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L'après Libre Journal
Relecture post-Apocalyptique
Cicéron et la vieillesse occidentale
par Nicolas Bonnal

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus vieux.

On a coutume de se trémousser en émettant la phrase pompeuse de Nietzsche : ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts. En réalité ce qui ne nous tue pas nous rend surtout plus vieux. Et y a-t-il une limite maintenant à la vieillesse et à la fausse vie qu’elle induit, si proche d’ailleurs de la vie postmoderne (avachissement, inactivité, télé, hypocondrie) et de la passivité spirituelle et physique qu’elle suscite ? On a tendance a vieillir plus longtemps, mais aussi plus jeune dans un monde où l’on sature toujours plus vite.

Il est facile de taper sur le monde blanc. J’ai traité ailleurs sans être compris de ce problème. Il est encore plus facile d’ignorer qu’il vieillit dans des proportions inouïes, et que c’est la première (et dernière) fois que l’humanité est confrontée à l’épineux problème d’un vieillissement, global et sans doute interminable : il se terminera avec elle, comme dans un mauvais épisode de science-fiction, c’est cela ce que je veux dire. L’écroulement démographique de la Chine suivra de peu le nôtre de toute manière. Il restera l’Afrique, ce vivier éternel...

***

Dans son fameux traité "De senectute", le prestigieux orateur Cicéron - à qui une mort infamante évita les outrages d’un âge trop avancé - nous console sur les effets du vieillissement. Considérant que nous allons être 500 millions de vieux dans dix ans, et plus d’un milliard et demi à la fin de ce long siècle, je m’en remets à ses conseils... qui n’ont pas pris une ride.

Cicéron se console en précisant que chaque âge peut trouver son réconfort ; je le cite dans la traduction de l’académicien Nisard :

« Tous les âges sont insupportables à ceux qui ne trouvent en eux-mêmes aucune ressource pour orner et remplir leur existence ; mais pour qui sait trouver en soi tous ses biens, les diverses conditions de notre nature où le cours des choses nous amène ne sont jamais des maux. »

Bien entendu, il note le paradoxe suivant ; on ne veut pas mourir jeune et on ne veut pas vieillir :

« Telle est en première ligne la vieillesse, que tous souhaitent d’atteindre et qu’ils accusent dès qu’ils y sont parvenus, tellement est inconstante et inique l’humeur insensée des hommes !... Ensuite comment la vieillesse leur serait-elle moins insupportable à l’âge de huit cents ans, par exemple, qu’à celui de quatre-vingts ? Le passé, quelque long qu’il soit, une fois écoulé, ne peut donner aucune consolation à des sots vieillis. »

Cicéron nous rappelle ensuite, au cas où nous l’aurions oublié, que la vieillesse ne rime pas forcément avec sagesse :

« J’ai connu beaucoup de vieillards qui ne se plaignaient pas, qui se voyaient avec plaisir affranchis du joug des passions, et que les respects environnaient. »

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28 décembre 2012 - lien permanent
Relecture post-Apocalyptique
Céline et le mauvais rêve de l’immobilier
par Nicolas Bonnal

Moi je place dans la pierre, c’est plus sûr.

Maurice Biraud

Devenu la première industrie et objet de la spéculation mondiale, et bientôt l’unique, quand la machine à fabriquer toutes les machines aura tout fabriqué, l’immobilier, responsable de fausse richesse ou de la ruine de cent nations, n’a pas fini de faire couler de la mauvaise encre ; c’est pourquoi j’ai demandé à Céline son aide dans ma modeste croisade.

De retour en France, dans sa banlieue perdue, Bardamu décrit le quotidien un peu rance de Rancy. Il n’y va pas avec le dos de sa plume d’oie :

« La lumière du ciel à Rancy, c’est la même qu’à Detroit, du jus de fumée qui trempe la plaine depuis Levallois. Un rebut de bâtisses tenues par des gadoues noires au sol. Les cheminées, des petites et des hautes, ça fait pareil de loin qu’au bord de la mer les gros piquets dans la vase. Là-dedans, c’est nous. »

Ensuite Bardamu décrit les progrès de sa banlieue, qui dans les années 20 déjà, n’ont rien à envier aux nôtres (ceci dit pour ceux qui comme moi éprouveraient je ne sais quelle nostalgique tentation !). On perd la nature, puis ses espaces verts, on s’américanise, comme dit notre Céline national. Lisez et relisez ces lignes éternelles :

« Vigny-sur-Seine se présente entre deux écluses, entre ses deux coteaux dépouillés de verdure, c’est un village qui mue dans sa banlieue. Paris va le prendre.

