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L'après Libre Journal
Derrière l’écran
Eyes wide shut : Kubrick, le génie juif et la bouche d’Isaïe
par Nicolas Bonnal

Il me semble que le mystère est considéré comme
insoluble, par la raison même qui devrait le faire
regarder comme facile à résoudre, je veux parler
du caractère excessif sous lequel il apparaît.

Edgar Poe

Le caractère inexpliqué de la mort de Kubrick avait, il y a treize ans déjà, suscité bien des hypothèses conspiratrices (Kubrick est mort 666 jours avant 2001 !) ; et son dernier film était resté auréolé de son mystère, certains prétendant qu’il était demeuré inachevé, ou qu’il avait été modifié (au moins pour la censure, après...), d’autres encore se gaussant de l’opus, d’autres au contraire criant au chef d’oeuvre, mais pour des raisons ignorées, le cinéma du génial maître viennois-américain demeurant à jamais le créateur de ces oeuvres ouvertes chères à Eco, aux interprétations toujours renouvelées et contestées. Je viens aujourd’hui proposer mon obole.

Deux pistes me guident : celle de Gérard Brach, scénariste d’Annaud (sur qui j’écrivais alors) et de Polanski, devenu presque un ami alors, et qui m’évoqua un conte : on serait alors dans une dimension cyclique et initiatique ; et celle d’un ami juif qui me parla de la récitation d’un kaddish sur sa tombe. Cela indiquait que l’on était dans le cadre d’un film testamentaire, religieux presque, que l’omniprésence de la mort et des masques, de Noël et de l’initiation venait confirmer. Je me suis ensuite rappelé de la phrase de Poe, et qui toujours revient à souligner la simplicité, c’est-à-dire la complexité. Que voulait dire ce film, à commencer par son titre ? Pourquoi cette allusion à la cécité volontaire ?

***

Le film parle d’une errance circulaire (le conte, merci Gérard) décevante (au sens latin et anglais de trompeur) par un individu soumis aux tentations répétées (et cycliques) de toutes sortes et à la jalousie sexuelle. Il parle aussi de médiocrité, de lâcheté devant un crime et de l’obsession de la messe pourpre au royaume des puissants.

Les yeux grand fermés, j’ai demandé à la Bible, et voici ce qu’elle m’a répondu par la bouche du prophète Isaïe (Ezéchiel et ses yeux pouvaient nous éclairer, mais...).

« Soyez étonnés et soyez stupéfaits ! Aveuglez-vous et soyez aveugles ! Ils sont enivrés, mais non de vin ; ils chancellent, mais non par la boisson forte. Car l’Eternel a répandu sur vous un esprit de profond sommeil ; il a bandé vos yeux... »

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26 novembre 2012 - lien permanent
Relecture post-Apocalyptique
Observations humoristiques sur l’ennui à la russe (et à l’ukrainienne)
par Nicolas Bonnal

La maladie dont il a été frappé, le spleen, ce fléau
venu de l’Angleterre, ce khandra, pour faire court...

Eugène Onéguine

Parfois je pense que nous vivons une époque merveilleuse, sans guerre, sans faim, sans beaucoup de contraintes matérielles ! Nous avons accès à toutes les cultures et à tous les climats facilement, alors pourquoi nous plaignons-nous ? C’est que nous sommes victimes de notre malaise intérieur, voilà. Tocqueville explique dans ces années 1830 si fondamentales que la démocratie déplace du corps à l’esprit la tyrannie, et de la même manière la peine physique devient surtout morale et donne le "Werther" de Goethe et tous ses imitateurs.

L’esprit russe traditionnel est souvent pour le lecteur Français proche de la dépression moderne. On se morfond dans le froid russe, on se préoccupe du monde, on se pose de grandes questions, et on tombe dans le coma intellectuel ! On n’a plus rien à faire ou pas grand-chose et c’est la grande tristesse qui s’empare de vous alors, et qui n’est jamais non plus très loin du rire heureusement ! Passons en revue comme à la caserne quelques grands auteurs qui nous en apprendront plus sur l’âme russe : on commence par Gogol, génie ukrainien fondateur de la grande prose impériale russe, pour qui deux éléments se conjuguent pour produire notre tristesse le temps (ou l’histoire), et aussi l’espace !

