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L'après Libre Journal
In Memoriam
Ma mort sinistre de Maria Schneider : leçons d’une lugubre nécrologie
par Nicolas Bonnal

Les temps sont donc bénis pour les marquis maussades. On aura rarement assisté à une nécrologie aussi lugubre : la mort de Maria Schneider, bâtarde présumée d’un jeune premier vichyste, icône de la "révolution sexuelle" (laquelle ? Tout le monde a eu la sienne, comme disait Revel), héroïne branchée du Dernier tango à Paris, a en effet soulevé un tollé de récriminations aigries, pas même nostalgiques. C’était à qui jouerait au plus repenti : le metteur en scène Bertolucci, gay communiste à la mode italo-française des années 70, les journalistes de Libération et les néo-beaufs ébaubis de la société d’aujourd’hui, tous se repentaient d’avoir un jour utilisé ou révélé ou récupéré ou recyclé la pauvre figure et le pauvre derrière d’une actrice qui s’était laissée défigurer ces dernières années, alors que tant de ses contemporaines prétendent vivre au même âge - 58 ans tout de même - ce qu’il faut bien nommer une deuxième adolescence.

C’est quoi alors le Dernier tango à Paris ? Le coup du beurre, que seuls les plus avertis avaient su voir alors ? Une provoc’ politique qui priva un cinéaste encore un peu audacieux de ses droits civiques (aujourd’hui il serait décoré par Frédéric Mitterrand...) ? Un « navet pédé », comme le dit un jour le dernier grand critique de cinéma, l’amateur de Walsh et de Ford, j’ai nommé Louis Skorecki ? C’est certainement cela. D’ailleurs Maria Schneider ne s’est pas privée de le dire : au départ son rôle, celui donc du petit chaperon rouge à la motte de beurre, devait être tenu par un jeune garçon. Le reste, c’est du sport en chambre, de l’existentialisme à la sauce tartare, du lesbianisme déroulé, de l’ennui postmoderne et de la griserie de récit. De Bardem à Chéreau en passant par Desplechin ou un chinois fluo, ils sont un million les cinéastes médiocres, sans ambition artistique ni culturelle, sans vision cosmique ni spirituelle, qui rêvent de se voir récompensés par la Critique et par les jurys de festivals en filmant les ébats abattus et les conversations convenues de deux abonnés aux Inrocks ou à Télérama. De ce point de vue, les Dernier tango fut un vrai scandale médiatique, le début du people et de la postmodernité critique : du récit, avec du beurre à l’intérieur, du récit, avec du parfum de femme, à l’extérieur. Honneur à celui par qui le scandale arrive. De cinéma, point, ou plus, le cinéma de l’après Walsh étant destiné à alimenter les commérages des médias. C’est un peu comme se prendre d’intérêt pour Houellebecq ou Marc Levy quand on n’a plus le courage et les méninges de lire Bartleby ou les Frères Karamazov...

***

La tristesse de Maria Schneider est sans doute liée à cela : en 1972, il n’y avait déjà plus de cinéma. Il y avait les recettes du Parrain, le scandale du Tango ou celui de l’Orange mécanique, il y avait déjà dans l’air une médiocrité ambiante inimitable : j’en veux pour preuve les chroniques récemment traduites et publiées de Pauline Kael, critique new-yorkaise alors à la mode, et qui montre que rien ne trouvait grâce à ses yeux, Kubrick, Antonioni ou Fellini. Le cinéma était donc mort, en tant que mythe et en tant qu’histoire. Il ne restait donc à Maria Schneider qu’à avouer qu’en ayant montré son derrière au chevalier sans beurre et sans reproche elle avait perdu la fesse ; pardon la face. Aujourd’hui ils sont 600 millions à le faire sur Facebook, sur les fesses books de toute la planète, et les récriminations, et les repentirs tardifs de l’actrice sonnent tout d’un coup bien faux. D’ailleurs aujourd’hui l’actrice ferait un procès retentissant à son metteur en scène, qu’elle accuserait d’abus, de harcèlement, de je ne sais quoi, demandez aux avocats, ils sont payés pour cela...

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Je suis désolé pour Maria Schneider. Elle méritait mieux comme tout le monde ou presque ; mais elle n’avait pas besoin de dire à l’époque qu’elle avait couché avec cent filles et garçons, comme je l’avais noté dans mon livre la Damnation des Stars, alors que trente ans plus tard elle avoua être pucelle au moment du tournage (qu’est-ce que les médias ne feraient pas de Jeanne d’Arc aujourd’hui, hein, mes frères, y avez-vous pensé ?). Maria Schneider était déjà condamnée au récit plus qu’à l’histoire ; n’ayant plus rien à dire, elle devait en raconter, des salades. La suite de sa filmographie aura été d’un anonymat total ; comme beaucoup d’anciennes actrices érotiques, elle s’adonna à l’astrologie et à la spiritualité ; à titre personnel, comme on dit aujourd’hui.

Au sens strict elle aura été victime de ces drôles de rôles dont je parlais alors, et qui enferment les acteurs ou les actrices dans un seul genre. Il me semble que dans la vie postmoderne, peuplée de fesses, books et frustrations, on est de plus en plus enfermés aussi. Ce n’est pas tous les jours que le Christ arrive pour libérer Marie-Madeleine.

16 février 2011 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

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avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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