Il perd un jardin par mois. La publicité, dès l’entrée le bariole en ballet russe. La fille de l’huissier sait faire des cocktails. Il n’y a que le tramway qui tienne à devenir historique, il ne s’en ira pas sans révolution. Les gens sont inquiets, les enfants n’ont déjà plus le même accent que leurs parents. On se trouve comme gêné quand on y pense d’être encore de Seine-et-Oise. »

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27 décembre 2012 - lien permanent
Derrière l’écran
Le Hobbit, le parc d’attractions et le message réac du vrai Tolkien
par Nicolas Bonnal

Je ne comptais pas en parler : il passe dans vingt-cinq mille salles, c’est le film unique, comme il y a le parti unique et la monnaie inique.

Mais mon ami et auteur Arnaud Guyot-Jeannin(1), se rappelant de mon "Tolkien les univers d’un magicien"(2), m’a demandé d’évoquer le film et de participer à son émission de Radio-courtoisie (un mardi soir chaque mois) pour commenter avec l’aide de ce qui reste de mon troisième oeil l’actualité cinématographique. On sait que je suis plutôt un inactuel du cinéma mais j’ai répondu présent, par amitié d’abord, par souvenir ensuite (Serge de Beketch), et par devoir enfin, considérant que je peux réorienter les regards de certains, surtout des bons chrétiens bien pourvus en enfants, vers un cinéma plus envoûtant et initiant que celui qui paraît : le cinéma français des années 40, les classiques nippons ou le cinéma initiatique soviétique par exemple !

Venons-en au Hobbit, à son milliard de budget, à son trillion de spectateurs attendus.

***

Francis Ford Coppola expliquait un jour que son producteur de la Paramount lui avait demandé une suite au Parrain parce que, disait-il, « si tu ne le faisais pas, ce serait comme si tu avais trouvé la formule du coca-cola et que tu ne commercialises pas la deuxième bouteille ! »

Quelle belle vision de l’art ! Pourquoi Shakespeare n’a pas écrit une suite à "Hamlet", un Hamlet II ? Un Hamlet plus costaud, qui aurait fait le ménage, comme Schwarzenegger dans le très drôle Last Action Hero !

On comprend dès lors que Peter Jackson - ou Klaxon, vu la pub dont jouit ce film - mué en Peter Jackpot de la terre du milieu (IE de l’office du tourisme néo-zélandais) ait décidé de porter lui-même à l’écran le conte, après avoir écarté un potache mexicain, et en trois dimensions s’il vous plaît, et avec des lunettes de luxe et 48 photogrammes par seconde, sans compter les innombrable effets spéciaux à mille milliards qui vont encombrer les cerveaux attardés du moment et l’histoire déjà encombrante du "Hobbit" (le plus mauvais Tolkien et de loin). Le film de neuf heures transforme la Nouvelle-Zélande en Las Vegas de l’héroïque fantaisie, il fait d’un pays pour la première fois un parc d’attraction ! On est en plein Borges, on est plein Umberto Eco et sa très bonne "Guerre du faux" ! Le monde devient un lieu de tournage ! On paiera pour chaque site !

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26 décembre 2012 - lien permanent
Relecture post-Apocalyptique
Chateaubriand et la folie de la mondialisation
par Nicolas Bonnal

La folie du moment est d’arriver à l’unité des peuples
et de ne faire qu’un seul homme de l’espèce entière

Il y a bientôt deux siècles (comme le temps passe... ou plutôt pas), Chateaubriand achève les "Mémoires d’outre-tombe". Il conclut d’une manière sublime et synthétique que nous sommes déjà dans la matrice du monde moderne ; et qu’on n’en changera plus. Je lui laisse bien sûr la parole, préférant oublier qu’il fut ministre des Affaires étrangères, et que nous en avons eu d’autres depuis. Son constat est incroyable de précision, d’exactitude, d’implacabilité. Il aurait mérité le prix Nobel, au moins autant qu’Obama !

