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L'après Libre Journal
Après l’Apocalypse
John Cleese, Londres et l’horreur olympique
par Nicolas Bonnal

:: Texte en russe

London is no longer an English city.

John Cleese

Le symbole vivant du gentleman british et décalé, le grand acteur comique John Cleese, a mis les pieds dans le plat à propos de l’horreur olympique : « Londres n’est plus une cité anglaise... On ne s’y sent plus anglais. C’est pour cela que l’on a eu les jeux olympiques », a-t-il déclaré dans une interview aux médias australiens à propos des nombreuses émeutes qui émaillent l’ordinaire anglais depuis quelques mois. Cleese défend bien au passage la diversité dans son pays (Qui ne le ferait pas ? Mais cette société se fout du monde : elle tue la diversité et l’identité de tous les peuples du monde au nom de la diversité...), mais quand il n’y a plus de pays ? Quand il n’y a plus de peuple britannique ? Quand il n’y a que des touristes, des immigrés et des exilés fiscaux ? Qu’est-ce qu’il y a à y voir à Londres à part les sikhs et les oligarques ?

John Cleese bien sûr ne vit plus en Angleterre, mais cela ne l’empêche pas d’avoir son mot à dire. Il a aussitôt reçu les menaces outragées du maire de Londres, le justement prénommé Boris Johnson, qui a exigé de lui des excuses et une célébration de la diversité londonienne. Célébrons ! Célébrons ! Homo festivus est de retour !

Philippe Muray faisait remarquer que l’homo festivus, obsédé de joies et d’orgueil communautariste (il rame, Adam !), marche au son du tocsin et au pas de l’oie (les nazis aussi adoraient les fêtes) ; il a besoin de pénal pour garantir sa faconde, il veut des sanctions, il veut des guerres, et il fera la guerre à toutes les Libye et toutes les Syrie du monde (d’après Charlie Skelton, la chef de la résistance syrienne Bassma Kodmani a d’ailleurs un passeport français !(1)) et à tous les contrevenants de sa barbarie primate, de son extase néandertalienne, de son euphorie anthropophage... Il n’y a qu’à voir tous ces coureurs grimés comme des orcs, rasés comme des esclaves romains (chauve qui peut !), tatoués comme des cannibales des îles, gorgés comme des cyclopes et dressés par leur maître ou le sponsor à trimballer leurs couleurs molles autour du stade... On a des clones de Vin Diesel ou du très vil Statham (d’ailleurs ex-plongeur de l’équipe olympique) pour chaque course maintenant et la société mondialisée et néo-totalitaire ne veut plus s’en laisser compter. Le butor androïde a remplacé l’athlète bien éduqué, sauf en Asie (les Chinois sont impeccables, c’est encore une république du peuple). On en comprend que mieux pourquoi les meilleurs sprinters occidentaux viennent non plus de l’Amérique mais des paradis fiscaux, des anciennes colonies pirates et des Caraïbes aux drogues douces. Avec les 25 000 milliards de dollars qui dorment dans les coffres de la Barbade ou des Caïmans on a de quoi bien les farcir, tous ces surhommes aux billets verts...

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20 août 2012 - lien permanent
Petits règlements de contes
V - Schéhérazade
par Nicolas Bonnal

Ma sonnerie retentit. J’étais dans mon solarium. Je me rappelais que malheureusement mon drone Hal 2000 était en réparation. Il fallait donc que je me dérangeasse. Je quittais mon état semi-hypnotique et gagnai mon entrée revêtue de marbre. J’allumai le visiophone : je ne vis rien. Je n’avais pas de chance avec la technique ce jour-là. Mais une jolie, une suave voix féminine retentit.

- Bonjour, mon ami. Je suis Schéhérazade.

Je bondis de joie, de reconnaissance aussi. Ils m’avaient fait cadeau d’une journée, m’envoyant ma commande avec 24 heures d’avance !

- Vous voulez dire, le robot, pardon le...