« Dans les chroniques générales de l’humanité, il y a des siècles entiers qu’on voudrait biffer et faire disparaître comme inutiles. »

Comme si cette fin de l’histoire, racontée plus tard par le russe blanc Alexandre Kojève, ne suffisait pas, on a l’angoisse devant les horreurs de l’espace ! On trouve dans les "Ames mortes" le passage suivant, où l’ennui suinte d’un paysage bien laid :

« Les abords de n’importe quelle cité, fût-ce même d’une capitale d’empire, ont toujours quelque chose de pâle, de grisâtre, d’uniforme, de poudreux, qui est fort peu attrayant ; ce sont des usines, des fabriques, des manufactures noires de fumée, des cimetières, des dépôts de matériaux et la voirie. »

Gogol pense alors à une vieillesse prématurée, qui frappe la trentaine et frappe les grands esprits européens comme Byron, Chateaubriand ou Senancour : on n’a plus envie de faire danser la musique de la vie ! A trente-cinq ans on ne veut plus jouer à l’adolescent curieux de tout, émerveillé !

« Aujourd’hui je traverse avec une profonde indifférence tous les villages inconnus, et j’envisage froidement leur triste et misérable apparence ; mon regard ne s’arrête plus sur de pareils objets, rien de grotesque ne me fait plus sourire ; ce qui autrefois provoquait chez moi instantanément un grand éclat de franc rire, et une heureuse animation dans mes traits et mes mouvements, passe maintenant devant mes regards comme inaperçu, et ma bouche, détenue immobile de froideur, ne trouve plus rien à dire de ce spectacle, qui avait alors le secret de me ravir en extase. O ma jeunesse ! O ma belle ingénuité !... »

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23 novembre 2012 - lien permanent
Mort à la catastrophe
Essai-trompette sur notre post-apocalypse
par Nicolas Pérégrin

Pour Serge de Beketch

Deuxième mouvement : De la Fin de l’histoire à la paix des méninges

Quand on va à la plage, certains y vont encore même si ça fait pauvre et sale, on se rend compte d’une chose, liée toujours à notre bon vieux vieillissement. Les gens ne font rien. Ils s’étalent, ils s’endorment, ils s’enduisent d’huile. J’aime qu’on m’enduise d’huile, dit toujours OSS 117, qui du coup va passer pour gay (apparemment le public ne sait plus que dans un hammam ce sont les hommes qui massent les hommes ; alors il rit, comme les blondes). Ils s’exposent au soleil. J’en ai connu une qui disait ainsi adorer son Râ, pas la souris (d’ailleurs elle avait un chat), non, le soleil.

Dans ce grand sommeil estival et maintenant éternel puisque de Caraïbes en sida on peut bronzer et dormir bourré toute l’année, à coups de séjours tout compris, on peut sans doute atteindre le nirvana. Je n’ai pas toujours cru à tous ces mystiques hindous qui s’accommodent d’un tas de boue, et par paquets de millions se déchaînent pour un dieu au nom incertain. On a toujours prétendu qu’ils atteignaient un niveau sidéral et mental, un peu comme Superman, mais a-t-on les moyens de vérifier ? En attendant les cours de la bourse de Mumbai ont dû monter bien plus haut que nos extatiques rêveurs et nos grands paresseux.

Mais notre occidental moyen, notre bien oxydé, peroxydé, bon teint, blond et bronzé, musclé ou métrosexuel, notre réalisé bien vivant a atteint pour sa part la paix des méninges. Il n’a plus qu’à survivre ainsi pendant encore quarante ans. Je me rappelle ainsi une vision instructrice à Mar del Plata. Un vieux bonhomme assez maigre, bien âgé, avec la peau complètement brûlée. C’était Cramé contre Kramer. Il avait dû en son temps penser qu’il fallait dormir au soleil, que c’était le gage de la réussite solaire et sociale, spirituelle même. Tant il est vrai qu’une journée passée au soleil éteint en nous toute flamme, toute velléité de penser. En tout voilà un beau moyen d’atteindre la paix des méninges. Partir en vacance, au singulier, et surtout ne penser à rien. Pour les penseurs, il y a les soporifiques. Les antidépresseurs, les benzodiazépines.

