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L'après Libre Journal
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
VI - Autre acte gratuit moscoutaire
par Nicolas Bonnal

Nous allions au pas de charge. D’Artagnan me précédait toujours dans sa course rapide et militaire, qui nous menait au légendaire palais ceint d’un jardin baroque.

Prédire une victoire que l’homme ordinaire peut prévoir, et être appelé universellement expert, n’est pas le faîte de l’habileté guerrière.

Tout s’était passé si vite que je ne me rappelais plus du rythme et de la suite des événements bizarres qui avaient succédé à l’incroyable soirée. Quand nous avions sauté, Drake était dehors et avait plié des mètres carrés ; ainsi, alors que je pensais que nous chutions du troisième étage au moins (mais j’y étais prêt, cher lecteur, j’y étais prêt, en tant qu’esprit), nous avions chuté de quelques décimètres tout au plus. Et nous courions dans le parc du grand hôtel particulier, ayant changé d’arrondissement dans la Ville, comme si justement ce palais était plus grand que cette Ville, jusqu’au tarantass de notre ami Charon, dont Drake et d’Artagnan me certifièrent qu’il était des nôtres. Avant que je pusse comprendre la signification de ce pronom très personnel, le cocher nocturne avait enlevé Ivan, jusque là fort amusé et soudain mécontent de me quitter, la jeune Anne-Huberte de la Crosse, Tsunami que j’avais oubliée de recenser et quelques autres jusque là invisibles à l’oeil nu. Puis nous avions retrouvé Baptiste sous sa tente quechua qui avait recueilli petit Pierre et ses deux charmants garçons, qui venaient d’être expulsés par les specteurs. Mais la tente de Baptiste, tu le comprendras au cours de mon récit lecteur, peut revêtir des dimensions tout autres que celles d’une tente de camping. Après l’on m’avait amené chez un habile bijoutier du nom de Jacob qui avait réussi à extraire de mon sang et de mes nerfs la carte engloutie par le froid. Et le plus remarquable était qu’il en avait gardé les propriétés, alors qu’il avait bien sûr guéri ma main. Il était bien sûr chirurgien et avait travaillé pour Buckingham, me certifia encore d’Artagnan, qui aimait les pierreries et les bijoux sertis. Je me souviens encore qu’il y avait une échelle perdue dans un coin de l’atelier de Jacob, qui montait jusqu’au plafond, mais que je ne voyais pas ce plafond. Drake y monta et ne reparut pas. Et Jacob me sourit d’un oeil immense et vert qui en disait bien long.

Il enseigna encore aux hommes à faire des épées, des couteaux, des boucliers, des cuirasses et des miroirs ; il leur apprit la fabrication des bracelets et des ornements, l’usage de la peinture, l’art de se peindre les sourcils, d’employer les pierres précieuses, et toute espèce de teintures.

***

J’oubliais le reste. J’avais dû dormir ou boire encore avec d’Artagnan qui cette fois savait à quoi s’en tenir à mon sujet. Mais là il me menait chez lui quelque part dans l’ancienne Urbs condita encore épargnée par les vicissitudes de la guerre immobilière qui se préparait. Il commençait à me parler, tout en marchant devant moi en détournant la tête ; il me semblait que j’aurais pu la lui retirer.

Mon ami était venu à notre bal masqué en tenue de mousquetaire, et il l’avait gardée. Nous arrivâmes enfin dans une vieille et prestigieuse rue, dont l’Etat, me dit-il, était encore le propriétaire, et où l’on pouvait donc se réfugier sans encombre, et s’étaler en toute liberté. Nous montâmes à sa chambre, assez discrète, mais de style Louis XIII. Je m’y sentis comme chez moi, m’attendant à quelque blonde aux yeux noirs en ses habits anciens. Il se déchaussa, déboucha une bouteille de Pomerol, se moucha, frisa sa moustache, m’invita à m’asseoir après avoir étendu quelques mètres carrés, et me dit enfin :

- Laissez-moi vous narrer mon histoire. Il était une fois un jeune qui arrive dans la capitale. C’était dans les années quatre-vingts...