- Je suis un cyborg de l’entreprise Mazeppa Corporation, modèle T0004. J’ai ici tous les documents, mais vous ne recevez pas mon image, je pense.

- Attendez...

Je reculai. De rage je frappai deux fois le visiophone. L’image revient enfin et je vis Schéhérazade.

- Je vous envoie les coordonnées sur votre cellulaire. Commande ZWBEX57. Vous ne m’ouvrez pas ?

Je ne lui ouvrais pas. Je la regardais, je la contemplais plutôt. Elle avait les yeux gris que j’avais commandés, les cheveux auburn coupe Louis Brooks que j’avais réclamés, les taches de rousseur sur fond pâle que j’avais désirés par-dessus de tout. Et en plus c’était un modèle Schéhérazade. J’étais émerveillé. Je finis par la faire monter. Elle ne s’était pas impatientée.

Je ne savais pas comment me vêtir. Mais après tout ce n’était pas une femme et j’étais moi le client. Je remerciai dans mon for intérieur mes parents de m’avoir laissé un si bel héritage et de quoi faire de bonnes études. Grâce à cela je pouvais m’offrir trois soirées par semaine en copropriété une Schéhérazade. Car je m’étais lassé de tout le reste, ayant déjà volé trois fois en navette spatiale. Quel bonheur cette époque ! Et je faisais deux fois mon âge grâce à mes chirurgies...

***

Elle était devant ma porte, attendant sagement. Je vis son corps élancé par mon écran extérieur. Elle entra : elle mesurait 1,74 m comme j’avais demandé (pour la dominer un petit peu), avec de longues jambes fuselées, des bras et mains très fins, un beau port de tête. Elle défilait comme un mannequin.

- Je suis heureuse d’être à votre service.

- Oui... (j’étais mieux que dans un récit de science-fiction, j’étais dans un conte de fées)

- Voulez-vous discuter de philosophie ?

- Oui, mon âme... tu peux me tutoyer, tu sais ?

- Par quoi aimeriez-vous commencer ?

- Je ne sais pas... Héraclite ? (je dirigeai le projet Héraclite dans mon entreprise de communication).

- Dans quelle traduction ?

- Je ne sais pas... je voudrais aussi le texte grec.

- Les Stromates, de Clément d’Alexandrie ?

J’étais aux anges. Je n’écoutais plus ce qu’elle disait, je ne savais plus ce qu’elle disait. Je bus Schéhérazade comme une divine liqueur cette première nuit.

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16 août 2012 - lien permanent
L’humeur de Patrick Gofman
Mesquin : Philippe Varlet viré de Radio "Courtoisie"

Philippe Varlet, le secrétaire général de Radio Courtoisie choisi et adoubé par Jean Ferré et Serge de Beketch depuis la création de la radio et co-créateur lui-même, a été viré par le Président Henry de Lesquen qui dirige non comme le républicain qu’il se dit être mais comme le dictateur qu’il est en réalité.

L’élimination de Philippe Varlet par Henry de Lesquin, tant du Conseil d’Administration que du poste de Secrétaire général, lui permettra d’agir à sa guise sans aucune opposition.

Patrick Gofman
<http://parolesdemilitants.blogspot.com/>
13 août 2012 - lien permanent
Petits règlements de contes
IV - Le nostalgique
par Nicolas Bonnal

J’étais résolu à défier le baron. Ses sempiternelles litanies contre le temps présent, son arrogance colérique, sa mauvaise éduction et son fanatisme politique m’avaient profondément irrité. Certes j’avais comme d’autres profité de sa générosité paradoxale, de ses invitations répétées dans le domaine de D... et ses chasses de L... Mais c’était finalement au prix de mon honneur intellectuel, car comme les autres convives je devais renoncer à mon indépendance d’esprit et abjurer mes convictions idéologiques. Je m’étais donc résolu à le contredire pour une fois et à tourner en ridicule ses idées rétrogrades et réactionnaires.