***

La globalisation arrive :

« Si l’on arrête les yeux sur le monde actuel, on le voit, à la suite du mouvement imprimé par une grande révolution, s’ébranler depuis l’Orient jusqu’à la Chine qui semblait à jamais fermée ; de sorte que nos renversements passés ne seraient rien ; que le bruit de la renommée de Napoléon serait à peine entendu dans le sens dessus dessous général des peuples, de même que lui, Napoléon, a éteint tous les bruits de notre ancien globe. »

C’est le crépuscule de la France et la fin de l’histoire, aussi bien ressentie par notre grand écrivain que par Hegel, repris ensuite par Kojève et l’impayable Fukuyama :

« L’empereur nous a laissés dans une agitation prophétique. Nous, l’Etat le plus mûr et le plus avancé, nous montrons de nombreux symptômes de décadence. Comme un malade en péril se préoccupe de ce qu’il trouvera dans la tombe, une nation qui se sent défaillir s’inquiète de son sort futur. De là ces hérésies politiques qui se succèdent. Le vieil ordre européen expire ; nos débats actuels paraîtront des luttes puériles aux yeux de la postérité. Il n’existe plus rien : autorité de l’expérience et de l’âge, naissance ou génie, talent ou vertu, tout est nié ; quelques individus gravissent au sommet des ruines, se proclament géants et roulent en bas pygmées. »

C’est le début du relativisme, l’ère des masses aux terrasses (cf. Ortega Y Gasset) et les joyeux débuts du bobo planétaire, l’homme qui aime le changement et la consommation :

« Des multitudes sans nom s’agitent sans savoir pourquoi, comme les associations populaires du moyen âge : troupeaux affamés qui ne reconnaissent point de berger, qui courent de la plaine à la montagne et de la montagne à la plaine, dédaignant l’expérience des pâtres durcis au vent et au soleil. Dans la vie de la cité tout est transitoire : la religion et la morale cessent d’être admises, ou chacun les interprète à sa façon. »

Avant Andy Warhol, Chateaubriand prévoit que l’on sera tous célèbres une demi-heure : une renommée palpite à peine une heure, un livre vieillit dans un jour, des écrivains se tuent pour attirer l’attention ; autre vanité : on n’entend pas même leur dernier soupir.

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24 décembre 2012 - lien permanent
Entretien courtois
Interview de Jean-Marie Le Pen à <pravda.ru>
par Nicolas Bonnal

:: Texte en russe :: Texte en anglais

La Russie de Vladimir Poutine, désire se rapprocher de l’Europe mais l’occident, notion qui n’a plus grand intérêt pourtant, tout en gardant sa capacité de nuisance, lui tourne résolument le dos. De Chateaubriand à de Gaulle en passant par Kerillis ou par Bloy, la liste est longue pourtant des esprits qui voulaient ce rapprochement.

J’ai pensé interviewer Jean-Marie Le Pen pour <pravda.ru>, qui me fait l’honneur de publier des chroniques métapolitiques et symboliques, en anglais et en russe. Plusieurs de mes livres ont d’ailleurs été publiés en russe. J’invite mes lecteurs anglophones ou (pourquoi pas ?) russophones ou italophones à lire ce journal qui couvre d’un oeil original et politiquement averti l’actualité mondiale.

Jean-Marie Le Pen a eu la bonté de nous répondre en soulignant la proximité de vues de l’actuelle famille nationale-conservatrice et de la Russie. Cela rassurera tous les bons esprits et exaspérera tous les imbéciles, comme disait le bon Léon Bloy, qui attendait aussi les cosaques et le Saint-Esprit ! On verra...

Je reproduis les principales questions et les réponses stratégiques pour mes lecteurs francophones.

***


- Monsieur le président, quelles menaces, pour vous, ont remplacé la menace communiste ?

Aujourd’hui, la menace communiste, effondrée depuis 20 ans, a laissé place à une autre utopie mortifère : le mondialisme, nouvelle idéologie internationaliste et matérialiste qui n’a pour seul but que de maximiser les profits des grands capitalistes, au détriment des Etats-Nations et de leurs peuples.

A l’internationalisme socialiste qui a engendré ses héros a également succédé l’islamisme et ses martyrs. Toutes ces idéologies ayant en commun de saper les fondements de la civilisation helléno-chrétienne pour en substituer une nouvelle, qui n’est pas la notre.


- Après la réélection d’Obama, que pensez-vous de la civilisation américaine et de l’avenir de l’occident ?