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4 mars 2011 - lien permanent
C’est à lire
Patrick Gofman : "Vengeances de femmes"
www.atelier-folfer.com

« Les femmes portent la moitié du ciel. »
Et quelle proportion des enfers ?

La 101e Journée mondiale des Femmes, le 8 mars 2011, sera marquée par l’arrivée en librairie d’un livre de circonstance, en vente dès aujourd’hui par correspondance et en ligne.

"Vengeances de femmes" est une anthologie. Une fleur. Une sélection des meilleures, c’est-à-dire des pires vengeances de femmes. Cinquante vacheries choisies dans l’Histoire, la mythologie, les faits divers et la littérature. Cinquante recettes pour accommoder le connard au sang.

L’idée ? Elle traîne depuis longtemps dans les magazines. Mais elle appartient d’origine à une femme, Dominique R., journaleuse et maman, qui l’a donnée à un homme, Patrick Gofman, pour son bien, sûrement. Auparavant, elle l’avait envoyé gifler un banquier, à Neuilly. Le financier fit trois tours dans ses mocassins en croco, articula les excuses exigées, puis il dit au savetier en rangers, d’un air de pitié : « Ne croyez donc pas toujours les femmes sur parole, mon ami. »

« Le talent de Gofman consist[e] à conter ces historiettes, où l’ironie le dispute à la cruauté, sur un ton parfaitement désinvolte. » écrira Marc Laudelout dans "Le Bulletin célinien" (n° 314, décembre 2009).


Patrick Gofman, "Vengeances de Femmes", 2e édition, 186 p., 18 €, ISBN 978-2-35791-025-6 ; en librairie ou dès aujourd’hui par correspondance : 18+3 € à Fol’Fer - BP 20047 - 28260 Anet, ou <www.atelier-folfer.com>.
3 mars 2011 - lien permanent
Derrière l’écran
John Huston, un cinéma de la Fin des Temps
par Nicolas Bonnal

Huston est un cinéaste classique qui a su durer jusqu’à la fin de sa vie, aux alentours des années 90. Il ne fait pas partie de la grande trinité hollywoodienne (Wash, Hawks et Ford), s’il a également illustré tous les genres : westerns, adaptations littéraires, films noirs, comédies, films d’aventure. Un peu bohême, souvent à court d’argent, il a aussi réalisé ou plutôt signé de véritables navets dont on ne saurait lui tenir trop rigueur : il est le cinéaste de la Fin des Temps.

On parle d’âge classique hollywoodien, comme on parle de la Renaissance italienne, du classicisme français ou du piano romantique : ce sont des époques bénies où les génies s’expriment dans un cadre reconnaissable. Avant, après, il se passe moins de choses. Pendant quelques années, on a ainsi les génies susnommés, Minnelli, Henry King, Hathaway, et miraculeusement tout marche : les scénarios, la musique, les castings, le montage, la photographie, le cinémascope ; c’est ainsi.

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2 mars 2011 - lien permanent
Le Voyageur errant
De Séville à Salobrena (ou : les châteaux de rêve ont la vie dure)
par Nicolas Pérégrin

L’Andalousie est la seule terre d’Europe qui ait vue sur l’océan atlantique et sur la Méditerranée. Elle contient des déserts, des sierras, des mines pourpres, des châteaux en Espagne, des plages fantastiques, des villages invisibles - Setenil, Calahorra - et toutes sortes de prodiges. Elle aurait vu aussi la première civilisation occidentale : celle de Tartessos ; la Tarsis de la Bible, qui aurait eu des contacts avec l’Atlantide, la Phénicie et, j’espère, les extraterrestres. Cadix, ville lumineuse au charme incomparable, serait le fief le plus ancien de notre continent.

***

De Grenade, avec Tatiana, nous gagnons Séville. En toute sincérité, je considère que c’est une des plus belles villes du monde ; elle en fut d’ailleurs la capitale, à l’époque de la conquête des Indes et du pillage aurifère de l’Amérique dite latine. Le parc Maria-Luisa offre d’ailleurs des senteurs et même une faune ornithologique venue d’Amérique du sud : il invite à s’y rendre et je m’y suis d’ailleurs rendu il y a huit ans...