L’occasion m’en fut bientôt donnée. Le baron avait réuni un aréopage serré d’amis ; nous avions chassé le cerf tout le jour et, après la curée, notre hôte avait voulu célébrer royalement, comme il disait avec insistance, son haut fait. Et pendant que la tête dégoulinante du cerf muait en nature morte ce qui avait été la table de la grande cuisine XIXe du château de D..., nous festoyions avec force boissons. Nous n’étions qu’une douzaine, tous d’ailleurs assez fourbus, plus par l’atmosphère de la nuit que par l’effort du jour. La nuit était tombée tôt et avait enveloppé un ciel déjà bien sombre. Nous étions dans le salon de chasse de la vieille demeure (qui ne me paraissait pas si vieille d’ailleurs), entourés de tapisseries et de trophées de chasse, sur de confortables fauteuils de cuir anglais. Au milieu de ce décor disparate et de la clarté pâle des chandelles, le baron reprit sa ritournelle contre la démocratie et la modernité.

- Aujourd’hui, nous n’avons plus d’ordres... Je ne parle même pas de rétablir une société d’ordre... mais voyez le chaos qui s’installe partout à nos portes... cette barbarie... Vous avez vu les événements...

C’était l’occasion que je guettais depuis des mois.

- Mais enfin, baron, de quoi parlez-vous ?

- Mais du désordre ! des émeutes !!

- Vous parlez des petites manifestations dont les médias affolés nous rebattent les oreilles !

L’air pincé, le baron se versa un verre de cognac sans en proposer à ses hôtes.

- Ah, parce que pour lui ce sont de bricoles... une garden-party !

Je poursuivis mon attaque.

- Enfin, voyez la force des mouvements sociaux en 1968... et eux n’étaient guère violents non plus. Pensez aux combats de rue en Allemagne dans les années 30, au 6 février 34 et à ses dizaines de morts. Nous vivons dans une société moins violente, ennuyée, mais qui se fait des peurs soudaines, voilà tout.

Le baron se tut, l’air bien sombre. La conversation reprit, moins allègre. Mais il ne put se retenir bien longtemps, et lança une invective contre le déclin de la France.

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9 août 2012 - lien permanent
Petits règlements de contes
III - Le diable en salle
par Nicolas Bonnal

Mon vieil ami Didier - que j’avais surnommé Dieter, comme pour lui ajouter une aura de soufre - avait depuis toujours un penchant certain pour les femmes, les alcools et l’argent. Comme il consommait des unes, buvait des autres et gagnait du dernier, il n’était jamais à cours de surprises. Il vivait tout cela en grand vizir des plaisirs, en traversant, au milieu des années 80, plus de plaisirs en un an qu’un de ses congénères en vivrait en une vie. Les gens n’ont pas coutume de supposer quelle quantité de plaisirs un estomac ou une âme peuvent ingurgiter. Or elle est presque illimitée. On peut certes supposer qu’un esprit jouisseur va se lasser, qu’il va se blaser ou déprimer. Ce n’était pas le cas pour Dieter. Il découvrait toujours de nouvelles sources de plaisirs. Il n’avait en rien de dépression faustienne : toujours plus de plaisirs, toujours plus de désirs, telle était sa devise. Je ne l’ai jamais vu triste ou lassé de tout : en outre il était profondément bon, en dépit de, ou à cause de tous ses vices. J’ai tellement vu de gens condamnés à faire le bien, et condamner aux enfers ceux qui ne leur ressemblaient pas, ne les imitaient pas, réussissaient mieux dans cet art étrange que l’on nomme la vie...

Ce qui m’avait toujours frappé chez lui était sa vitalité physique : il n’était jamais fatigué. Passions-nous une nuit blanche qu’il repartait le matin au bureau des finances où il prodiguait ses conseils avec un apéritif dans le ventre. Interrogeais-je une fille sur son compte qu’immédiatement elle me confessait qu’il en avait une d’acier. Et le dimanche il partait complaisamment jouer au golf. Ou bien, le samedi soir, il partait vaquer dans une salle obscure avec une troupe d’amies et d’amis. Jamais je ne vis faillir en travaux de chevalier d’industrie. Il était le Galaad du sexe et des excès.