La réélection d’Obama n’apporte ni ne retranche rien à la "civilisation" américaine. Les Etats-Unis sont une puissance en déclin économique (malgré l’exploitation du gaz de schiste) comme géostratégique. Les tenants de "l’Empire" dont elle est le centre s’évertuent à en retarder l’effondrement, en vain. Economiquement, elle ne cesse de s’endetter et la Banque fédérale américaine est d’ailleurs aujourd’hui la seule à acheter des bons du trésor américain en créant toujours plus de dollars, ce qui aboutira inéluctablement à l’effondrement du dollars. Militairement elle ne cesse de chercher à nuire au positionnement des autres puissances régionales telles que la Russie. On le voit aujourd’hui en Syrie où s’affrontent à l’ONU les conceptions russes et chinoises du respect des pouvoirs établis et le soutien américain et occidental des insurrections aux motivations le plus souvent extrémistes et dangereuses. Ces insurrections qui ont conduit au pouvoir en Tunisie, en Egypte, des islamistes et en Irak une anarchie et un éclatement ethnique complet. Si l’Occident continue à accepter en son sein des millions d’immigrés musulmans et à soutenir les islamistes dans les pays arabo-musulmans, l’avenir de l’Occident tout entier s’annonce sombre. Sa survie même est en cause.

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7 décembre 2012 - lien permanent
Portrait
Jeanne Augier, la Riviera et le charme français du Négresco
par Nicolas Pérégrin

Je ne cesse de recommander de voyager l’hiver sur la Côte d’azur. On dramatise les effets du réchauffement climatique, alors pourquoi ne pas en profiter pour faire des croisières dans l’Arctique l’été durant et pour redécouvrir les chambres de la Côte d’azur l’hiver ? On a le ciel alcyonien qui enchantait Nietzsche, Sissi et les tzarines ; on n’y a jamais froid ; on n’est pas les uns sur les autres ; et la pollution comme l’humidité sont des plus raisonnables. Il règne un charme et une majesté qui vous tire des forces et vous entraîne sur les sentiers menant aux villages perchés ; les petits bateaux de pêche encombrent l’eau les belles journées, et l’on oublie les monstres estivaux, les gros croisières et puis les insupportables super-yachts. Les prix pratiqués sont des plus humbles, parfois au tiers de ceux pratiqués au mois d’août. Evidemment pour ceux qui préfèrent skier nautique aux Seychelles, muséifier chinois ou faire un spa à Goa... Mais j’ai déjà donné, en vieux routier des voyages et je recommande de revenir au basique : le dix-neuvième siècle avec Santander, plus belle station balnéaire d’Espagne et peut-être d’Europe, et Nice bien sûr pour ses palais napoléoniens, ses jardins cariocas, et pour son Négresco, sans oublier sa promenade jadis bordée de beaux jardins et non d’immeubles. N’oubliez pas non plus que les impératrices se rendaient dans ces parages durant les hivers, quand on n’y transpirait pas. On allait passer l’été à Bride, Luchon ou bien Baden, en laissant les futurs vacanciers s’entasser dans les campings de demain ! Non, voyager l’hiver, c’est vraiment retrouver l’esprit divin et le ton alcyonien de la Côte d’azur ! Prenez comme compagnon de lecture "Ecce homo" de Nietzsche, il vous l’expliquera très bien ; ou bien mon "Voyageur éveillé" publié jadis aux Belles lettres dans l’espoir de raviver l’esprit du voyage initiatique et dilettante.

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6 décembre 2012 - lien permanent
Derrière l’écran
Jacques Demy, peau d’Ane et les fées méphitiques
par Nicolas Bonnal

J’ai longtemps été une victime de ce bon Jacques Demy et de son cinéma poétique et décalé des années 60, celui qui conjuguait Cocteau et la réclame, la bonne humeur et la nostalgie, les belles couleurs et les sons Legrand, les enluminures et les nouveaux gadgets. J’aurais enfantelet voulu vivre à cette époque, approcher Anouk Lola Aimée dans les galeries nantaises ou bien jouer sur les genoux de Catherine Deneuve ! J’enrageais pour revivre les temps obscurs de mon enfance dorée...

Mais si Demy est revenu à la mode au cours des années 90, c’est dû à ce qu’on appelle une opération de nostalgie programmée ou de programmation mentale. Un feuilleton ou un documentaire bien senti permettent aussi de réécrire le passé à l’usage des puissants du moment. Vous vous mettez soudain à regretter les années 30, 50, 70, que sais-je, sans vous vous rendre compte en fait que vous êtes la victime d’une manipulation mentale industrielle destinée à vous conditionner et à vous faire acheter certains objets. On joue avec vos souvenirs, avec votre peur de vieillir ou de mourir... C’était le bon vieux temps... Et comme tout les bons vieux temps, qui y est allé voir de trop près, entre le travail de la terre et la durée de vie de vingt ans ? La nostalgie de l’âge d’or est une forme de programmation depuis le commencement de l’histoire de l’humanité. Il faut rétablir la grandeur ou la compétitivité de la France, disent tous les politiciens...