Devant ce parc tropical, nous avons la place d’Espagne, et son fastueux hémicycle construit par Anibal Fernandez pour la magnifique exposition ibéro-américaine de 1930. Cette place célèbre comme personne la grande histoire de l’Espagne et de sa Reconquista. Elle marque aussi que la mondialisation est plus ancienne qu’on ne le dit, et qu’elle avait jadis de tout autres traits que celle qui a usurpé son nom et sa fonction.

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1er mars 2011 - lien permanent
Le Voyageur errant
Retour à Grenade
par Nicolas Pérégrin

Retourner en un lieu où l’on a été très heureux dix ans auparavant relève de la gageure : on craint la destruction ou la falsification du "lugar", surtout si ce dernier est comblé de qualités : et tel est évidemment le cas de Grenade, de son Alhambra et de son Albaicin, de sa province aussi, la plus belle d’Europe - peut-être parce qu’elle n’est pas qu’européenne : elle est mondiale -, j’ai nommé l’Andalousie. C’est de Grenade que j’avais commencé une très suivie correspondance avec Serge de Beketch et entamé un long épisode de silence.

***

La route qui y mène est bien semée d’embûches. L’Espagne a des hivers de plus en plus froids, rançon du "réchauffement climatique" ; elle s’est recouverte de ces détritus urbains que dénonçaient déjà les romantiques ou Lewis Mumford au milieu du siècle dernier. La province d’Aragon est un paysage lunaire recouvert de cochonneries de ferrailles ; la France n’est pas en reste, toute ville moyenne du Sud se targuant aujourd’hui de devenir agglomération ou métropole, histoire de multiplier de pharaoniques grands travaux, des territoires protocolaires à dégoûter les coyotes, et des places de vice-présidents de grand quelque chose. La région de Saragosse est à proprement parler un cauchemar visuel. L’homme actuel est un fou ou bien quelqu’un qui ne sait pas s’il est vivant, comme dit Soljenitsyne.

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28 février 2011 - lien permanent
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
V - Chapitre suivant : Aventures dans une boîte de nuit
par Nicolas Bonnal

On se serait cru en effet dans une prison des anges. La pièce était géante et si haute qu’on n’en distinguait à peine le plafond, lui-même décoré d’un trompe-l’oeil. On avait peint un autre ciel là haut, et il aurait fallu du temps à Drake ou Superscemo pour en compter les mètres cubiques. Sur le parquet si bourgeois s’étendaient bien des jeunes. Ils avaient l’air transi, fatigué, bien lassé, avec un je-ne-sais-quoi d’aristocratique dans le regard ou le maintien, qui les distinguait bien des êtres des temps actuels (les tiens, cher lecteur). Ils posaient aussi, délicatement dandy, impassibles et las, tendant leur cou à un cygne invisible, se précipitant mollement vers une coupe de champagne aux deux tiers vides, en somme illuminés par des trésors d’ombre et de vacuité.

Elle comprit que là-bas d’inconcevables hordes d’invités dansaient, et il lui sembla que même les massifs planchers de marbre, de mosaïque et de cristal, de cette étrange salle étaient animés d’une pulsation rythmique.

Certains s’agitaient plus ; ils voletaient dans les airs, comme moi ou presque. Vêtus à l’orientale, comme dans un tableau romantique. Mes Incroyables dansaient la valse ou la polka, car les musiques s’envahissaient, se combattaient, parfois me gênaient, et elles tentaient de s’approprier les m² du grand espace. Il eût fallu un orchestre grandiose que je cherchais du regard. Les thèmes étaient classiques mais il y avait aussi des musiques plus modernes, comme des thèmes de films.

Ni Gaïus César Caligula ni Messaline n’éveillèrent l’intérêt de M., qui cessa également de s’intéresser à ce défilé de rois, ducs, chevaliers, suicidés, empoisonneuses, pendus, entremetteuses, geôliers, tricheurs, bourreaux, délateurs, traîtres, déments, mouchards, satyres.