***

Je dois dire maintenant - pour expliquer la suite de l’histoire - que Dieter avait pour moi, ma fonction et mes essais littéraires, une certaine estime. Je n’ai jamais su s’il était bon juge d’hommes, et j’ai toujours vu qu’en dépit de son aura sulfureuse il ne déplaisait à personne - surtout pas aux femmes. Toujours est-il qu’il éprouvait pour moi, malgré mon manque de ressources et de prestance, ou même d’aisance, une certaine estime. Cela devait nous mener sur le long terme à une plus grande proximité intellectuelle. Car à tous ses vices coutumiers, l’alcool, les filles, l’argent, Dieter devait ajouter celui suprême de l’initiation. Dieter se réservait le domaine de la vie physique, moi celui de la vie intellectuelle. Evidemment les choses ne furent jamais si caricaturales : avec le temps j’appris à lui chiper quelques filles, lui quelques idées. De ces idées il tira peut-être cette attirance pour l’initiation, même si cette initiation devait contenir quelque dose sulfureuse. Il me regardait à cette époque toujours souriant avec un air ironique et souverain. Peut-être avait-il appris quelque chose que je ne saurai jamais deviner.

***

Un beau jour, il m’appela plus sérieux. Il lui était arrivé quelque chose de stupéfiant : il avait rencontré un personnage (il ne dit pas un homme) de la plus haute importance. Je l’écoutais, j’acquiesçais. Pourquoi ne pas rencontrer ledit bonhomme, puisque mon insistant et généreux ami m’invitait à le faire ? Dieter me prit rendez-vous.

J’arrivais dans un bar situé près des Champs-Elysées, à Paris. Je demandais à voir un Monsieur M... ; on me fit signe de descendre. Je gagnai un étrange caveau et distinguai une faible lueur, celle d’une bougie près de laquelle se tenait mon homme. C’était un individu d’un certain âge, aux cheveux longs roux et blancs, et tout vêtu de noir, les épaules couvertes d’une cape qui ne me parut plus très propre. Le bonhomme, à qui il manquait quelques dents, m’adresse ainsi la parole :

- Je suis très heureux de vous rencontrer. Avez-vous une idée de qui je suis ?

Je restai interdit. Pourquoi Dieter avait-il désiré me faire rencontrer ce Fracasado, comme on dit chez moi ? Je regardais autour de moi, mi-dégoûté par l’endroit, mi-motivé par l’envie de partir : mais je restai. Il y avait un bon bordeaux à table.

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2 août 2012 - lien permanent
Nouvelles du Marigot
Le bilan Hollande : le sans faute et la schadenfreude
par Nicolas Bonnal

Le désir accompli est agréable à
l’âme, mais se détourner du mal
est une abomination pour les sots.

Proverbes,13,19.

Certains semblent ne pas apprécier ou méjuger François Hollande, ancien PDG d’un petit département surendetté, aux commandes : ils ont tort et je dirais pourquoi. D’autant que le petit bourgeois buté de l’Elysée fait un sans faute et qu’il n’en est qu’aux débuts de ses exploits.

Dès qu’il est arrivé au pouvoir, Hollande a tourné le dos à l’Allemagne et est allé se soumettre au diktat d’Obama, en acceptant les solutions des USA à la crise, alors que ce sont ces solutions dites anglo-saxonnes qui sont à la racine du mal. Dans le même temps il a fait oeuvre, toujours sur commande, d’augmenter la dépense publique, histoire d’augmenter notre dette. Ces gens-là ne savant faire que ça, augmenter nos dettes en tout privatisant, ou nous désarmer moralement en nous désindustrialisant, ou nous faire disparaître des maternités tout en accusant les tombes de nos pères de crimes contre l’humanité !

Considérant qu’il est atlantiste et non européen Hollande s’est soumis ensuite à la voix diplomatique de son maître. Il faut faire la guerre à la Syrie, à l’Afghanistan, puis à l’Iran, au monde entier si dangereux ; et surtout insulter la Russie, comme s’en est vantée la mère Aubry, blackboulée dit-on dans la presse très à gauche par les « sionistes du PS », car on sait que son époux de circonstance a surtout épousé (sic) la cause des islamistes de Roubaix et d’ailleurs.