Les autres n’ont plus à lire : Nietzsche, Hegel, Marx, trop dialectiques, vive les soporifiques. Le modèle tropical appliqué à la planète qui ne veut plus souffrir s’applique parfaitement à la société posthistorique. On ne se réveillera qu’en cas de coup dur, encore faut-il être prévenu. J’ai personnellement abandonné presque tout contact avec l’information, donc peut-être qu’en cas de fin du monde, je ne la vivrais pas ou ne la comprendrais pas... Et si c’était ceux-là les survivants à la Fin du Monde, ceux qui ne savent pas que l’événement banal en somme qui se produit c’est le final ?

Il y a plusieurs moyens d’instaurer la paix des méninges : la démocratie consumériste (mais pas toujours) ; l’exaltation de la crasse ignorance (il y avait des guerres quand il y avait des idées ou au moins des convictions), la désexualisation.

***

Je vais encore parler de contes de fées. Philippe Muray remarquait à la fin des années 90 que l’abondance d’hyperboles (le train à grande vitesse, la très grande bibliothèque, le très bel attentat de Bagdad) traduisait comme toujours une régression mentale mais surtout un esprit enfantin ahuri : on s’émerveille d’un rien, par les temps qui courent. Qui dit contes de fées dit abolition de l’histoire avec princesses, princes, absence de vie (ils vécurent heureux etc.), luxe à tous les étages et âpre rivalité ou appétits sexuels et monétaires inavouables.

J’ignore encore quel titre donner à ce deuxième mouvement, presque une symphonie de l’ancien monde. Je pensais l’intituler "De la Fin de l’Histoire à la paix des méninges", et voilà que je pense plutôt à la fin des sexes. Je me serais bien lancé dans une diatribe contre une Paris Hilton ou les pétasses liftées à chihuahuas. Mais on s’en moque assez comme cela, et puis est-ce une idée comme ça de s’attaquer au produit d’un système social ?

On a créé des adolescentes de contes de fées par myriades. Elles sont toutes des Cendrillon, à vouloir se dorer la pilule sur des yachts de luxe, à voyager en jet et s’habiller Prada (pour les plus pauvres). Comme les soeurs de Cendrillon elles estiment toutes bien le valoir et se disent tout de go : "Pourquoi pas moi". On oublie simplement que quand on veut être princesse, il faut supporter de l’être. Au quotidien, c’est dur d’être quoi que ce soit. La place de Dieu le père, je n’en voudrais pas, c’est un cul-de-sac, disait déjà Napoléon.

Il faut remarquer à la décharge de Perrault ou de madame d’Aulnoy que ce n’est pas eux qui ont rendu les filles comme les poupées Barbie. Personne ne les lit, on lit plutôt Musso à cet âge las. L’iPod toujours présent, le téléphone portable (vieux groupe nominal), le Blackberry, tous ont joué un rôle plus grand pour altérer la santé mentale des jeunes que la presse à imprimer de Gutenberg pour répandre les simagrées du protestantisme et déclencher des siècles de guerres civiles européennes. La fille est maintenant entourée d’un réseau de jeunes filles, comme Cendrillon autour de ses soeurs ou les petites filles de l’ogre. Les garçons sont devenus des sujets de conversation, ils ont été numérisés, idéalisés, et d’ailleurs ils ne demandaient pas mieux. Le vide de l’homme c’est la vue, le vice de la femme c’est l’ouïe. Telle mère, tel vice. Alors on passe son temps pendu au téléphone, dans une position d’attente, un peu hébétée, et on passe de plus en plus de temps sur le trottoir sans le faire (encore que...)

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14 novembre 2012 - lien permanent
Derrière l’écran
Julien Duvivier et le malheur d’être Français
par Nicolas Bonnal

Duvivier est ce qu’on peut appeler un maître, au sens de Ford, de Lang ou d’Eisenstein. Il maîtrise la lumière, l’espace, les ténèbres comme personne. Personne ne filme mieux que lui l’inquiétude ou l’angoisse, ou la dissuasion. Il peut même filmer la parole de Dieu ; car qui a fait mieux que lui dans Don Camillo ? C’est de tout de même mieux que les dix commandements, non ? Comme Hawks, il peut toucher tous les genres, et il en sort indemne. Pourtant il n’est que Duvivier.