Je cherchais des convives d’hier soir. Il me sembla en voir, mais je n’étais sûr de rien. Il y avait bien Teteras quelque part, mais il me sembla qu’il fuyait mon regard. La pièce était si grande que je me retrouvai toujours seul au milieu de quelque part, dans ce monde où le centre n’était nulle part. Je décidais de gagner une bouteille de champagne ou de Bourgogne. Après tout, le vin était ce qui seul m’avait maintenu sur terre aujourd’hui. Au passage j’admirais encore l’élégance bizarre et décalée, les lavallières des jeunes gens, leurs chemises de théâtre, les longues robes Empire des jeunes filles. Je reconnus d’un coup Tiphaine Dufeux, compagne de l’amiral Canaris, qui me jeta un regard dévastateur. J’attirais ainsi l’attention malgré moi. Un verre brisé capta mon attention. Puis je sentis comme un coup de vent derrière moi.

- Quelle odyssée, n’est-ce pas ?

- Pardon...

- Quelle odyssée de l’espace...

Voulant faire illusion, je compris l’allusion (jeu de mots intraduisible dans beaucoup de langues). Je jetai un regard rageur à mon interlocutrice, car c’était une interlocutrice, une jeune bien mise, façon bayadère chue d’un tableau de Delacroix, mais non d’un désastre obscur, et qui bougeait tout le temps, mais harmonieusement. Elle avait un regard gris, parlait avec aisance... Je me rendis alors compte que des tableaux suspendus aux murs glissaient ces personnages et ces costumes. Mais où donc étais-je tombé ?

- Oui, cela rajoute beaucoup d’espace en effet. On rentre, on sort dans les tableaux. je vous indiquerai... Vous aimez le décor ? On l’a choisi pour vous ? Vous dansez ?

Elle m’entraîna pour entamer une valse. Mais quelque chose me retint. Dans le salon géant de la Loge Noire, il régnait une atmosphère plus lourde encore que tout à l’heure. Et tous semblaient dormir, et ils tendaient leur cou. Ma comparse prenait tout cela avec le sourire carnassier qui caractérise la jeunesse ambitieuse et au fait de toute chose.

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25 février 2011 - lien permanent
Derrière l’écran
Walsh, le génie sauvage du cinéma
par Nicolas Bonnal

Comparer un film de Walsh à un film hollywoodien ou cannois actuel, c’est comme comparer un Dostoïevski à l’un des 667 ouvrages de la rentrée littéraire ; autant dire impossible. Essayons modestement d’expliquer pourquoi c’est impossible en quelques lignes, à l’aide des quelques DVD qui nous tombent entre les mains.

Walsh a vécu 90 ans, c’est un catholique hispano-saxo-celte, il a réalisé des centaines de films, il a été un des grands acteurs du muet, il est devenu borgne comme Ford, Horatius Coclès ou le dieu Odin précédemment cité, il est le plus grand maître du cinéma d’épopée, d’action, et d’amour noble, il est Homère avec une caméra.

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23 février 2011 - lien permanent
Sexe et démocratie
L’affaire Julian Assange : remarques sur la tyrannie démocratique
par Nicolas Bonnal

Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre.
Jean 8,7

Julian Assange gêne le système. Julian Assange publie des dépêches diplomatiques américaines (certains les trouvent osées, moi pas ; mais passons). Il le fait sur un site nommé Wikileaks. Le site Wikileaks prospère, Assange devient riche et célèbre.

Julian Assange est aussi bel homme. Il est un peu naïf ; il succombe à la tentation de quelques renardes et il se retrouve en prison pour un bail, accusé de viol. Viol au-dessus d’un nid de cocus, pourrait-on dire ; car Julian Assange a posé les pieds là où il ne fallait pas.

***

Il y a dix ans, Philippe Muray écrivait dans une de ses chroniques que l’on allait voter le couvre-feu pour les hommes en Suède, après dix heures du soir. J’avais cru à un canular, avant de vérifier.