Ce qui est amusant dans le cas de la Russie, c’est que nous lui sommes plus hostiles que du temps de l’Union Soviétique même de Brejnev (Lénine, Staline, dirait Céline, on adorait, on pouvait rien leur refuser). Nous prônons donc la destruction de l’Europe au nom de sa construction et nous trouvons cela très bien. Vladimir Poutine attendait des arguments, expliquait un expert russe, il n’a eu droit qu’à des insultes et des imprécations. Le style maison est prophétique, mais il n’est pas biblique. Et nous ferons l’Europe après la guerre mondiale, la BCE après l’abysse. Passons à la figure imposée du Vel d’Hiv.

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30 juillet 2012 - lien permanent
Petits règlements de contes
II - L’homme qui diminuait intellectuellement
par Nicolas Bonnal

Peu de gens peuvent se flatter d’avoir connu des génies. Il m’est apparu d’ailleurs qu’il y en avait de moins en moins : on parle de talent, de dons, de capacités en telles quantités qu’il devient difficile au milieu de tant de premiers prix de désigner un Léonard, un Mozart ou un Riemann. L’autre problème est de pouvoir distinguer avec clarté ce qui nous dépasse de toute manière : comment moi, qui n’ai qu’une intelligence quantitative, qui suis doté d’une bonne mémoire et d’un peu d’esprit, peux reconnaître un grand pianiste, un physicien, un vrai poète ? Et à une époque où, je le rappelle, on fabrique industriellement de la matière grise, de la musique ou de l’image, il me semble impossible, pour ne pas dire inopportun, d’évoquer un "génie".

J’en ai pourtant connu un, mais dans des conditions tellement particulières qu’elles pourraient retirer toute crédibilité à mon témoignage. J’ai pourtant plusieurs témoins qui comme moi ont connu cet ami disparu que pour des raisons que l’on comprendra aisément je nommerai Frantz.

***

On n’est frappé par l’intelligence que pendant l’enfance : la preuve en est que les enfants sont les meilleurs lecteurs, les meilleurs cinéphiles, et les plus grands correspondants. Ils Aiment l’intelligence. Après, on s’y habitue et on la méprise au profit de l’argent ou de la célébrité. La vulgarité ne vient qu’à l’âge adulte et c’est pourquoi notre âge marchand ne rêve que de détruire, user ou récupérer cette capacité d’étonnement devant le monde et son génie qui est le caractère de l’enfance. Je me souviens de ces professeurs brillants et qui nous enchantaient par leur savoir et leur organisation, par leur affection discrète et leur sévérité mesurée. Et ce fut eux qui surent distinguer et encourager sans le gâter le génie de mon ami, de mon frère d’âme Frantz.

***

On m’avait dit qu’il venait d’Europe centrale, d’une famille décimée, mais où déjà abondaient les dons. Plus tard, quand je lus la biographie d’un célèbre logicien Anglais d’origine autrichienne, je reconnus bien des traits communs. Dans la famille de mon ami aussi, tout le monde pouvait jouer d’un ou plusieurs instruments à la perfection, parlait plusieurs langues comme s’il se fût agi de leur langue maternelle, et excellait dans les études scientifiques les plus difficiles. Mais Frantz avait quelque chose d’exceptionnel : il était plus, même si - et cette incertitude me broiera jusqu’à la fin - je ne pourrai jamais le prouver.

Il arriva en cours d’année, parlant à peine notre langue. Il en savait déjà trois. Avant la fin de l’année, il était premier dans toutes les matières. Il lui avait fallu deux semaines pour dominer dans les matières scientifiques, le temps de comprendre les mots du libellé des sujets. Mais ce furent les professeurs de lettres qui l’adorèrent cette année, Frantz ayant su s’emparer du génie de notre langue et lui rendre un hommage qu’ils auraient cru impossible pour un garçon de cet âge.