Il n’est que Duvivier parce qu’il est Français. Ah, le malheur d’être Français quand on n’a pas la psychologie française ! C’est que Duvivier n’est ni Descartes ni Voltaire ni Auguste Comte. Il serait plutôt proche de Nerval (je sais faire la différence avec Féval, merci), de Gautier, ou, avant eux, de Cazotte. On pourrait aussi penser à Nodier, à Borel, aux petits maîtres mineurs du romantisme français qui ouvraient les tiroirs de la pensée française réglée au métronome par le monde bourgeois, l’esprit des lumières et l’administration bonapartiste. Duvivier c’était mieux que cela. C’est un poète tragique et alémanique, une envolée lyrique, une expression mystique et un soupçon de nihilisme chrétien. Et qu’est-ce que notre homme était gentil ! Et modeste avec ça ! Tout en sachant ce qu’il voulait...

***

Duvivier était aussi coincé par les années trente et le front populaire : on faisait dans le sozial, à cette époque, et il en fallait des joyeuses équipes, des fraternités ouvrières, et des malheurs de classe, et du sozial, vous dis-je, on est encore en France, le pays de Descartes et Zola, allons bon... L’exception française, j’ai déjà donné. Ceci dit la Belle équipe est un bon film assez prophétique en ce qui concerne les malheurs de la classe ouvrière. Elle aura disparu ici et ailleurs sans laisser de traces. Marx le disait pourtant : la classe révolutionnaire c’est la bourgeoisie cosmopolite.

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13 novembre 2012 - lien permanent
Derrière l’écran
Réflexions sur Pagnol et sur la disparition de la France et de sa Provence
par Nicolas Bonnal

Toutes les nations m’avaient environné ;
au nom de l’Eternel, certes je les ai détruites.

Je pourrais faire le coup du château de ma mère, de Bouzigues et d’Escartefigue, de la marine française qui te dit merde, de cela fait quatre tiers... Je n’en ai pas envie. Tant pis pour la nostalgie, il y a un moment où il faut bien dire qu’elle fait l’idiote la nostalgie, et qu’elle nous prend pour des cons la nostalgie. La tolérance, il y a des maisons pour cela, disait l’autre ; la nostalgie, il y a des radios. On recycle et on vous vend du programme mental tout fait et tout complet. Quand je parle de cinéma ancien, c’est parce qu’il est bon, pas parce qu’il est ancien. Mais j’en viens à Pagnol, ce filmeur de bons mots un peu trop repassés.

***

Lorsque j’étais petit, je voyais les Pagnol à la télé française. C’était une institution ; on entourait le tout d’explications ; on venait nous éclairer ; les personnes âgées venaient avec leur nostalgie ; c’était l’aube du bon vieux temps. Ah de mon temps...

Ce bon vieux temps n’est plus, on n’est plus en 1970, 80, 90 mais en 2000 et quelques, à l’aube d’un millénaire qui n’est déjà plus grand chose, et promet de n’être bientôt plus rien, entre la disparition des sexes et des pays, des races et des cultures, des personnes trop âgées et de la terre même. Je me souviens déjà que dans les années 80 le fils Fernandel, qui avait présenté des émissions à la provinciale et sympa station RMC (Serge de Beketch avait même interviewé Zappy Max !), militait pour le Front national. Il sentait la menace, il sentait que tout allait disparaître, et qu’on ne pourrait pas nous faire le coup de "Regain" comme chez Giono. Tout allait disparaître dans cette fin de millénaire en solde.

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5 novembre 2012 - lien permanent
Derrière l’écran
Variations sur Sacha Guitry
par Nicolas Bonnal

Le public, la horde roteuse des cocus aryens
ivrognes... se régale des navets de M. Sacha.

Céline, "Bagatelles".