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21 février 2011 - lien permanent
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
IV - Nuit d’enfer à Montmartre et ailleurs
par Nicolas Bonnal

Premier petit résumé pour lecteur oublieux :

Un ange un peu rebelle revient sur terre, alerté par l’athéisme des terriens - dont on lui a dit qu’ils adoraient purement et simplement maintenant les maîtres carrés. Doté de pouvoirs supérieurs dont il n’abuse pas, notre ange rencontre des personnages passionnants avec qui il découvre l’horreur de la dictature du real estate. Mais, prévenu contre les méchants, soutenu par les bons, venus de tous les horizons politiques et même littéraires, il se lance dans une errance métaphysique qui lui permet de participer à des soirées dépouille, de rencontrer des résistants comme le clochard Quechua. Surtout, il entre en contact grâce à des gavnuks russes avec des enleveurs de mètres carrés comme D’Artagnan et ses comparses. Ces derniers replient et déplient des espaces importants, compromettant les opérations magiques des maîtres du si cher espace.

Non content de cela, l’ange déchu, surnommé Gerold - le héraut -, se rend compte qu’il attire les sympathies et se retrouvera bientôt à la tête d’une cohorte de solides marginaux, qu’on nommera peut-être les veilleurs des Limbes. On ignore pourtant si notre cohorte survivra aux épreuves, tandis que notre héros se rend sur une colline sacrée, où de conspiratives révélations doivent lui être faites.

***

L’enchantement de Montmartre est psychogéographique ; j’y errerais bien mille ans. Je vis les passages abstraits, les jardins sauvages, les villas éthérées et de brique ; je voltigeai librement dans les espaces chatoyants de la géométrie musicale ; je me pris pour le lapin agile de Carroll et je léchai les devantures des agencies immobilières, me félicitant de n’être pas de ces mortels qui ont besoin d’un toit. Puis j’entrais dans le roi monde de la fantaisie onirique, et me confondis avec le passe muraille de... ma recette aimée. Je devais décidément me faire à la culture cinématographique qui, disparue depuis, avait marqué le XXe siècle.

Comme cet être miraculé ayant enfin liquidé la matérialité, je me faufilais entre les statues de saint Denis et les troncs d’yeuses alanguis. Et je me forçais à goûter les raisins frais en entrant comme un renard dans la vigne magique. Je m’adonnai ainsi à de solitaires bacchanales quand...

Il vint vers moi un rien titubant, un rien provoquant, un peu hilare, et très joueur. Un clown magique à visage humain, car déguisé en petit soldat de la Grande Guerre. Nous échangeâmes une grappe de propos libres. Il faisait du spectacle de rue. Je lui demandais s’il en avait le droit.

- Le spectacle de rue, maintenant, c’est la guerre des tranchées... Avec les autorités... Alors il faut se lancer dans la guerre de mouvement ou plutôt la course à la mer, qui parfois est une course à l’amertume.

Je lui tendis quelques raisins que mon esprit avisé avait broyés et presque avinés. Il y goûta à peine, par politesse.

- Boire c’est croire, non, lui dis-je en croyant faire de l’esprit. Vous ne croyez pas au dieu Liber, qui libère les esprits ?

- Je me libère très bien tout seul, c’est cela être artiste de rue. L’art est d’essence divine, et je préfère le service divin à celui du vin, et des bouilleurs de crû.

Puis, me voyant marri, et comme assommé par sa joute verbale abyssale, il ajouta complaisamment :

- Bien entendu je respecte Bacchus et le feu clair qui remplit les espaces liquides. L’ivresse de l’esprit, pour quelqu’un qui vient de si loin comme vous.

Je bondis hors de la petite vigne et nous commençâmes une errance chérubinique dans le dédale corallien de Montmartre.

- La colline signifie le mont des martyrs. Son saint est Denis, décapité sanglant et descendant de Dionysos. Sa vigne ainsi souligne sa destinée allégorique. La colline aspirée est toujours protégée des courants d’air électromagnétique et son ciel est plus clair que celui de la ville.

- Plus clair que celui de la ville ? Vous m’en apprenez de bonnes, mon ami.

- Oui, et c’est ce qui attirait, avec la piquette et les filles, les peintres.