Il n’eut pas de problème pour se glisser dans notre groupe : les enfants séparent vite le génie de l’individu. Il s’intégra grâce au sport et au football : il n’était pas athlétique mais avec beaucoup de finesse et d’intuition il s’illustrait à ce poste. Il était par ailleurs serviable, ne marchandant jamais ses informations : elles ne constitueraient jamais une gêne pour son éminente supériorité. Il excellait aussi dans les concours scolaires, les exposés en commun, les floralies.

Mais ce fut en musique qu’il nous surprit tous en classe un jour, au grand dam du prof qui se voulait porté sur la musique pop et moderne. Il nous fit un récital éblouissant de Bach. Bach frappe immédiatement l’âme la plus étrangère à la musique dite classique. Quand il eut terminé, la moitié d’entre nous, qui n’avaient jamais eu accès à ce domaine de l’esprit et de la sensibilité, pleuraient. Frantz cessa de jouer, comme s’il eût jugé excessive la dose d’aria pure qu’il nous avait administrée. Le prof lui demanda où il avait appris à jouer, avec qui, et comment cela se voyait (l’école allemande... ou hongroise, je ne sais plus). Mais Frantz savait la musique à la naissance. Il me dit que dans sa famille on jouait du violon depuis au moins six générations. Je me dis que cela venait de plus loin encore.

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26 juillet 2012 - lien permanent
Derrière l’écran
Denver, Batman et le docteur Breyvik
par Nicolas Bonnal

Or c’est ici le jugement, que la lumière est
venue dans le monde, et que les hommes
ont mieux aimé les ténèbres que la lumière,
car leurs oeuvres étaient mauvaises.

Jn,3,19.

Denver ? Une idée est la suivante : l’horreur du monde reflète l’horreur des films.

Certains films rendent moins bêtes. Voyez le Truman show, voyez Hommes d’influence, voyez le Grand Secret : de toute manière, on ne les croira pas, c’est ce que me disait Serge de Beketch. Et c’est pourquoi la Bête les diffuse, et c’est pourquoi le troupeau va les voir : ce n’est que du pop-corn au cinéma. Revoyez pourtant chez vous Opération espadon, avec Travolta grimé en champion des attentats false-flag (un cadavre de sosie pour nous servir de bouc émissaire), c’est édifiant. On vous dit qui commet les attentats et pourquoi. Puis on vous dit que c’est du cinéma, même s’il est produit par un a(r)gent qui n’aura rien à voir avec le cinéma. Voyez The Lone Gunmen, c’est le même canevas : dans cette série vite interrompue on vous parle même de pilotage automatique pour guider des avions vers une paire de tours fameuses. Le tout fut fait en 2001 comme de bien entendu. C’est à cette époque que l’on a commencé à traiter les demandeurs d’explications de théoriciens de la conspiration. Car s’il y a une théorie de la conspiration, il y a surtout une théorie de la théorie de la conspiration qui a pour but de déconsidérer, de flageller ou de tuer tous ceux qui veulent expliquer un peu plus sérieusement quelque chose. Car l’esprit-saint, spiritus en latin, est la première conspiration. Que celui qui a des oreilles...

L’attentat de Denver est un choc en retour. Batman ou le retour à l’envoyeur : le terrorisme est dans les Batman comme dans Brazil, célèbre film produit par Arnon Milchan, « il est partout et peut frapper n’importe quand »... J’ai déjà traité ici-même la question en 2008 lorsque Batman est venu jusqu’à nous avec la folie de la crise immobilière et financière déclenchée par des démons et des idiots utiles. Brûler des dollars avec ou pour des bidons de pétrole, comme le font l’OTAN ou le Qatar partout dans le monde, c’est l’occupation préférée du Joker, quand il ne déclenche pas des attentats false-flag à distance avec son portable. Mais à Denver l’attentat consiste à mitrailler comme Breyvik, un an après, ceux qui veulent voir le film. La réalité dans laquelle nous avançons est celle des zombies, de ceux qui bougent sans savoir s’ils sont vivants. En 73 déjà on nous prédisait dans le très bon Network que nous n’oserions plus bouger de notre salon, figés de peur à regarder la télé ; trente ans plus tard nous avons aux USA deux générations d’obèses autistes ou bien phobiques.