***

Mais parlons Demy : de quoi parle Peau d’Ane ? On a tous aimé Peau d’Ane, surtout les filles, programmées pour être des princesses rétives. En chanta les belles et perverses paroles de Demy-Legrand, je me rendais compte d’ailleurs que toutes ou presque les filles de notre époque les connaissaient. Mais de quoi parle Peau d’Ane ?

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6 décembre 2012 - lien permanent
Mort à la catastrophe
Essai-trompette sur notre post-apocalypse
par Nicolas Pérégrin

Pour Serge de Beketch

Quatrième gong : L’Apocalypse à travers les âges

Si vous en usez comme cela,
on ne voudra plus être malade !

(Devinez qui ?)

Autrefois, il y a longtemps, quand j’étais
jeune, durant ces années d’enfance qui ont
passé à jamais, tout mon être bondissait de joie...

(Nicolas Google, Nicolas qui ?)

On aimerait de vrais attentats, pas des coups tordus contre deux tours vides et peut-être pas écroulées d’ailleurs (et qui ont permis baisse d’intérêt, création virtuelle de richesse puis écroulement systémique, un plaisir pervers des plus rares), des guerres, des descentes messianiques et christiques, des batailles rangées, des distopies déjantées, des terres calcinées, des paradis refoulants, mais rien de cela, rien !

L’Apocalypse est fatiguée. Elle a la gueule de bois, la gueule de Moi, la gueule du Mal de vivre générationnel, increvable. On l’a trop attendue, la vieille gueuse, et elle n’est pas venue. L’autre parlait du deus otiosus, du dieu sauvage qui n’en finissait pas de ne rien faire et de ne rien vouloir. Il est parti aux oubliettes. Avec notre schéma chrétien, hélas, et pas judéo-chrétien (les Juifs sont tout de même beaucoup plus malins), nous avons abêti, nous avons bovarysé l’espèce humaine : tous les matins, elle se met à sa fenêtre et elle attend que quelque chose se passe. Ou tout au moins elle attendait que quelque chose se passât... Aujourd’hui, à moins que l’euro ne s’écroule, il ne se passera rien ; et même dans ce cas nous ne fusillerons pas ce démon absent de Trichet, ces ahuris d’eurocrates, ces zébulons de démocrates-chrétiens qui croyaient que l’on pouvait donner la même monnaie aux marchands d’olives et de Porsche. Tout est venu de 89 et des boches, éternels idiots utiles, de Luther à Hitler, de Bismarck et de Guillaume, et de Kohl au pot de colle. Une réunification politique ? Faisons-la monétaire. Ce sera plus serpentaire... Et les taux de voler à 15 %, et vive les rentiers, et l’Europe de s’écrouler depuis. Sacrés Allemands... Et puis pour vendre des Porsche aux Grecs, ils leur font décupler leur immobilier et les font s’endetter à tire-larigot... Après avoir ruiné l’Europe avec leur monnaie de surhomme et leur serpent monétaire, ils s’imposent cinq millions de chômeurs et paisiblement annoncent que tout cela doit prendre un jour fin. Si au moins nous étions dirigés par des stratèges, on assisterait à une alliance bismarckienne entre la Russie et la Germanie. Mais pas même... N’anticipons pas.

***

Le film phare de ma génération n’a pas été le Tambour, ennuyeux pensum germano-français, mais Apocalypse Now, qui narre le désastre occidental, quand il était encore pensable. Ou bien pensé. Il n’est plus possible de penser, sans quoi nous aurions pensé le désastre irakien, Bagdad et ses mille et un ennuis, la crise bancaire de 2008 et ses suiffeuses conséquences. Mais les gens ne peuvent plus penser : ils ne veulent qu’être distraits ; ils crèveront d’autant plus facilement, quand leur euro vaudra des kopecks à l’entrée des boulangeries, qui elles-mêmes ne pourront plus payer leur fournisseur, en Argentine ou en Afrique du Sud. Ils sont tellement abrutis, dit le cuistot nerveux d’Apocalypse, qu’ils ne se rendront compte de rien. A croire que l’on vit pour de vrai cette époque, et que pour de vrai elle sera l’Apocalypse, puisque l’Apocalypse est la révélation, et que ces générations d’abrutis ne percutent plus. Ils sont dans leur petit monde numérique et puis s’en vont. Un vrai déplaisir.