J’ai eu la chance de rencontrer un soir Jean-Laurent Cochet après une représentation du "Dernier testament" ; il m’a salué très gentiment, a répondu sans trop d’afféterie à mes pompeux compliments et m’a souligné combien Guitry est un auteur de génie. Or j’avais déjà oublié la pièce ! Vous pourriez me raconter les détails même la trame du "Dernier testament" ? Mêmes tambourins, même carambouille, même inutilité, dit Céline. Chassez Sacha, on ne saisira rien.

C’est le problème que j’ai avec Guitry : Philippe Randa a publié le très bon livre de Maud de Belleroche sur notre génie national et transnational, et j’ai oublié de quoi il parlait aussitôt refermé ! C’est cela le problème de multiplier les bons mots, les remarques, les pointes : on les oublierait presque du côté de l’auditoire ! Je ne peux pas citer de pièce de Guitry ou presque. Et d’un autre côté, son cinéma et son théâtre fonctionnent bien sûr sur moi de façon hypnotique, persuasive, conative : je n’en peux décrocher. Mais de quoi donc sinon pouvait-ce bien parler ? Mêmes tambourins, même carambouille, même inutilité, dit Céline.

***

Je lisais jeune les Cahiers du cinéma, quand ils n’avaient déjà plus rien à dire (mais ils étaient encore supportables à l’époque), et je me souviens par contre d’un article très élogieux sur Guitry. Cela devait faire postmoderne et décalé comme on dit. Le critique parlait d’un fait bien prosaïque : génial Sacha voulait filmer ses pièces. Il les mettait en boîte, et il avait raison.

Mais, et c’est là le hic, l’exercice simple de mettre en boîte son théâtre plein de bons mots et de triangles lui paraissait ennuyeux. Il périssait d’esprit, Sacha. Et d’un coup, du premier, il devient un génie, en filmant les plus géniaux génériques de l’histoire du cinéma en France comme ailleurs. Il va nommer lui-même ses collaborateurs et son producteur (on pourrait dire que ses collaborateurs sont français et son producteur juif ! Non ?), ou il va tourner les pages d’un album-photo ou il va parler de lui à la troisième personne... Un génie, vous dis-je ! Il a doublé six fois sa sixième (bravo l’instruction publique !) et à vingt ans il gagne des millions par son verbe !

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2 novembre 2012 - lien permanent
Mort à la catastrophe
Essai-trompette sur notre post-apocalypse
par Nicolas Pérégrin

Pour Serge de Beketch

La folie du moment est d’arriver
à l’unité des peuples et de ne faire
qu’un seul homme de l’espèce entière.

Monsieur de Chateaubriand

Premier mouvement : Hans Christian Andersen et les habits vieux du libéralisme agonique

Ceux qui avaient prédit que le XXIe siècle « serait spirituel ou ne serait pas » ne se sont pas trompés : il ne sera pas. Entendons qu’il ne se terminera pas comme il a commencé, avec ses mille et un ennuis à Bagdad, ses folies immobilières, son euro tout-puissant, sa mondialisation heureuse, son people pour débiles. Il se sera passé quelques chose avant, comme disait un démographe, et ce quelques chose aura le mérite de mettre un terme au déluge de stupidités environnantes. Ce sera une punition, ce sera une purification salutaire. On aura un nouveau déluge, et sans doute de nouvelles arches. Gageons que nous risquons de voir survivre seuls quelques milliardaires sur de super yachts bien glacés en quête de pétrole. Ils seront des Mad Max de luxe avec des commandos israéliens à leur bord. Mais n’anticipons pas. Laissons aux crétins le plaisir de vivre bien fort et bien serré leur crade apocalypse. On leur aura bien dit...

Pour l’instant je savoure comme un scoop, une information privilégiée, ce qui échappe à tous les Rantanplan de la place, si hâtifs de participer à la prochaine île de la tentation, à la prochaine croisière Paquet ou aux prochaines élections européennes : la prolétarisation de la race blanche. La grande et belle race blanche qui depuis un demi millier d’années avait mis la planète à sac, réduit le monde entier à la portion congrue et divisé le marché planétaire du travail. Celle-là actuellement se coule toute seule, même si les autres pays, continents, et surtout pays continents commencent à l’éliminer peu à peu de l’écran des marchés. Et bien cette race blanche vit mal ; elle consomme moins, elle voyage moins, elle crée moins. Elle est moins active, la voilà enfin plus inactive, alors que la Chine enfin éveillée fait trembler le monde et baisser les prix des textiles ! A la veille de partir à la retraite, la voilà sans ressources, et surtout au point de se retrouver sans budget ou même sans monnaie ! Cent ans après la guerre de 14 ! Une aubaine...