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24 juillet 2012 - lien permanent
Petits règlements de contes
I - Le gourou
par Nicolas Bonnal

Je sers le gourou depuis dix ans déjà. Je l’ai connu dans un bar parisien, il m’a tout de suite apprécié à ma juste valeur, surtout que je ne lui demande aucun argent. Cet homme extraordinaire m’a permis de le suivre dans ses pérégrinations et de l’accompagner dans le développement de sa pensée révolutionnaire qui a transformé le monde. Je lui sers de chauffeur et de garde du corps, parfois de secrétaire. Il me demande simplement de me taire. Et je me tais pour écouter la grandeur et la profondeur de ses propos sur le monde.

Le gourou multiplie les conférences dans le monde. On le paie une fortune pour cela. On l’invite dans les plus grands hôtels, les plus grands restaurants, les centres des congrès, les Business Center. Je me tiens toujours près de lui. Et il parle, et il rend l’espoir aux jeunes, il nous ouvre à tous un futur merveilleux.

Aujourd’hui nous sommes dans l’Empire du Milieu, comme dit le gourou. Le sujet de sa conférence à deux millions de dollars (mais le gourou compte gagner beaucoup plus après avec ses livres et ses statuettes) : la religion empêche-t-elle l’enrichissement ? Et le gourou est magnifique.

Il prend le contre-pied de la théorie traditionnelle qui affirme que la religion nuit au développement économique. Pour lui c’est tout le contraire : jamais les Américains n’ont été si pratiquants, si religieux, et jamais ils n’ont été si riches. Et il est faux de dire que seuls les protestants étaient capables de développer le capitalisme ou de chercher des montagnes de profits. Le gourou prend l’exemple des cités et des principautés italiennes, et même de l’Espagne et du Portugal. Les pays catholiques également ont fini par se développer rapidement, et il cite l’exemple du Brésil ou du Chili.

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19 juillet 2012 - lien permanent
Après l’Apocalypse
Le vampire, le zombie et la clochardisation de l’Europe
par Nicolas Bonnal

Qu’apporte le zombie en termes de mécanique de jeu ?

Le Monde, 11/07/2012

Deux figures culturelles dominent aujourd’hui l’industrie du jeu vidéo, celle du cinéma et une partie de la télévision (voyez MTV) : celle du vampire et du zombie. Le vampire c’est le super-riche, le zombie c’est le reste. Le vampire est le suceur de sang, l’insatiable absorbeur d’énergie : il reflète très bien le politicien aux ordres, un émir du Qatar, le commissaire de Bruxelles, ou bien le banquier planétaire qui dans son gratte-ciel de verre prend son pied à ruiner tous nos peuples à coups de dettes qu’il faut rembourser en s’endettant ; le zombie lui reflète le citoyen lambda actuel, membre de la crasse moyenne universelle condamné à errer dans les centres commerciaux, sur les couloirs d’autoroute, dans les CHU, dans les rues piétonnières bourrées de Zara et de Vuitton, avec un cervelet truffé d’infos mensongères ou bien confuses ; car la société de consommation est bien une société de vampirisation. Le film de Romero, le meilleur, celui de 79, annonçait cette désastreuse entropie mondiale (certains toqués vivent d’ailleurs dans les malls abandonnés, malls qu’ils ne peuvent plus abandonner). Et l’on comprend mieux ces remarques d’Alexis Blanchet dans une interview diffusée par Le Monde le 11 juillet dernier : Le zombie de Romero datant de la fin des années 1960, qui est moins un revenant qu’un infecté/irradié, devient dans les années 1980 l’archétype utilisé largement par le jeu vidéo de la deuxième moitié des années 1980 jusqu’aux années 2000. L’obsédé de la consommation, le quidam politiquement correct sont des infectés irradiés, merci d’y avoir pensé !