Il y a donc, dans Apocalypse, ces fameux entretiens du regretté Hopper, Denis de son prénom, avec le capitaine Villard. Il lui tient ces propos suivants : « C’est ainsi que ce putain de monde finit ! Pas dans un boom, dans un murmure ! Et dans un murmure, je prends mes cliques et je me casse... »

Au bout de quelques années d’érudition, j’ai mis la clé sous les champs et le doigt sur la serrure : il est fait allusion dans ces lignes prestigieuses à TS Eliot. « Car c’est ainsi que le monde se termine, pas dans un boum, dans un murmure... », a whimper, dit le grand maître pessimiste anglo-saxon converti au catholicisme sur le tard, et un peu geignard de son état...

Il m’a fallu du temps pour admettre ce mot-là, pleurnichement. Car enfin, on croyait au péril tartare, au désert du même nom ; on croyait à l’invasion soviétique ; on croyait que « par la discorde négligence gauloise serait passage à Mahomet offert », et donc aux nostradâneries. On a cru aussi à l’islamisme, au terrorisme, au baroquisme d’Eco, à toutes sortes de médiocrités. Et au final nous crevons d’une seule chose, de notre radinisme. C’est pourquoi j’en reviens toujours à Molière. On en reparlera aussi.

Le pleurnichement, c’est de n’être pas ce quoi. De ne pas avoir une essence ; d’être un vieil animal increvable, que l’on ne laisse jamais dépérir dans la clinique vétérinaire. Nous sommes dans le même cas, des increvables. Quand le mal nous frappera tous, comme je l’ai écrit, avant la fin de siècle, alors nous nous écrirons comme la reine Didon :

Quid loquor, aut ubi sum ? Quae mentem insania mutat ?

Infelix Dido, nunc te facta impia tangunt.

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5 décembre 2012 - lien permanent
Derrière l’écran
Claude Sautet et l’agonie de la France des trente glorieuses
par Nicolas Bonnal

J’ai célébré l’immense Bardot, et puis Guitry, et bien sûr Duvivier. C’est la France : ce n’est pas marrant tous les jours, ce n’est pas guilleret, c’est un peu tragédie, un peu décomplexé, mais c’est la France quand même. La foi et l’Eglise ne sont jamais bien loin et les sensations chrétiennes non plus. Je ne parle pas de Pagnol. C’est un génie universel, c’est Orson Welles qui le dit, et puis Raimu...

1960, un peu avant, la camarde passe et c’est la nouvelle vague et les yéyés dont se moque Audiard inquiet dans les Tontons flingueurs. Et puis c’est le grand trou de la civilisation française qui va disparaître avec de Gaulle (en eut-il seulement conscience ou a-t-il été mis pour cela ?), en deux décennies, les années 60 et les années 70. On va arriver dans un terminal hospitalier ou dans un terminal d’aéroport, n’importe où, mais on n’est plus en France. On est dans un petit morceau de l’Europe mué en un petit cap de l’Asie. C’est cela la civilisation moderne, c’est cela la matrice. Et tant pis pour Gautier Théophile, et tant pis pour Blondin Antoine. Tout le monde descend en attendant la république islamique financée par le Qatar et ses dollars gaziers.

***

Ne sautons pas l’obstacle. Le grand symbole cinéphilique de tout cela, c’est Vincent, François Paul et les autres, la chronique naturaliste d’une sentimentalité de groupe un peu socialiste il faut dire, la chronique désabusée de gens qui ont trop d’argent, trop de nanas, et surtout pas la foi. Après les socialistes préparés par Montand, Frey, Reggiani, Schneider (quelle fatiguée celle-là, seule notre Victoria de Radio-Courtoisie lui avait donné sa chance avec sa voix merveilleuse, merci Victoria !) et les autres sont arrivés en bloc au pouvoir et nous n’avons plus été chez nous. Ce n’est pas grave remarquez, c’était prédit par de Maistre lui-même : nous marchons vers une grande unité, nous ne sommes broyés que pour être mêlés... De quoi vous plaindrez-vous ?

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3 décembre 2012 - lien permanent
Relecture post-Apocalyptique
Voltaire et la mondialisation heureuse contre l’esprit chagrin
par Nicolas Bonnal

On peut tonner, pour reprendre l’amusante expression de Flaubert, contre la mondialisation et le progrès technique, on peut aussi s’en féliciter et en vanter les mérites : c’est ce que fait Voltaire dans son poème titré "le Mondain", et que l’on a tous lu à l’école sans qu’un prof nous ait jamais expliqué de quoi il en retournait précisément (il ne manquerait plus que de nous faire comprendre la littérature !) : l’éloge de la mondialisation mais en vers un peu terre à terre, et avec des arguments plus malins et honnêtes que ceux de Guy Sorman ou d’Alain Minc. Voltaire a écrit ce texte assez tôt dans le siècle, en 1736. Notre génie national nous montre que la mondialisation a déjà de la bouteille (c’est le cas de le dire, on verra pourquoi !) grâce aux grandes découvertes, aux progrès techniques du siècle et au mouvement commercial impulsé par l’Angleterre et la France (mais pas seulement, contrairement à ce que pensent les ignorants qui ramènent tout à Adam Smith ou à Turgot).