La vieille race blanche se crève. Elle se crève de vieillesse tout d’abord avec ses 45 ans de moyenne d’âge, ses retraites et son obésité de toutes les plages et de toutes les croisières ; elle se crève d’impuissance avec sa morale imbécile, ses guerres humanitaires et son hypocrisie ; elle se crève de son obsession de l’argent, sur écran ou dans la rue. Elle se crève aussi de paresse et d’acédie. Elle est débordée de tous les côtés par des races plus jeunes, plus entreprenantes, plus travailleuses, plus inventives. Elle qui a rêvé de la fin des races, ou qui les a niées, elle qui voulait par-dessus établie la race à prix unique pour mieux remplir ses supermarchés de consommateurs et de caissières au SMIC !

A quelle vitesse tous ces phénomènes vont-ils se produire ? Après tout c’est en 2006-2007 que la crise actuelle a commencé. La nature nous a rappelés que nous arrivions à 60 ans, ce que la médecine avait oublié (c’est même la seule règle scientifique : on ne calcule jamais les conséquences). Et cette fameuse génération du Baby Boom, qui s’est avérée avant les nôtres, la première génération culturellement nulle, devient vieillotte et par ses retraites ruine ou achève de ruiner nos économies mal en point. Elle qui a pourtant profité de tous les booms immobiliers dégénérant en krachs s’avère nue comme le grand-duc d’Andersen.

***

Cette histoire d’Andersen est d’ailleurs fantastique pour son contenu pédagogique, à l’inverse du cinéma d’aujourd’hui, où coule le sang, mais jamais la raison. Le bonhomme de duc non seulement se promène à poil dans l’indifférence de ses sujets abrutis, au milieu de ses conseillers trouillards, et surtout désireux de se garder une place au soleil, mais il a été ruiné par les tisserands type Madoff ou Goldman Sachs, bref par les marchés financiers, par ses "riches tailleurs". Ils lui ont demandé toutes ses richesses, en particulier des tissus précieux, de la soie, de l’or et des perles pour confectionner un invisible habit.

Et si nous reprenons une brève histoire de nos délocalisations : pour satisfaire les écrans d’ordinateur des marchés financiers qu’il ne faut surtout pas énerver, car les investisseurs partiraient ! Nous avons saccagé, les Allemands mis à part, toutes les usines de nos vieilles races blanches. Aujourd’hui nous fabriquons plus rien, et nous sommes content d’être passés au stade de la société post-industrielle, pour complaire au futurologue ahuri de la troisième vague. Il n’y a pas de costume pour le grand-duc, qui s’est surtout fait tailler un short, et il n’y a plus non plus de pognon dans les coffres. Albion, l’Océanie américaine et notre bon Euroland ont les caisses les plus vides du monde depuis qu’ils ne fabriquent rien, depuis qu’ils n’exportent rien. Promenant leur vieux corps à poil aux quatre coins du monde, les blancs croulants ne voient même plus qu’ils traversent des pays en progrès, et non des moribonds.

Le plus fabuleux dans le conte d’Andersen est que le seul à se rendre compte du chaos et de l’escroquerie, le seul aussi à avoir l’innocence de le dire et de le crier même est un enfant. La vérité sort de la bouche des enfants, et nous n’en voulons plus, ou nous les adoptons comme au marché aux puces, ou nous les profanons, moins sexuellement d’ailleurs qu’intellectuellement. On comprend que notre société de vieux qui contrôle si bien une jeunesse qu’elle recycle, abrutit, exploite et puis aliène, ne veuille pas entendre de vérités psychologiques élémentaires, pour reprendre une expression sympa d’un penseur de la IIIe République. Elle traitera d’excessif, extrémiste, outrancier tout propos qui contredira sa folie. L’entropie est ici ancienne : la presse, au nom si mérité, a toujours eu pour fonction d’ahurir. Et Tolstoï remarque au début d’"Anna Karénine" qu’il faut lire les journaux « de cette moyenne où se tient la majorité ». Ainsi le troupeau dort mieux et se laisse-t-il au final mieux mener à la boucherie héroïque ou démocratique, si souvent synonymes depuis bien deux siècles.

