soit fait sentir dans ce domaine pourtant si important, le logement, et qui pourtant ne compte que pour 6 % dans la foutaise des statistiques de l’INSEE. En trente ans il y a eu une extension du paupérisme pour 90 % de la population, sauf celle qui avait la chance d’avoir déjà un (gros) capital immobilier.

En 1988, je me souviens que Bush père disait lors de la présidentielle qui l’opposait à l’oublié Dukakis que pour la première fois de son histoire (ce serait d’ailleurs à démontrer sérieusement : ne vivait-on pas mieux du temps de Poe ou de Melville aux USA ?) une génération américaine n’avait pas vu progresser son niveau de vie. Le mouvement s’est amplifié depuis du déclin américain et européen, déclin à la fois absolu et relatif. Le tournant imposé par Paul Volcker et la federal reserve au début des années 80 a littéralement exproprié une grande partie de la classe pauvre et de la classe moyenne occidentale ; tout en précipitant l’accroissement des inégalités, le reflux industriel et économique, l’explosion des déficits commerciaux et de la dette publique : on comparera ce bilan de la droite aux affaires à celui du PC chinois ou même de Lula au Brésil : en quelques années on a vu des pays dits du tiers-monde devenir des puissances mondiales, rien de moins.

Ce déclin économique est venu d’une volonté d’appauvrir les classes moyennes et les classes pauvres. Elles se sont laissées faire sur fond de reflux des idéologies, d’effondrement soviétique, de surconsommation de neuroleptiques, de déclin de l’éducation culturelle et j’en passe. Les responsables en sont ceux que Robert Reich, ancien ministre du Travail de Clinton appelait les « manipulateurs de symboles », et qui à coups d’ordinateur et de cliquetis ont détruit le monde qu’ils connaissaient pour le remplacer par... rien du tout. Car l’expression destruction créatrice est en soi une aberration : par quoi remplace-t-on une forêt dévorée par les flammes ? Dans ce cas le blitzkrieg hitlérien est aussi une destruction créatrice : à la place d’une riante province, une série de fumées noires et de cimetières... Ce sera toujours bon pour les touristes.

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Les gens d’un certain âge observent que l’on vivait mieux en France à l’époque de Georges Pompidou, agrégé de grammaire, lui, pas avocat yankee. On peut dire que c’est à cette époque que la France a atteint son meilleur niveau de vie. Depuis on n’a fait que régresser, tout comme en Amérique on régresse allègrement depuis, mettons, l’époque Eisenhower. A cette époque tout le monde a sa maison, son job, ses voitures, ses TV, son frigidaire (puisque tel est l’idéal de ce monde-là). Depuis on n’est plus sûr de rien, il n’y a qu’à aller voir sur le terrain. La population d’origine européenne a été comme ici remplacée ou expropriée. On n’a qu’à comparer les images...

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Le fait n’est pas nouveau dans l’histoire. Je prends l’exemple du « libre paysan d’Angleterre » évoqué par Marx et célébré par Tolkien sous la forme du hobbit dans sa fameuse trilogie du Seigneur des Anneaux. Lui aussi a été progressivement anéanti, exproprié, ruiné, chassé de ses terres par le gibier de la grande aristocratie. L’historien britannique Thornton écrivait que la classe travailleuse en Angleterre avait été précipitée sans transition de son âge d’or dans son âge de fer avec le mouvement des Enclosures qui prit une tournure dramatique sous les Tudor (dynastie maudite depuis pipolisée à la télé anglaise).

Je prends même un autre exemple : en 1871, la France écrasée par Bismarck et l’armée de Moltke (rien de nouveau là encore...), doit payer une indemnité de cinq milliards de francs or. Cette somme représenterait (si je tiens compte de l’étalon or, qui nous évitait bien des avanies) 37 milliards d’euros. La France du bas de laine et industrielle de Napoléon III était alors riche et patriote : elle souscrit 14 fois l’emprunt, soit 70 milliards de francs or, soit 525 milliards d’euros. Et elle aurait pu mieux faire. L’imagine-t-on dans des conditions similaires en 2010, elle qui est couverte de dettes et d’emprunts ? Est-il meilleur allié pour nos pouvoirs actuels que l’ignorance crasse dans laquelle nous sommes maintenus ? Au mythe de la croissance qui nous a valus en 2008 une explosion des déficits il sera bon de substituer la réalité de la décroissance des niveaux de vie.

17 septembre 2010 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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