Voltaire utilise des armes rhétoriques paradigmatiques des lumières : l’ironie, bien oubliée, surtout par BHL, qui frappe les temps anciens et le présumé âge d’or dès le début.

Regrettera qui veut le bon vieux temps,
Et l’âge d’or, et le règne d’Astrée,
Et les beaux jours de Saturne et de Rhée,
Et le jardin de nos premiers parents.

Comme s’il avait lu Rousseau et tous les penseurs chrétiens anti-progressistes des siècles ultérieurs, Voltaire prend un ton provocant pour justifier les merveilles de son âge.

Moi je rends grâce à la nature sage
Qui, pour mon bien, m’a fait naître en cet âge
Tant décrié par nos tristes frondeurs :
Ce temps profane est tout fait pour mes moeurs.

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30 novembre 2012 - lien permanent
Mort à la catastrophe
Essai-trompette sur notre post-apocalypse
par Nicolas Pérégrin

Pour Serge de Beketch

Troisième élan : Sur la thermocratie ou la démocratie impopulaire

O miseri, quae tanta insania, cives ?...
... equo non credite, Teucri.

Robespierre a mal fini, et c’est tant mieux. Il était moins raisonnable que Lénine.

J’ai toujours aimé cette phrase : la démocratie est le pire des régimes à l’exclusion de tous les autres. Elle est caractéristique du tollé rance démocratique, de son fanatisme mou. Elle montre aussi que la démocratie est une résignation. Elle rend mélancolique, et le spleen commence à se répandre sur le monde au moment où le libéralisme progresse en Angleterre puis ailleurs. On se réfugie alors dans le romantisme ou les objets napoléoniens. Faute de grives... Et comme dit Byron, il vaut mieux mourir pour une femme que vivre avec elle. C’est ce qui s’est passé avec la démocratie : elle a déclenché beaucoup de guerres, elle a arraisonné le monde, mais une fois qu’elle est là, comme l’euro, elle rend triste. Elle est une impasse, une Dead End et l’on ne fera pas demi-tour. C’est trop tard : cela signifie que l’on a pris goût au journal, au supermarché, aux jeux télé, à la noise mondialisée. Ensuite, on ne sait même plus si on existe, ce qui est le rêve de toutes les religions. Tuer son Moi pour atteindre le Soi...

La démocratie m’accable, la démocratie m’achève. Je ne crois pas d’ailleurs comme Debord qu’elle ait commencé, l’histoire, avec elle. Il y a toujours ce jeu de mots, l’histoire de Périclès ou celle de Thucydide, l’histoire comme suite d’événements plus ou moins accablants, et l’histoire comme suite de récits plus ou moins intéressants. Au contraire, je crois que la démocratie à chaque fois achève l’histoire, et qu’elle a commencé par achever la Grèce, comme la Grèce nous achève en ce moment. Périclès symbolise la fin de la civilisation grecque, le début de la médiocrité démocratique, la fin de la culture, la fin de la Tragédie... Il ne va plus rester que de la corruption bureaucratique et des logographes ennuyeux comme Lysias ou Isocrate qui toujours vont rappeler les Guerres médiques pour justifier la médiocrité irrésistible du IVe siècle. Un peu comme les Américains, qui nous entraînant de crise en crise, de désastre en désastre, pontifient en nous rappelant 1945, comme si 1945 ce n’était pas cela justement, la Fin du Monde... Ce qui sauve la Grèce de l’ennui, comme la France du Directoire, c’est l’Empire. On repart pour quelques tours de cirque avec Alexandre ou Bonaparte avant de s’endormir. Mais tout de même l’Empire fait rêver autrement plus.

La démocratie a ceci de particulier qu’elle fait semblant d’avoir besoin de ses citoyens pour survivre ; et donc elle tente d’acheter les votes, ruinant actuellement les finances de l’Europe. Elle est peut-être sincère en ce qu’elle croit vraiment faire le bien de ses sujets, pardon de ses citoyens. Le pouvoir immense et tutélaire et doux fait un autre pied de nez à Nietzsche en cherchant à fixer irrévocablement dans l’enfance ses sujets. L’enfant de Zarathoustra est une nouvelle fois présenté comme un petit imbécile, ce qui n’est pas si faux après tout. Même le petit Mozart devait être une sacrée bête, vous ne trouvez pas ? Et il aimait lui aussi les jouets. Je crois d’ailleurs que la démocratie est passionnée de technologie parce qu’elle infantilise. Il lui faut des jouets pour distraire : « il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir ».