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31 octobre 2012 - lien permanent
Derrière l’écran
Brigitte Bardot et la France enchantée des années 50
par Nicolas Bonnal

Je rougis quand j’ai honte, mais jamais au soleil.

B.B.

Brigitte Bardot n’a jamais trop cru au cinéma. Elle est trop star pour ça. Pour elle c’était un métier, et un moyen de mener la grande vie, mais ce n’était pas du grand art. C’est pourquoi du reste elle n’est pas devenue une actrice culte. Elle reste bien sûr une colossale icône culturelle, un grand modèle mimétique dans l’histoire de la femme moderne, à l’image de George Sand ou d’Isadora Duncan, mais elle n’est pas l’actrice de légende qu’on eût pu en faire.

Ce n’est d’ailleurs pas un mal. Son génie est ailleurs, s’il n’est pas dans le cinéma. Et si sa carrière a décliné dès les années 60, c’est pour une bonne raison : la France, dont elle incarnait la grâce et le génie aux yeux du monde, a commencé à se faner dès cette époque. La République est devenue le royaume de Fantômas, le cybernéticien agité de l’ombre, celui que poursuivent Juve et Fandor, et qui construit les centrales nucléaires, les autoroutes, l’Europe des 1000 et reproduit le néo-français d’après l’Histoire. C’est aussi la France des divorces (le Mépris, avec Bardot, le meilleur Godard...) et du mécontentement existentiel permanent (« Qu’est-ce qu’on peut faire ? » dans Pierrot le fou).

Mais Brigitte Bardot, c’est encore la douce France des routes de campagnes, des amourettes de la toile de Jouy, de la poésie des grandes villes et du marivaudage marrant. Comme notre grande actrice est parfaitement de droite et intelligente, elle l’a compris dès le début. Il est amusant de penser que c’est sous de Gaulle que la catastrophe a commencé de se produire. Est-ce un hasard, une cohérence aventureuse ? Selon son degré d’antigaullisme, chacun choisira. On rappellera que la grande comédie italienne, celle de Dino Risi par exemple, décrit l’avènement des nouveaux monstres de type Berlusconi en Italie et ailleurs, et dès les années 60. C’est venu avec la technique et le capitalisme américain appliqué aux vieilles démocraties bourgeoises européennes. Voyez aussi la galerie des monstres néo-bourgeois de Claude Chabrol, de la femme infidèle au garçon-boucher.

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30 octobre 2012 - lien permanent
L’humeur de Patrick Gofman
Méfiez-vous des contrefaçons

La messe annuelle à la mémoire de Serge de Beketch seul, organisée par sa veuve, dite par le père Argouarc’h, vous attend samedi 3 novembre à 11h00, en l’église St-Eugène - 4, rue du Conservatoire 75 009 Paris - M° Bonne-Nouvelle ou Cadet.

***

Philippe Varlet (secrétaire général de Radio "Courtoisie" récemment expulsé courtoisement après 25 ans de services bons, loyaux et gratuits) écrivait le samedi 6 octobre dernier :

« La messe pour les défunts de Radio courtoisie, célébrée par l’abbé Eric IBORRA à l’église St-Eugène à Paris, n’a réuni QUE 77 personnes, ce qui est peu. Sauf erreur ou omission de ma part, aucun "patron" d’émission ne s’est déplacé. Il est vrai que cela ne sert à rien de "cirer" les morts puisqu’ils sont morts et qu’ils ne peuvent plus les servir ! Ils n’ont même pas la "reconnaissance du ventre" ! »

***

De son côté, le quotidien Présent a choisi également ce triste samedi pour annoncer la messe du 3 novembre (ci-dessus).

