Le Libre Journal de la France Courtoise
Prix Jean Ferré 2007
Serge de Beketch

Samedi 10 novembre 2007, un déjeuner réunissait, à la Mutualité à Paris, plusieurs centaines d’auditeurs et des dizaines de patrons d’émission de Radio Courtoisie, pour décerner le prix Jean Ferré 2007. Ce fut Serge de Beketch qui l’obtint, avec plus de 330 voix. A la suite de la proclamation des résultats et de la remise d’un superbe bouquet de fleurs à Danièle de Beketch entourée de ses deux fils, Gérard Marin prononça un éloge magnifique de Serge de Beketch, au cours duquel la voix de l’orateur vacilla parfois sous l’émotion qui l’animait.

Je suis aussi gêné que fier, je vous l’avoue, du grand honneur qui m’échoit de rendre hommage à la mémoire de Serge de Beketch, lauréat du Prix Jean Ferré 2007.

D’autres amis, qui l’ont connu plus longtemps et plus intimement que moi, étaient mieux placés que je ne le suis pour prononcer cet éloge, témoignage à la fois de reconnaissance, d’admiration et d’affection.

J’ai accepté néanmoins - non sans émotion - ce devoir d’amitié parce que Serge était à mes yeux, bien qu’il fût de vingt ans mon cadet, infiniment plus qu’un confrère surdoué : un Maître. Un journaliste exemplaire, par le courage, le talent, l’acuité du regard, la vivacité de la langue, la richesse de la culture. Un chroniqueur et un écrivain sans concessions, dont les coups de gueule le mettaient au niveau des plus grands polémistes et pamphlétaires : les Léon Bloy, les Léon Daudet, les Henri Béraud, les Pierre-Antoine Cousteau, les Rebatet, les François Brigneau... et j’en passe !

C’est dire que nos auditeurs ne pouvaient faire un meilleur choix que celui de Serge de Beketch pour l’attribution, cette année, du prix Jean Ferré. Serge a mérité cent fois cette distinction, et comme serviteur aussi inspiré qu’intransigeant de notre belle langue française, et comme pionnier et pilier irremplaçable de notre si chère Radio Courtoisie qu’il créa voilà tout juste vingt ans avec Jean Ferré. Du fond du coeur je remercie toutes celles et tous ceux qui ont voté "SdB"... lui qui ne croyait pas beaucoup à la Démocratie aura vu, du moins de là-haut, une magnifique élection - quasiment un plébiscite - et une élection justifiée comme jamais !

Toute la Famille Nationale dans la peine et un réel désarroi, toute l’équipe soudain orpheline du Libre Journal de la France Courtoise, tous les amis de Radio Courtoise (à commencer par notre Président Henry de Lesquen) ont exprimé, après la disparition de Serge, l’immensité de cette perte singulièrement douloureuse.

- Perte pour la Presse française déjà moribonde parce qu’émasculée, foisonnant de plumitifs aux ordres, de cireurs de bottes à plat ventre devant les Princes qui nous gouvernent et les idées fausses du politiquement correct. Serge, lui, était à la tête du dernier carré des serviteurs de la Vérité, des quêteurs de l’information non truquée, qui sauve l’honneur de la profession. Ce seigneur du journalisme, qui osait appeler un chat un chat, a raté ce qu’on appelle "une grande carrière", un vedettariat médiatique, parce qu’homme libre autant qu’exigeant, il ne s’est jamais abaissé à la plus petite compromission, au moindre reniement. De Minute au Libre Journal de la France Courtoise, son enfant chéri, il n’a jamais cédé pour quelque avantage que ce soit un pouce de ses convictions, jamais reculé sur ses positions. Il ne s’est jamais incliné devant les ukases de la police de la pensée.

- Perte énorme aussi, bien sûr, pour notre Radio dont il était un des plus brillants fleurons, sûrement la Voix la plus attendue et la plus écoutée du mercredi soir à 18 heures. Nous étions des centaines de milliers de fidèles, chaque semaine, à vivre dans l’attente - dans l’espérance ! - de ce rendez-vous unique en son genre. Unique par le ton, l’atmosphère de joyeuse improvisation (ce n’était là qu’une impression, car l’étonnante facilité de Serge n’excluait pas le travail !), unique par la diversité prodigieuse des invités, la variété confondante des thèmes abordés. L’ami Serge s’intéressait à tout, de l’ésotérisme aux Ovnis, des médecines parallèles aux trains pas comme les autres, des elfes et des trolls du folklore celtique et nordique aux Géants de la Bible... Mais le géant de l’émission, c’était lui, surtout quand le Mercredi soir oubliait le "Matin des Magiciens", quand le Libre Journal qui s’ouvrait par le courageux « Amis de la Résistance, bonsoir ! » redevenait le Forum politique de la France Française ou le Clan de la Presse d’opinion nationale taillant en pièces la désinformation des grands médias. Nous étions alors saisis par la verve et l’humour de l’animateur, sa puissance argumentaire, la force et la justesse de ses analyses, l’art avec lequel il savait manier l’imprécation patriotique et déclencher, comme un feu roulant, celles d’un Roger Holeindre... Nous dégustions comme du petit lait le vitriol que Serge de Beketch jetait à la figure de tous les malfaisants... et explosions de rire lorsqu’il donnait libre cours à ses dons assez extraordinaires d’imitateur. Qui ne se souvient du soir où, avec un réalisme qui surprit plus d’un auditeur, il joua devant une Victoria s’étouffant les petits rappeurs et niqueurs de banlieue, ces derniers poètes de la France d’aujourd’hui.