Mais si d’un côté, on a les vacances, les humoristes, et tout le tralala, on a de l’autre les petites règles à respecter sous peine d’ostracisme. Le souverain démocratique, nous rappelle-t-on d’Amérique, « couvre la surface de la société d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits originaux ne sauraient se faire jour ». On est déjà dans la foule solitaire vers 1830, quelle promesse... Encore à l’époque y a-t-il des créateurs. Mais cette prolifération de lois, cette rage de légiférer, si propre à notre époque, et qui contraint les fumeuses à faire le trottoir et les maîtres-chiens à ramasser les crottes (avec des plastiques Vuitton ?), est bien inscrite génétiquement dans le patrimoine dégénéré de la démocratie. Ce régime sans foi ni loi est propre aux hommes de loi. Enfin, comme à la télé, « il ne tyrannise point, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides industrieux »... Implacable comte normand, le sieur Tocqueville, si souvent présenté comme un bailleur d’arguments à nos acharnés démocrates.

On me dira qu’il vaut mieux être troupeau démocratique que tyrannique. Mais c’est l’Angleterre qui liquide l’économie chinoise ou hindoue ; qui s’acharne vingt ans contre Napoléon avec l’argent des Rothschild ; qui déclare la guerre à la Russie pour l’aberrante opération Crimée et châtiment ; qui déclare deux fois la guerre à l’Allemagne, pays qui ne lui avait rien fait, comme le rappelle pat Buchanan ; et c’est l’Amérique qui sème le chaos aux quatre coins du monde depuis 1945, au motif d’y répandre la paix qu’elle n’a pas dans ses quartiers de blacks et latinos ; et l’on ne citera pas Israël qui s’acharne encore et toujours à tuer des gens désarmés au nom de sa fierté d’être la seule démocratie du Moyen-Orient. On croyait pourtant savoir, on y reviendra, que les musulmans sont aussi devenus « des êtres sans repos qui tournent sur eux-mêmes pour se procurer de vulgaires plaisirs », à Dubaï ou Marrakech. Toupie or not toupie, telle est la réponse. Une des grosses erreurs de Bismarck fut de retirer l’Alsace et la Lorraine à la France, certes, mais surtout de toute faire pour empêcher une France forte, c’est-à-dire monarchique. Il s’en vante dans sa correspondance, préparant les conflits mondiaux qu’eût vraisemblablement évités un rétablissement dynastique en France. On joue moins aux idiots en famille.

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28 novembre 2012 - lien permanent
Après l’Apocalypse
Obama, Tocqueville et la révolte de la minorité blanche
par Nicolas Bonnal

Obama réélu, l’Amérique est foutue. Une question s’impose. Et si nous les Blancs étions devenus les indiens de quelqu’un ? De quelqu’un de plus fort et plus luciférien que nous ? Lisez Tocqueville, qui expliquait comment on déconstruit le comportement civilisé d’une nation pour en exterminer la population :

« En affaiblissant parmi les Indiens de l’Amérique du Nord le sentiment de la patrie, en dispersant leurs familles, en obscurcissant leurs traditions, en interrompant la chaîne des souvenirs, en changeant toutes leurs habitudes, et en accroissant outre mesure leurs besoins, la tyrannie européenne les a rendus plus désordonnés et moins civilisés qu’ils n’étaient déjà. »

Consumérisme, destruction de la famille et du patriotisme, cela ne vous rappelle rien ? La liquidation par l’armada socialiste de tous les déterminismes ? Il faut censurer Tocqueville décidément !

On ne sait jusqu’où peut descendre l’Amérique blanche. Elle en est au niveau de l’Europe, quoiqu’en pensent certains. Et on n’a pas encore élu et réélu d’Obama en Europe ! Pour financer ses guerres pitoyables et impitoyables, pour financer sa politique sociale qui est aussi une politique raciale, Barack Obama ne cesse avec l’aide complaisante et irresponsable du banquier central Bernanke d’endetter son pays, dont la dette aura triplé depuis l’an 2000. Le XXIe siècle, c’est pour l’instant l’odyssée en espèces, en attendant la catastrophe finale qui sonnera le glas pour l’occident tout entier et ce qui restera de la vieille race blanche.

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27 novembre 2012 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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