- Il leur fallait de la lumière, mehr licht, dis-je d’un air savant. Pour la composition...

- Pas seulement, c’est surtout que la clarté apaise l’âme, la nourrit et la console. C’est bon pour les hormones. Pour le moral plutôt.

- Alors on se bat pour trouver cette lumière ?

- Oui, elle a fait bobo au prix. Les artistes ont été remplacés par les marchands de tableaux. C’est peu comme ces musiciens qui ont été remplacés par les boîtes à musique...

- Voudrez-vous nous chanter quelque chose ?

- Tout à fait, nous nous y rendons.

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18 février 2011 - lien permanent
In Memoriam
Ma mort sinistre de Maria Schneider : leçons d’une lugubre nécrologie
par Nicolas Bonnal

Les temps sont donc bénis pour les marquis maussades. On aura rarement assisté à une nécrologie aussi lugubre : la mort de Maria Schneider, bâtarde présumée d’un jeune premier vichyste, icône de la "révolution sexuelle" (laquelle ? Tout le monde a eu la sienne, comme disait Revel), héroïne branchée du Dernier tango à Paris, a en effet soulevé un tollé de récriminations aigries, pas même nostalgiques. C’était à qui jouerait au plus repenti : le metteur en scène Bertolucci, gay communiste à la mode italo-française des années 70, les journalistes de Libération et les néo-beaufs ébaubis de la société d’aujourd’hui, tous se repentaient d’avoir un jour utilisé ou révélé ou récupéré ou recyclé la pauvre figure et le pauvre derrière d’une actrice qui s’était laissée défigurer ces dernières années, alors que tant de ses contemporaines prétendent vivre au même âge - 58 ans tout de même - ce qu’il faut bien nommer une deuxième adolescence.

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16 février 2011 - lien permanent
Après l’Apocalypse
La rue arabe et la Fin des Temps
par Nicolas Bonnal

Nous en aura-t-on parlé de la rue arabe, depuis Nostradamus (car « par la discorde négligence gauloise serait passage... à Mahomet offert ! ») ! Et de sa violence, et de sa perfidie, et son imprévisibilité, et de son in gouvernabilité... Elle devait libérer les terroristes, et répandre sur le monde la terreur islamiste, et menacer l’occident, et envoyer cent millions d’immigrés supplémentaires, et générer avec les chars russes toutes sortes de désastres apocalyptiques...

***

Et pourtant je la trouve très tranquille et très post-apocalyptique, la rue arabe. D’abord elle arrive sans violence.

Sans violence, c’est-à-dire sans les trois millions de morts de la révolution française et de son impérialisme subséquent ; sans violence, c’est-à-dire sans les millions de morts des révolutions fascistes et nationalistes (qui se présentaient comme telles, n’est-ce pas, alors ne leur boudons pas ce plaisir) ; sans violence enfin, c’est-à-dire sans les cent millions de morts du communisme et des révolutions des paupérismes. En Egypte, on vit avec 63 euros par mois, ce qui est difficile à l’époque de la mondialisation, mais on s’en satisfait et alors on ne tue personne, en tout cas pas par paquets de millions. Cela témoigne d’une certaine fin de l’histoire, celle de ce sacré Fukuyama, jamais démenti par les faits, et surtout pas par les attentats du 11 septembre 2001. Philippe Muray n’avait-il pas prévu que nous gagnerions la guerre du choc des civilisations parce que nous étions plus morts qu’eux (les islamistes)...

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14 février 2011 - lien permanent
Les voyages de Horbiger, ou les maîtres carrés
III - Deuxième acte (L’arche russe)
par Nicolas Bonnal

J’allais le long des rues et des quais, tâchant de marcher dignement et de ne pas imiter les passants qui sans souci s’affalaient sur leurs chaussures de gym et penchaient rêveusement leur tête non pas vers les trottoirs mais vers les pods où ils enfermaient, comme disait le théologien leur esprit. Je pensais le faire d’un mode aristocratique mais je me rendis compte que je faisais l’objet des risées de deux vieux adultes circulant en trottinette. Serons-nous toujours les idiots de quelqu’un ? Toujours nous sommes dans un seau minuscule, tout près de nous noyer, quand une tête énorme nous observe de là-haut, prête à nous dévorer et riant de nous à gorge déployée. Jusqu’à ce qu’à son tour elle soit l’objet...