- Mais la perte la plus lourde, la plus grave, que représente la disparition prématurée de Serge de Beketch après celle de notre cher Jean Ferré, c’est d’abord à notre pays qu’elle est infligée. Parce qu’on ne remplace pas si facilement deux combattants de cette trempe qui luttaient en première ligne, aux avant-postes, pour la survie de notre Patrie, pour sauver ce qui peut l’être encore de notre civilisation française et chrétienne. Deux condottiere qui se sont battus pour nous, pour nos enfants et nos petits-enfants, jusqu’à l’extrême limite de leurs forces et sans le moindre souci de leur personne ni de leur bien puisqu’ils sont morts tous deux dans le plus extrême dénuement. Tous deux ont droit à notre immense gratitude.

Je ne redirai pas ici, sur la personnalité aussi attachante, fascinante, que complexe de Serge de Beketch, sur tout ce qu’on dit des amis qui l’ont mieux connu que moi : Anne Brassié, Alain Sanders, Daniel Hamiche, bien sûr, Nicolas Bonnal, Bernard Antony, le merveilleux père Argouarc’h, le Marquis, Emmanuel Ratier, Patrick Gofman, et j’en oublie beaucoup, qu’ils veuillent bien m’excuser. Je renvoie nos auditeurs aux numéros de Présent, du Libre Journal, de Reconquête, de Rivarol ou de Minute qui ont légitimement et merveilleusement salué sa mémoire.

Je dirais simplement que j’ai découvert derrière l’homme de passion un autre homme, très sensible à la compassion, derrière le faux sectaire un esprit gouailleur, blagueur et souvent canularesque, derrière « l’homme en colère » (comme il se présentait à chaque fois que je l’invitais à mon micro) un coeur très généreux, derrière le polémiste violent, rigoureux et parfois excessif un esprit extrêmement ouvert et curieux de tout. Ouvert d’abord à l’Amitié - et je garde comme un cadeau, un cadeau précieux entre tous, ce qu’il me dit de sa voix qui trahissait l’épuisement quand je l’appelai sur son portable peu de temps avant sa mort : « Il est tellement dommage, Gérard, que nous ne nous soyons pas connus plus tôt... » et lui, si malade, perdu, à bout, ne manquait jamais de me demander des nouvelles de mon épouse Anik qu’il avait eu la gentillesse de recommander à un des "Docteurs Miracle" familiers de son Libre Journal.

Tu nous manques, Serge, ô combien ! Et tu manques, oh oui ! à la France.

Qui désormais, va crier aussi bien et aussi fort que toi leurs quatre vérités aux petits messieurs qui nous dirigent ? Qui va fustiger leur aveuglement, leur couardise, leur co-allah-boration avec les ennemis les plus impitoyables de notre Pays ? Qui, avec une plume valant bien des épées, avec un souffle auquel résistaient bien peu de fausses idoles et de vrais cuistres, va demain - aussi vaillamment que toi - batailler ferme pour tenter d’arracher le Peuple français chloroformé à sa somnolence ou à sa veulerie. Qui va brandir le drapeau tricolore et la Croix du Christ aussi haut que toi, à la face de tous les nuisibles, et, nonobstant des dizaines de procès qui t’ont ruiné mais jamais fait renoncer ? Merci, Serge, d’avoir eu la Patrie dans le sang, dans les tripes, dans l’âme, comme ton père le légionnaire mort pour la France à Dien Bien Phû et comme ton grand-père, le légendaire combattant blanc dont l’indicatif de ton émission honorait la mémoire de façon si émouvante.

Ce prix Jean Ferré que les auditeurs de Radio Courtoisie - quasi unanimes - te décernent aujourd’hui, je tiens à redire pour terminer combien il t’est dû, Serge. Il est dû, encore une fois, à l’amoureux fou de la langue française, à celui qui l’a pratiquée avec tant de force, de maestria, d’intense plaisir - pour notre régal - dans ses articles, dans ses livres, dans ses émissions, dans ses conférences. Il t’est dû aussi, ce prix Jean Ferré, au bretteur impénitent, tour à tour cosaque du Don (de tous les dons !) et Mousquetaire, qui aura - jusqu’au bout - porté le fer de la Vérité au coeur de l’Anti-France, qui aura - avec une Vaillance, une Foi ardente et une abnégation peu communes - croisé le fer avec les faux-culs, les faux prophètes, les truqueurs, les parasites de l’Etablissement, avec tous les ennemis, les fossoyeurs de l’Occident chrétien dont l’avachissement le hérissait autant qu’il le désolait...

Je ne puis penser à notre ami Serge de Beketch, dont le tempérament slave n’était pas sans avoir certains points communs avec le caractère gascon (le goût des bonnes choses et des bravades, déjà !), je ne puis penser à Serge sans revoir le dernier acte de Cyrano de Bergerac. Quand Cyrano aux portes de la mort livre son ultime combat avec l’énergie du désespoir : « Ah, je vous reconnais (pardon pour la citation approximative et tronquée)... Ah, je vous reconnais, vous les préjugés... les lâchetés... la sottise... Je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas... car on ne se bats pas dans l’espoir du succès... N’importe ! Je me bats, je me bats, je me bats... »

Serge de Beketch, gentilhomme d’un autre temps, se sera battu jusqu’à son dernier souffle. Que sa famille, son épouse Danièle, ses fils Cyril et Emeric, tous ses intimes et compagnons de route et de combat nous permettent de leur renouveler l’assurance de notre peine profonde, de notre admiration et de notre fidélité à la mémoire de Serge.

Si sa disparition a creusé un vide inexprimable, inestimable, qu’ils sachent que nous ne l’oublierons jamais et qu’il restera pour nous un EXEMPLE et un GUIDE. Le FLAMBEAU trop tôt tombé de ses mains ne peut pas ne pas être relevé.

Je vous remercie avec Ferveur.

Gérard Marin

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