***

La famille de Beketch à la sortie de la messe (photo : Patrick Gofman) :

Patrick Gofman
<http://parolesdemilitants.blogspot.com/>
29 octobre 2012 - lien permanent
Relecture post-Apocalyptique
Virgile et les abeilles (ou les abeilles vues de droite)
par Nicolas Bonnal

Tu regibus alas eripe

Mon vieux maître Abellio parlait de communisme sacerdotal, mon vieil ami Stephen de monarchie socialiste (à l’école). On peut aussi parler de socialisme magique à propos des abeilles et de leur merveilleuse société. Ou bien de communisme monarchique, une belle société spartiate et sans esclaves.

Laissons dire le maître suprême de toute poésie. Je le cite dans la traduction de Maurice Rat et j’invite mes rares et vrais lecteurs à lire et relire ces vers en ligne.

***

Evidemment, Virgile en parlant des abeilles va nous parler des sociétés humaines, du sacré et de la cosmologie. Il s’agit d’une étude des moeurs, d’une étude morale :

« Poursuivant mon oeuvre, je vais chanter le miel aérien, présent céleste : tourne encore tes regards, Mécène, de ce côté. Je t’offrirai en de petits objets un spectacle admirable : je te dirai les chefs magnanimes, et tour à tour les moeurs de la nation entière, ses passions, ses peuples, ses combats. Mince est le sujet, mais non mince la gloire, si des divinités jalouses laissent le poète chanter et si Apollon exauce ses voeux. »

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29 octobre 2012 - lien permanent
Relecture post-Apocalyptique
Dostoïevski, Léon Bloy et la Mission de la Russie
par Nicolas Bonnal

J’attends les cosaques et le Saint-Esprit

Nous sommes à l’avant-veille d’un effondrement de l’Europe et de la France. Cet effondrement est consenti. Les Français ne s’en rendant pas compte et souhaitant faire la guerre à la Syrie, ce n’est peut-être pas bien grave ! Sauf si l’Euro s’écroule, et encore, on n’aura droit à aucun petit réveil. Ce n’est pas grave non plus : les plus malins seront partis, les autres feront la queue pour le marché noir en pestant contre les temps qui courent. On a l’extase mystique qu’on peut.

Dans le chaos qui nous menace, les plus éveillés voient le profil de la Russie se lever confirmant l’attente de Léon Bloy, les cosaques et le Saint-Esprit. Si l’Amérique ne nous atomise pas avant, c’est vers ce destin que nous irons. Sinon, et bien tant pis. Nous ne savions plus si nous étions vivants, disait Soljenitsyne.

Je fatigue d’écrire pour sauver ce pays. On se contentera donc de citer Dostoïevski et son merveilleux discours sur la mort de Pouchkine où le grand auteur et mystique projetait ses rêves surhumains. Mon lecteur en retirera ce qu’il en voudra.

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26 octobre 2012 - lien permanent
Relecture post-Apocalyptique
Tocqueville, la presse et la liquidation de la pensée
par Nicolas Bonnal

Le seul moyen de neutraliser
les effets des journaux est
d’en multiplier le nombre.

Je parle souvent de ce génie, mais je ne peux me résoudre à ne pas le relire, à ne pas le citer. Tout est chez lui. C’est comme ça, désespérant et transparent.

Dans son livre tant cité et jamais lu, si commenté et jamais accepté, Tocqueville règle quelques comptes et fait quelques prophéties : la démocratie, l’Amérique, la presse, tout y passe. Il ne faut pas s’étonner que, presque deux siècles plus tard, nous ne soyons plus nulle part : il ne reste ni peuple, ni race, ni religion, ni projet, ni futur. Concernant la presse, et ses dérivés, télévision, Internet, multimédia, ce qu’on voudra, Tocqueville avait vu, à l’instar des grands génies de son temps (Balzac, Poe, Gogol entre autres), que j’avais recensés dans mon dernier ouvrage, le danger venir. Il le comprend ainsi, le vrai danger de la presse :

« La liberté de la presse ne fait pas seulement sentir son pouvoir sur les opinions politiques, mais encore sur toutes les opinions des hommes. Elle ne modifie pas seulement les lois, mais les moeurs. »

Et c’était avant MTV et les zozos de Yahoo ! Je voyais ce matin un reportage des actualités espagnoles expliquant qu’en Grèce les bordels financent les clubs de foot fauchés ! Sur une chaîne nationale ! L’heure du journal !

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25 octobre 2012 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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