Une sonnerie de cavalerie retentit. Je sursautais. Je cherchais vainement quelque vieux canasson issu d’un de ces westerns si populaires chez nous. Mais elle se maintenait. Je tâtai comme un fou qui vient d’oublier son ombre ou (c’est plus grave) sa carte bleue à la table d’un café.

La sonnerie était patiente, alors que moi j’étais fort long à la détente, peu habitué à ces vêtements non plus de chair, non plus de laine, mais de synthèse dont on recouvre nos corps mous.

Ce fut un enfant guilleret qui abandonnant sa trousse vient me secourir. Il trouva et la poche et l’appareil et me le tendit en me saluant, malicieux lutin matinal.

On m’appelait. Mais comment pouvait-on m’appeler? Qui m’avait joué un tel tour ? Se pouvait-il qu’en descendant du ciel j’avais gagné en plus d’une enveloppe charnelle une cosse numérique qui me permettait d’entrer en contact avec tout l’univers ? Mais quels étaient les - autres - esprits qui s’étaient permis de me délivrer une livrée pareille ?

Je n’eus pas le temps de me livrer à de subreptices méditations. Je répondis, maladroitement, avant de vite m’habituer au maniement de cet ustensile.

C’était Superscemo, le petit russe dont je vous ai parlés, celui de la roulotte dans l’Oural. L’homme de la Taïga, de la steppe et de la Sibérie condamné à ne plus se payer un mètre carré dans les grandes capitales, quelle histoire ! J’ignorais si ce genre de personnages était susceptible de m’intéresser, tant en un soir le goût bien romantique m’était venu des extrêmes, possédants ou clochards. Mais le petit bougre insista et je lui cédai. Je n’eus pas à le regretter, vous saurez pourquoi.

***

Superscemo arrive bientôt en courant. Il savait où j’étais précisément grâce à son GPS m’expliqua-t-il. Il semblait avoir tantôt dix ans terrestres, tantôt quinze. Assez bizarrement, il s’exprimait dans un sabir de français, de russe, d’italien et aussi de latin. Mais sa langue scolaire était l’anglais des affaires. Son seul intérêt la guerre spatiale. Celle qui se passe dans l’espace bien sûr et passionne les enfants. Aujourd’hui que l’homme a rabaissé ses ambitions, elle ne concerne que le cyberspace et vient à point nommé surligner la lutte suprême que lui livrent partout les maîtres carrés.

Je lui demandais où étaient ses parents, il ne le savait plus. Puis ce qu’il faisait hier soir dans une soirée d’adultes, même si c’était devenu la coutume. Plus rien ne sépare les uns des autres, maintenant, ni les jeux de sexe ni ceux de l’écran numérique. Tout le monde est enfant, car l’enfant est un jeu qui joue, royauté d’un enfant, comme disait un imbécile que nous aurions dû faire taire en son temps.

J’avais donc éveillé l’intérêt de l’enfant par mes évocations spatiales, et il voulait me faire écrire une histoire de guerre immobilière, comme il disait, une histoire pleine de lugentes campi, de champs de pleurs.

Son père avait jadis fait une petite fortune en vendant des chaussures ; il eût mieux fait de loger son enfant que certains pieds. Il est vrai qu’à certaines époques les maisons valent moins que des chaussures. Le gamin me dit qu’il chaussait déjà du 43, comme Stalingrad, ajouta-t-il avec une flamme dans ses yeux de russe rouge exilé.

Il voulait visiter les égouts, peut-être qu’il y pourrait loger. Il ne voulait plus rester chez Nabookov car ils étaient sur trois niveaux dans une chambre de bonne. C’est ce que Nabookov, son ancien précepteur devenu son logeur, en exil à Paris, appelait le tiers étage.

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11 février 2011 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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