Sur MTV, la fonction éducatrice et modélisatrice du zombie, nouveau hussard noir de la république, est évidente. Comme dans le cas du Big Brother d’Orwell, dans la téléréalité, ce qui était à fuir (le zombie) devient ce qu’il faut devenir ! Etre c’est ne plus fuir ! Il ne faut plus se faire de mauvais sang !

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17 juillet 2012 - lien permanent
Derrière l’écran
Duvivier et Pépé le moko expliqués par Platon
par Nicolas Bonnal

Fugitive beauté,
Dont le regard m’a fait soudainement renaître...

Pour Orson Welles, adorateur de Raimu, les deux grands maîtres du cinéma français étaient Pagnol et Duvivier. On est bien d’accord à condition bien sûr d’ajouter Renoir !

Auteur du plus romantique des films français, Marianne de ma jeunesse, Duvivier est aussi l’auteur de nombre d’oeuvres populaires et musclées, au premier rang desquelles Pépé le moko, qui fut adapté en Hollywood par John Cromwell, avec l’inévitable Charles Boyer et la sublime Heidi Lamar. Ce film auquel n’avait rien compris Gabin (« ce n’est pas mon genre de craquer pour une gonzesse ! »), m’a semblé encore plus transcendant et platonicien dans sa version américaine que dans sa version française. C’est que Boyer a beaucoup plus de charme et d’intelligence que notre vieille bête humaine...

Je m’explique : nous avons un inframonde, la casbah. Nous avons un prisonnier de cette casbah, qui est présenté comme un petit chef de mafia et un connaisseur en bijoux volés. Puis nous avons une belle entretenue, d’origine parisienne comme lui, avec qui il se remémore son lointain passé merveilleux. La scène d’amour se déroule lors de la remise d’un bracelet ô combien symbolique au poignet de la Belle. Pépé réveillé de sa torpeur algéroise pense s’échapper avec elle pour retrouver un monde idéal, ne le peut et meurt devant le navire qui devait le ramener dans la mère patrie ; il meurt en pensant franchir une grille impossible.

En réalité nous avons là tout un schéma platonicien, un schéma à la fois gnostique et chrétien sur l’enfermement de l’âme. J’ai réuni deux fameux dialogues de Platon, qui nous ont tant ennuyés à l’école, mais qui me semblent adaptés pour enrichir la lecture de ce film d’amour.

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11 juillet 2012 - lien permanent
Nouvelles du Marigot
Barroso, Sutherland : le scandale des commissaires européens ou la dérive d’un continent
par Nicolas Bonnal

Allons ! Ouvrez les oreilles, je vais
vous parler de la mort des peuples.

Nietzsche, Zarathoustra.

Rato va être jugé en Espagne, banquier, ancien ministre du trésor et ancien président du FMI. Lombard de France Telecom aussi, et même peut-être notre ancien président baroque et agité. J’avais dit il y a un an qu’il faudrait juger les responsables de l’euro qui a été le responsable du développement voulu de la dette des nations. Le fera-t-on seulement ? Car rien ne conspire plus contre l’être humain que sa propre indifférence à son sort. La paresse et l’ignorance sont le lit de la tyrannie et de la servitude volontaire au moins dans l’immense majorité des cas. On préfère aller jouer aux boules ou voir la téloche, c’est tout.

Concernant les conspirateurs, ou pour mieux dire les constructeurs, déconstructeurs et destructeurs de l’Europe, il n’y a pas besoin d’aller loin : il suffit de voir et d’observer celles et ceux qui nous gouvernent, et que l’on nomme commissaires de l’Europe, comme jadis on avait les commissaires du peuple chargés eux aussi de l’extermination des Ukrainiens, des Vendéens ou des contribuables. On y revient d’ailleurs, au cannibalisme du contribuable. La France accomplira la prophétie de Vlaicu Ionescu : le communisme y reviendra.

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9 juillet 2012 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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